B, NL, D : comparons les prix

Honnêteté contre absurdité

La discussion entre les agents de voyage et les tours opérateurs concernant la politique de prix internationale n’est pas prête de se clôturer. En effet, la différence de prix entre les marchés belge, néerlandais et allemand est parfois très importante. Cela mène parfois aussi à des situations étranges et est une cause d’incompréhension réciproque et d’irritation. Mais souvent, cette différence de prix peut être parfaitement explicable. Du moins, si vous avez un minimum de connaissance des marchés et de professionnalisme.

C’est pourquoi, je suis parfois étonné quand je vois les réactions sur certaines pages Facebook. Les demandes d’informations y sont aussi parfois étonnantes. Vous devriez vous attendre de la part de quelqu’un qui est payé pour vendre des vacances qu’il cherche autant d’informations que possible. C’est logique : ‘demander à un collègue’, il n’y a vraiment pas de mal à ça, bien au contraire. De plus, si les questions sont complexes, les conseils avisés d’un collègue expérimenté sont les bienvenus. Fort bien.

Mais il y a aussi des cas vraiment gênants. Un exemple concret très récent : un agent de voyage de la partie francophone du pays s’est plaint de la différence de prix pour la même destination, le même hôtel, la même date de départ, la même durée de séjour et la même composition du dossier, chez le même tour opérateur : Neckermann/Thomas Cook. Cette différence de prix entre la Belgique, les Pays-Bas et l’Allemagne est effectivement importante. La réaction de l’agent de voyage, suivie de celles de collègues indignés sur le forum Facebook : ‘On n’est pas gâté (sic) nous Wallons !!!’. Conclusion générale : les clients belges sont victimes d’une grande injustice ! Teneur générale du message : on ne peut pas expliquer ça au client.

Non, vous ne pouvez pas l’expliquer au client… du moins, si vous n’êtes pas un vrai professionnel. J’ai regardé le post Facebook et j’en ai fait une capture d’écran (voir ci-dessous) et j’ai senti que quelque chose ne collait pas. J’ai donc pris 5 minutes pour examiner le dossier de plus près. J’en suis arrivé à la conclusion : c’est tout à fait explicable. Ma demande svp : un peu plus de professionnalisme, un peu plus d’effort de recherche et moins de paroles en l’air. Car cette réaction ne tient pas debout.

On parle ici d’un hôtel connu : le Lopesan Baobab Resort,  à Maspalomas, Gran Canaria. Le groupe Lopesan est une exclusivité proposée par les tours opérateurs de Thomas Cook, c’est également connu. Selon notre collègue agent de voyage, les différences de prix pour un séjour avec départ le 01/07/2016 et un retour le 11/07/2016 sont les suivantes :

-Neckermann Belgique, départ de Bruxelles :           3.432 €

-Neckermann Pays-Bas, départ d’Amsterdam :         2.692 €

-Neckermann Allemagne, départ de Düsseldorf:       2.811 €

 Effectivement, de grosses différences. Mais encore une fois, parfaitement explicables. Je pars du principe que tous les Belges savent que les vacances scolaires d’été commencent le vendredi 1er juillet 2016 en Belgique. Cela signifie qu’il va y avoir un premier rush de départ en vacances le premier week-end de juillet : les parents peuvent partir le vendredi et les vacances débutent par un week-end, ce qui tombe bien. Logique donc que les prix en Belgique grimpent dès le 1er juillet.

Vous devriez également partir du principe qu’un professionnel connaisse aussi les périodes de vacances des pays voisins. C’est seulement de cette façon qu’il est possible d’expliquer aux clients certaines différences de prix prévisibles. Bon, vu les réactions sur Facebook, il y a encore du pain sur la planche. C’est dommage car cela n’entraîne que de vaines discussions.

Deux minutes de recherche sur internet vous apprennent en effet que les vacances scolaires aux Pays-Bas commencent au plus tôt le 9 juillet et encore uniquement que pour la région du centre. Les Pays-Bas ont un système de vacances étalé et les différentes régions du nord, du centre et du sud prennent leurs vacances à d’autres moments. Logique donc qu’un départ le 1er juillet soit proposé à un prix compétitif.

Tout aussi logique : les prix sont encore bas à cette période en Allemagne. Les vacances y sont également étalées. La première région où les écoles ferment est la Rhénanie du-Nord-Westphalie et les vacances débutent le 11 juillet.

Conclusion : plusieurs collègues devraient se sentir rouges de honte. Car c’est un ragot qu’ils diffusent. Je comprends qu’il peut être frustrant que les clients mettent cette différence de prix sur la table. Avec la transparence actuelle et la disponibilité de l’information, cela va se produire de plus en plus souvent.

Mais cette même transparence et disponibilité de l’information tombe à point nommé pour clarifier et expliquer de nombreuses situations. Comme celle-ci. Si les clients de l’agent de voyage en question partent encore le 1er juillet au Lopesan Baobab resort de Maspalomas, ils seront certains de deux choses : ils auront du beau temps et tous les Belges présents auront payé plus que les Hollandais et les Allemands. Encore une autre certitude : Les Hollandais et les Allemands ne seront pas accompagnés d’enfants en âge d’obligations scolaires. Ils seront en effet encore tous à l’école, les pauvres petits.

Les tours opérateurs ne sont pas des enfants de chœur, mais ce coup était un coup bas. Plus sérieusement encore : c’était une faute professionnelle.

Les différences de prix entre, par exemple, Thomas Cook et Neckermann sur le marché belge sont évidemment ennuyeuses. Deux tours opérateurs, deux modèles de distribution différents, deux politiques de prix et de rendement différentes : c’est en effet difficile à expliquer à un consommateur moyen. Mais c’est la vie. Tout comme les dates de vacances scolaires différentes en Europe.

14-01-16 - par Jan Peeters