Attentat de la Fontaine Allemande à Istanbul

La Turquie en plein coeur

Nous sommes le 12 janvier et la première journée du Salon des Vacances d’Utrecht réservée aux professionnels va débuter. L’équipe de Travel360°benelux est sur place et voit la salle d’une capacité de 80 personnes se remplir très rapidement. 120 personnes s’y pressent quand les portes se referment : l’intérêt pour la présentation ‘Le marché belge’ est considérable.

Un participant assis au deuxième rang tapote sur son smartphone et soupire : ‘ce n’est pas vrai : un attentat à Istanbul.’ Je regarde avec lui et nous apprenons ensemble qu’un kamikaze s’est fait exploser tuant des touristes au hasard. En plein cœur historique et touristique d’Istanbul, près de la Mosquée Bleue.

En quittant la salle après notre (la) présentation, je me rends directement dans le hall où les principaux acteurs concernés par la Turquie tiennent leur stand afin de percevoir les réactions. Etonnant comme une telle nouvelle est vite digérée : le Ministre du Tourisme turc qui était en visite au salon a fait un rapide topo de la situation et est déjà reparti.

Les stands de l’Office de Tourisme de Turquie et le méga stand de Corendon restent fréquentés et très animés. Tout le monde est d’accord sur un point : d’abord attendre, ne pas réagir à chaud.

Et tout le monde l’admet aussi : nous l’avions tous vu venir. Cela semblait inévitable qu’un tel événement vienne s’ajouter à la longue liste des attentats.

Nous écrivions justement la semaine dernière, après la réception de nouvel an de l’ANVR : ‘Saison d’été 2016 – La Turquie est la clé’, avec les commentaires suivants :  

‘Une exception constante sur les déclarations positives et les grandes espérances pour 2016 : l’incertitude collective et une nervosité rentrée concernant la Turquie : les destinations de la Méditerranée turque sont devenues des géants en matière de vacances avec une combinaison en or : une offre très vaste, surtout dans le créneau quatre et cinq étoiles, une formule all inclusive très bien ficelée et qui a fait ses preuves, et un niveau de prix particulièrement compétitif d’avril à octobre par rapport à toutes les autres principales destinations de vacances.

Et cette combinaison gagnante est toujours bel et bien en place. Mieux encore : on peut en théorie s’attendre à une saison en or pour les organisations européennes de voyage. Le marché russe est complètement fermé, d’où des dizaines de milliers de lits disponibles, surtout à Antalya. Les offres vont pleuvoir cet été et - toujours en théorie – c’est le moment rêvé, le ‘moment ou jamais’, de se rendre en vacances en Turquie.

Et pourtant, tout le monde retient son souffle. Personne n’ose s’engouffrer dans la brèche. Aucun entrepreneur de voyage n’a aujourd’hui élaboré de grands projets ou des schémas de vols ambitieux vers la Turquie. Les acteurs existants conservent leur capacité, mais envisagent en même temps des alternatives en permanence.

C’était ambiance ‘éléphant dans un magasin de porcelaine’ à la réception de nouvel an de l’ANVR : que va-t-il se passer si la Turquie s’engage totalement dans le conflit syrien et si le consommateur considère le pays dans son ensemble comme dangereux ou non fiable ?  La corde est actuellement extrêmement tendue et peut chaque jour se rompre. Un attentat, des combats armés du côté turc de la frontière, une escalade dans la partie de bras de fer avec la Russie : le baril de poudre est prêt et bien prêt.

Et le 12 janvier, on y a bouté le feu. Après la Russie, c’est le marché allemand qui va être complètement fermé, au moins temporairement.

Tous les grands tours opérateurs et tous les spécialistes de la destination Turquie - entre autres – ne savent plus à quel saint se vouer. Nous sommes à la mi-janvier, les réservations vers la Turquie n’étaient déjà pas au mieux – pour le dire gentiment – et maintenant, ça. Il n’y a qu’une possibilité : attendre et rester attentif pour voir comment va évoluer la saison.

Un élément à prendre en considération : il y a quinze ans, après le 11 septembre, les réservations vers la Turquie, entre autres, ont stoppé et il a fallu attendre le début de la saison d’été (suivante) avant que les tours opérateurs osent à nouveau planifier des vols vers la Turquie. Ceux qui étaient actifs dans le métier se rappellent comment la haute saison 2002 (2001 ???) a redémarré en flèche à la mi-mai. La Turquie a alors encore connu de très bons mois de juin, juillet, août et septembre.

Aujourd’hui, les destinations ‘pèsent’ beaucoup plus lourd qu’à l’époque et l’impact du volume qui sera réparti ou non en Turquie sera donc beaucoup plus important. Tous les professionnels le savent : un tel volume va poser problème. Ni l’Espagne, ni la Grèce – pour ne citer que les deux plus grandes destinations en volume – ne seront en mesure de l’absorber. La période qui précède l’été 2016 s’annonce longue, très longue…

13-01-16 - par Jan Peeters