Extension d'aéroport

Interdiction à Vienne

En Belgique comme aux Pays-Bas, le débat est engagé en ce qui concerne l’extension de leurs aéroports nationaux respectifs. Aussi bien Brussels Airport que Schipol veulent pouvoir assurer leur croissance en suivant celle du trafic aérien international. La discussion ne sort pas actuellement des sentiers battus : d’un côté, les intérêts économiques et de l’autre côté, les nuisances sonores subies par les habitants. En Autriche, la discussion a pris récemment une toute autre tournure. Avec éventuellement de sérieuses conséquences.

Un tribunal autrichien a interdit toute extension future de l’aéroport de Vienne. Le motif de l’interdiction n’était pas cette fois fondé sur les nuisances sonores ou sur un obstacle environnemental directement identifiable. Il s’agit d’un argument qui n’avait pas encore été utilisé jusqu’ici : le changement climatique et plus précisément, le réchauffement de la planète.

L’aéroport de Vienne avait projeté de construire une troisième piste d’atterrissage afin d’augmenter sa capacité. Les raisons invoquées sont connues : dans le contexte de l’évolution prévisible du transport aérien international à long terme, l’infrastructure actuelle est insuffisante. Sans une troisième piste, l’aéroport ne sera plus en mesure de rester compétitif en Europe. Cela aurait des répercussions sur l’emploi et l’économie du pays.

La situation est donc parfaitement claire pour tout le monde. Le tribunal a cependant émis un jugement étonnant : l’extension de l’aéroport ne devrait pas être autorisée car elle risquerait de contribuer au réchauffement de la planète. Selon les juges, la protection contre les effets du réchauffement climatique dû aux émissions de CO2 est plus importante que les avantages économiques. D’après ce que l’on en sait, c’est la première fois qu’un tribunal invoque l’élément ‘’changement climatique’’ pour interdire la réalisation d’un projet. Si cet argument était finalement retenu (l’aéroport va évidemment en appel), ce serait un précédent d’une ampleur considérable. Et en même temps, l’ouverture d’un débat capital.

Il en va de l’essence même des choses : quand une activité économique humaine en vient-elle à être considérée comme une menace pour l’avenir de la planète ? Tôt ou tard, cette question devra recevoir une réponse claire dans le cadre du réchauffement de la planète.

Gunther Hofman, Managing Director de TUI fly Benelux, avait fait cette remarque lors d’un récent débat sur ‘’l’avenir de l’industrie aérienne’’ : ‘’En tant que compagnies aériennes, nous savons que certaines discussions sont très difficiles à remporter. Nous sommes une industrie très polluante en matière de bruit et d’émissions. Nous travaillons en permanence pour apporter d’énormes améliorations dans tous les domaines. Mais en termes de perception, nous sommes toujours dans une position désavantageuse. C’est souvent très frustrant, et dans certains cas, carrément inquiétant. Car la perception détermine dans de nombreux cas les décisions des autorités, par exemple.’’

En plein dans le mille, Gunther. Si la décision des juges autrichiens est également reprise dans d’autres pays, nous serons alors entraînés dans un débat fondamental. Et l’industrie aérienne aura alors bien besoin de faire valoir de solides arguments, étayés par des faits et des chiffres à la fois exacts et compréhensibles par tous.

21-03-17 - par Jan Peeters