Avertissement sur les Profits TUI

L’Effet Max

TUI Group a réagi rapidement et fermement à la décision attendue d’interdiction de vol des Boeing 737 max pour encore trois mois minimum dans 50 pays à travers le monde. TUI compte 15 Boeing 737 Max dans sa flotte de 150 appareils. Avec la saison d’été qui va bientôt commencer, TUI a besoin de chaque appareil. Si vous avez 10% de votre flotte hors service à un tel moment, vous avez alors deux possibilités : soit vous réduisez la capacité, soit vous affrétez des avions de remplacement.

Devil’s Alternative

Chaque option présente des désavantages. Si un tour-opérateur réduit sa capacité, cela se répercute sur le cashflow, sur les contrats (de garantie) avec les hôtels et finalement sur la rentabilité. Si ce même tour-opérateur choisit la seconde option, notamment en louant des avions de remplacement, cela va augmenter considérablement le prix de revient et affecter également la rentabilité.    

Coup dur pour la rentabilité

Tout est devenu plus clair la semaine dernière : le groupe a annoncé que le bénéfice serait inférieur de 17 pourcents cette année et sous les 1,2 milliards d’euros escomptés en 2018, en supposant que les Boeing 737 Max puissent reprendre leurs vols mi-juillet. On avait annoncé précédemment que le bénéfice 2019 serait identique. Mais TUI a confirmé entretemps qu’il pourrait même être inférieur de 26 pour cents par rapport au niveau de 2018 si les appareils ne pouvaient pas voler en juillet.   

Dans une conversation téléphonique avec des analystes, David Burling, directeur des activités des compagnies aériennes de TUI, a déclaré devoir rapidement négocier pour garantir des ‘’wet leases’’ – la location d’appareils et de leurs équipages au complet – en vue du pic de l’été. Mais il a aussi déclaré qu’il s’attend à ce que le problème soit résolu et que c’était une question ‘’de semaines et de mois’’ plutôt que ‘’de mois et d’années’’.

Un avertissement sur les profits crédible

C’est probablement l’avertissement de profit le plus exemplaire selon les analystes et les observateurs boursiers. Soudainement, juste avant la haute saison et du jour au lendemain, vous devez vous passer de 15 avions qui vont devoir rester cloués au sol. Quoi que vous fassiez, c’est impossible à compenser. Ajoutez à cela que TUI va encore réceptionner 8 Boeing 737 Max dans les mois à venir et c’est une évidence : les résultats financiers vont trinquer.

TUI a donc dû rapidement chiffrer cet impact et en informer les marchés. Pour les sociétés cotées en bourse, il est très important de prendre elles-mêmes l’initiative, dans les bons comme dans les mauvais moments. Vous devez absolument éviter qu’apparaissent des spéculations à gauche et à droite : Il vaut mieux avaler la pilule en une fois.

La boîte à malices de TUI? Peut-être.

Une réflexion de la part de quelqu’un qui a connu de l’intérieur et de l’extérieur de telles entreprises de voyages cotées en bourse. Vous ne devez pas apprendre à un vieux singe comme le TUI Group à faire des grimaces. Le groupe sait que dans chaque désavantage se cache un avantage. Au début de cette année, Le CEO Fritz Joussen avait déjà admis qu’il ne fallait pas s’attendre cette fois à une nouvelle croissance spectaculaire du bénéfice. Il avait prévu que TUI aurait sans doute fait aussi bien à la fin des périodes de réservation qu’en 2018. Si vous suivez de près l’évolution du marché, vous savez que 2018/2019 a été et sera une année difficile pour les ‘’Big Boys’’. Ce ne serait pas étrange ni faire preuve de mauvaise foi que de penser que TUI ait instrumentalisé la situation pour gonfler un peu plus la répartition de bénéfices annoncée. Afin de déjà intégrer dans les résultats une éventuelle ‘’market softness’’ ou ‘’faiblesse de marché’’ à venir (c’est comme cela que l’on dit dans le monde des analystes).

Pessimisme de rigueur actuellement avant une future embellie ?

Je ne serais pas du tout étonné si les 17-26% de baisse annoncés comme étant la conséquence du problème Max ne soient pas un peu exagérés, de sorte que TUI puisse quand même dépasser ces prévisions à la fin de l’année. Cela s’est déjà vu. Ce n’est pas une manipulation à proprement parler, mais un exemple d’anticipation judicieuse. TUI a peut-être présenté une MAXimalisation du problème MAX. A suivre.

 

30-03-19 - par Jan Peeters