Boss Lufthansa : Consolidation !

3 Compagnies aeriennes Europeennes ?

Carsten Spohr est le CEO de la plus grande compagnie aérienne au monde en termes de chiffres d’affaires et il aime le rappeler de temps à autres. Il n’a pas peur de parler clairement et d’aller droit au but. Vous ne pourrez pas non plus le prendre en défaut de vision et de détermination. Maintenant que le soufflé de la faillite d’Air Berlin est retombé, il s’est exprimé dans les colonnes du Süddeutsche Zeitung sur une série de sujets marquants. J’en ai repris quatre.

À propos d’Air Berlin

Carsten Spohr est dans l’ensemble satisfait, puisque l’objectif initial de récupérer environ la moitié de la capacité d’Air Berlin a été atteint. Cela a pesé sur les résultats de Lufthansa : l’intégration a été rendue difficile car l’Etat allemand a jugé bon de prolonger l’agonie d’Air Berlin de quelques mois avec un crédit pont. Il faut savoir que l’on était en période d’élections. Spohr souligne aussi que la décision de Lufthansa d’assurer les liaisons de et vers Berlin avec de gros avions a été coûteuse, mais stratégiquement nécessaire.

À propos des 4 hubs allemands de Lufthansa

C’est de notoriété publique: le courant ne passe pas entre Lufthansa et Frankfurt Airport. La compagnie a transféré 5 appareils A380 de Francfort à Munich. Selon le CEO, la pression est venue des clients qui veulent bénéficier du ‘’meilleur service au sol’’ pour les vols de correspondance. Le fait que Francfort, qui est encore aujourd’hui le plus grand aéroport pour Lufthansa, soit aussi l’aéroport le plus cher en Allemagne n’aide pas vraiment. Spohr estime que la récente initiative de construire un hall ‘’light’’ près du terminal pour rendre possible des contrôles de sécurité supplémentaires est difficilement compatible avec l’image premium de Lufthansa. Il fait notamment référence aux aéroports  d’Amsterdam, d’Atlanta, d’Istanbul et de Munich pour définir ce qu’il entend par ‘’partenariat’’.

Il est tout aussi clair que Lufthansa va poursuivre sa stratégie des ‘’4 hubs’’. Spohr souligne, qu’en matière de vols long-courriers, le coût unitaire des plus petits avions devient intéressant par rapport à des appareils de grande capacité. Ce qui d’après lui peut créer une nouvelle dynamique dans le domaine : les connexions intercontinentales seraient ainsi possibles au départ de plus petits aéroports. En d’autres termes : Francfort ne peut plus se reposer sur les lauriers de ses chers vols long-courriers.

À propos de la croissance et de la consolidation

Pour Spohr, il n’y a pas de raison de douter : la croissance va continuer de façon spectaculaire. Il revient juste de la grand-messe de l’IATA à Sydney, où les bonzes des compagnies aériennes étaient aux anges : dans les 20 ans à venir le nombre de passagers va doubler. Selon lui, l’augmentation du prix du carburant n’est pas un obstacle. Il y voit même un avantage pour les grandes compagnies bien gérées : cela va même accélérer la consolidation. Il parle aussi des compagnies qui ont connu une forte croissance ces dernières années et qui vont avoir des problèmes lors de la prochaine crise.

A noter : il ne se pose pas la question de savoir si une nouvelle crise va survenir, mais quand. Il évoque la pénurie sur le marché de l’emploi, les difficultés en matière d’infrastructures au sol et même le manque de pièces de rechange en quantité suffisante pour les moteurs comme freins possibles à la croissance.

Cartsen Spohr cite la Chine (3 grandes compagnies), le Golfe et la Turquie (3 grandes compagnies et les USA (3 grandes compagnies) et arrive à la conclusion que ce n’est seulement qu’une question de temps avant que 3 grands acteurs dominent également le marché en Europe. C’est pour lui un élément déterminant pour ne pas rester à la traîne.

À propos de la première classe

Autre fait marquant : Lufthansa n’a pas l’intention de réduire la première classe, contrairement à de nombreuses autres compagnies. Loin de là : la compagnie  compte sur du volume supplémentaire et de nouveaux concepts pour développer la première classe à moyen terme.

Conclusion : Spohr joue la carte de la clarté. La question est de savoir jusqu’où le secteur du transport aérien va pouvoir concilier ses ambitieux projets de croissance avec les défis au niveau opérationnel et surtout : comment les rendre compatibles avec les critères de durabilité ? Autrement dit : y a-t-il des frontières à la croissance que l’IATA et les compagnies aériennes ne voient pas ou ne veulent pas voir ? 

18-06-18 - par Jan Peeters