"Nous n'avons pas besoin d'Argent"

Débat sur l’aviation

Ils étaient irrités, inquiets et surtout : ils ne comprenaient pas comment on avait pu en arriver là. ‘’Kafkaïen‘’. ‘’Hallucinant’’. Les 5 grands patrons d’industrie de l’aviation en Belgique sur le podium du Débat des Ténors du Brussels Travel Top ont lancé un message clair au monde politique belge, langage corporel à l’appui : arrêtez de jouer à ces petits jeux et réglez ce satané dossier ‘’nuisances sonores’’ !

Bernard Gustin (Brussels Airlines), Arnaud Feist (Brussels Airport), Gunther Hofman (TUIfly), Marcel Buelens (Antwerp & Ostend Airport) et Jean-Christophe Degen (Thomas Cook Airlines) ont mené un débat intéressant, agréable et riche en enseignements. Ils étaient bien préparés, avaient de solides points de vue à défendre et s’exprimaient avec éloquence : un cadeau pour un modérateur.

Mais quand on a abordé le sujet ‘’normes de bruit et ‘’vliegwet’’, la tension est devenue palpable. Cela allait même un peu plus loin que l’agacement. C’est clair : une solution s’impose. Et pour la trouver, les politiciens doivent cesser leurs querelles régionales, faire preuve de bon sens et sortir de l’impasse concernant les normes anti-bruit.

Résumons encore une fois la situation : le gouvernement bruxellois voulait à partir du 1er janvier instaurer la tolérance zéro pour les avions qui dépassaient les normes sonores à l’atterrissage et au décollage. Il s’agissait de décollages entre 6 et 7 heures du matin (1), mais aussi de vols en journée avec divers types d’appareils et des vols cargos. Le montant des amendes est hallucinant avec un double effet potentiel : elles menacent la rentabilité de compagnies aériennes comme Brussels Airlines, TUIfly et Thomas Cook Airlines en les mettant ainsi en péril, mais la probabilité est aussi extrêmement élevée que des compagnies étrangères s’en aillent tout simplement.

Cette problématique ne concerne pas uniquement les compagnies, mais peut avoir des conséquences énormes pour l’ensemble de l’industrie aérienne. Un aéroport central attractif et rentable avec un bon réseau de liaisons directes et de liaisons vers des hubs est en effet essentiel pour garantir à vos clients une offre de base sérieuse. Si elle ne devait plus être disponible, ce sont tous les maillons de la chaîne qui risquent de sauter : les compagnies, l’aéroport, les hôtels, le commerce, les tour-opérateurs et le tourisme.

Bernard Gustin a résumé la problématique en deux phrases : ‘’Nous sommes des entreprises privées et nous n’avons pas besoin d’argent public. Nous avons besoin d’une stratégie cohérente à long terme sur laquelle baser nos projets.’’

C’est un véritable appel du pied au monde politique : donnez-nous un cadre clair et nous nous chargeons du reste. Il est apparu lors du débat que les entreprises représentées sur le podium ont des projets ambitieux, mais réalistes pour assurer une croissance durable. Cette croissance est l’oxygène nécessaire pour l’économie. C’est là que réside le paradoxe dans le comportement des politiques : elle est également nécessaire pour assurer les budgets et mettre en pratique les projets des différents gouvernements que compte la Belgique.

L’introduction des nouvelles normes sonores plus strictes par le gouvernement bruxellois a été jusqu‘à présent stoppée parce la Flandre a invoqué un conflit d’intérêts. La situation devait ainsi être gelée jusqu’au 22 janvier. Aujourd’hui, près de 3 semaines après cette date butoir, tout est bloqué. Tout le monde veut la croissance économique, mais personne ne veut d’avions au-dessus de son territoire. C’est une attitude puérile, voire caricaturale.

On parle maintenant à mots couverts dans les milieux politiques qu’il faudrait demander l’aide d’un médiateur mandaté par les Nations-Unies. Comme dans les conflits interminables qui endeuillent la planète. Difficile d’aller plus loin dans l’absurdité. Et cela pourrait prêter à rire si ce n’était pas aussi désolant.

  • Exemple purement kafkaïen : un avion décolle de Brussels Airport (Région Flamande) à 6h05. C’est officiellement le matin depuis 5 minutes en Flandre. La tour de contrôle envoie le pilote vers la Région bruxelloise qu’il survole à 6h06 min. A ce moment, c’est encore officiellement la nuit à Bruxelles (avec les normes anti-bruit qui l’accompagne). Le jour y commence seulement à 7h. Amende...  

 

03-02-17 - par Jan Peeters