Les derniers 600 millions

Exit Alitalia?

Le nom de la marque Alitalia est une contraction d’ali – les ailes en italien – et d’Italia. Il semble que les ailes d’Alitalia soient désormais définitivement coupées. Avec 600 millions d’euros de prêt-relais, l’importante saison d’été sera assurée, mais après, ce sera plus que probablement la fin. Le grand gagnant : Ryanair.

Vous vous demandez ce qui a pris les 12.500 employés d’Alitalia quand ils ont rejeté en bloc le dernier plan de restructuration qui leur avait été proposé. Lorsqu’ils ont refusé tout accord portant sur le licenciement de 1600 personnes et une réduction de salaire pour près des 10.000 autres employés, ils ont signé leur arrêt de mort. Ni le gouvernement italien, ni Etihad, ni les banques ne pouvaient faire autrement que de demander la mise sous tutelle du groupe. Et ce n’est pas la première fois : en 2009, la compagnie aérienne en faillite s’était relancée alors que les pertes s’élevaient à cette époque à un petit 3 milliards d’euros.

Le temps des compagnies aériennes nationales qui continuent à voler tout en étant dans le rouge est révolu. Des arguments comme ‘’prestige’’ et ‘’fierté nationale’’ ne tiennent (heureusement) plus dans une période de réalisme économique et de concurrence ouverte. Alitalia était un des derniers dinosaures qui combinait une stratégie incohérente avec une foule de droits acquis pour le personnel et un regard nostalgique sur de glorieux moments appartenant au passé.

La part de marché d’Alitalia sur le marché domestique était depuis des années en baisse et ne dépassait pas 15% en 2016. Ryanair a fait le forcing au cours des 10 dernières années pour atteindre près de 25%.

Ryanair va sans doute appuyer encore plus sur l’accélérateur. Personne ne croit que les administrateurs nommés vont réussir à présenter un plan d’avenir réaliste dans les 6 mois. Le principal actionnaire Etihad a déjà fait savoir que dans les circonstances actuelles il n’était pas prêt à continuer à investir. Et ces 600 millions ? Ils seront vite partis en fumée. La dernière concession à la réputation et à la fierté nationale.  

D’ailleurs, au début de ce siècle, KLM a payé le même montant à Alitalia pour pouvoir sortir de l’alliance de l’époque. Cet argent a aussi été vite dépensé. Les Italiens doivent encore 30 millions d’euros à Air France KLM, au fait. Soit le dédit pour l’alliance transatlantique avec Delta. Peut-être amortir?

03-05-17 - par Jan Peeters