L'industrie du voyage et les autorités

Qui pouvons-nous appeler?

La semaine dernière, je clôturais un article concernant l’élection en cours du nouveau président de l’ABTO par ces mots que certains ont trouvé ‘’un peu virulents’’ : ‘’Si aujourd’hui, un ministre veut parler à l’industrie du voyage, ses collaborateurs ne savent vraiment pas à qui s’adresser. Cela doit changer, du moins si nous voulons aller de l’avant.’’ Ce n’était pas virulent, ce n’est pas notre style. Mais ceux qui nous connaissent savent que nous plaidons depuis des années pour une association professionnelle de l’industrie du voyage forte et structurée. Un plaidoyer soutenu off the record par une majorité d’entrepreneurs du voyage, au fait.

C’est aussi valable dans l’autre sens : si aujourd’hui, l’industrie du voyage veut se concerter avec ‘son’ ministre, nous ne savons vraiment pas qui nous devons appeler. Les diverses compétences sont malheureusement éparpillées entre les différents ministères fédéraux et régionaux. Cela conduit à un enchevêtrement permanent et non coordonné en matière de communication, à un gaspillage d’énergie et – surtout – à un manque de vision politique dans un secteur qui représente près de 10% du produit intérieur brut.  

La situation concernant les procédures d’enregistrement à Brussels Airport à la suite des attentats du 22/03 en étaient un bel exemple : les Affaires Etrangères ont négocié avec la police sur un point fondamental – la sécurité des passagers et des employés - tandis que les aéroports ainsi que les représentants de l’industrie du voyage devaient subir les conséquences de compromis qui leur étaient défavorables.

Dans d’autres cas, c’est le (nouveau) Ministre de la Mobilité qui doit en finir avec les caprices des employés de Belgocontrol ou gérer la DGTA, la Direction générale du Transport aérien…

Les personnes qui peuvent réellement se considérer comme ministre du Tourisme – avec de nombreuses autres compétences – se situent au niveau régional. Ben Weyts est le Ministre Flamand (retenez votre souffle) de ‘’la Mobilité, des Travaux Publics, de la Périphérie, du Tourisme et du Bien-Etre Animal’’. En Wallonie, René Collin est “Ministre de l'Agriculture, de la Nature, de la Ruralité, du Tourisme, des Aéroports et délégué à la Représentation à la Grande Région”. Du pain sur la planche également. A Bruxelles, le tourisme est aux mains du Ministre Président Rudy Vervoort qui est également compétent pour “les Pouvoirs locaux, le Développement territorial, la Politique de la Ville, les Monuments et Sites, les Affaires étudiantes, le Port de Bruxelles … et enfin, le Tourisme”. Pour la Communauté Germanophone, c’est Isabelle Weykmans qui est en charge dans un gouvernement à quatre de la ‘Culture, de l’Emploi et du Tourisme’’.

Voilà pour le tourisme au niveau institutionnel en Belgique…

Les ministres régionaux se concentrent à 99% sur le tourisme entrant et l’industrie du voyage se sent un peu lésée. C’est logique : un enfant qui a plusieurs parents est dans la plupart des cas chouchouté davantage… ou complètement ignoré. Et alors, si cet enfant veut recevoir de l’attention, l’opération s’avère difficile et frustrante.

Un secteur qui génère 10% du PIB mérite mieux. La question reste légitime : si l’industrie du tourisme veut proposer demain un plan stratégique, qui doit-elle appeler ? Une telle dispersion des compétences a pour conséquence principale que le secteur du tourisme manque totalement d’une vision cohérente, globale et actualisée au niveau politique. Ce qui rend les choses compliquées au jour le jour et carrément dangereux au plan stratégique. Les grands groupes concentrent donc leurs efforts de lobbying principalement au niveau de l’Europe.

Il serait également intéressant que du côté secteur du voyage quelqu’un soit habilité à décrocher le téléphone. Mais nous avons déjà soulevé ce point à maintes reprises…

08-05-16 - par Jan Peeters