Tinker: Cash ou Investissement?

Think Twice!

Cette idée me fait peur. L’économie se stabilise à nouveau, certaines destinations sont mises fortement sous tension, les hôtels sont harcelés par des propositions de nouveaux canaux de distribution en ligne, de nouvelles initiatives assez floues de compagnies aériennes sont lancées… pour les vieux loups de mer de la profession, cela signifie une chose : une catastrophe est en vue. Je vais être plus précis en prenant le crash de Tinker en exemple.

La combinaison idéale : amateurisme et consommateurs naïfs

L’industrie du voyage est un formidable business, mais nous avons toujours exercé un pouvoir d’attraction spécial pour la combinaison entre amateurs et consommateurs naïfs. Les premiers essaient de gagner de l’argent à court terme, les autres d’économiser de l’argent à court terme. Le résultat se retrouve chaque année à la télé et sur internet avec des consommateurs qui se posent en victimes et expriment leur confiance trahie. Les logos des fonds de garantie, l’adhésion à des associations professionnelles, la réputation et la solvabilité du fournisseur de voyages ? Désolé, nous n’avons pas fait attention. Nous voulions partir en vacances et nous avons trouvé le prix si intéressant… Nos lecteurs connaissent la rengaine car vous êtes des professionnels de l’industrie du voyage.

"Le Ryanair du secteur’’. Yeah right. 

Tinker est donc en faillite. C’est devenu une histoire savoureuse avec un entraîneur hollandais de football sur le retour qui a investi un petit million et qui a seulement fait contrôler les réservations après avoir empoché l’argent. Drôle de système.

Quand je vois aujourd’hui comment Tinker s’est présenté au consommateur, j’en ai la nausée. Des déclarations comme ‘’Nous pensons que voyager doit être accessible à tout le monde, pour que chacun puisse voir le monde sous un autre angle.’’ Voilà pour la ‘’philosophie’’ de l’entreprise. C’est généreux, non ? Mais le pire est à venir. Comment ont-ils fait ?

‘’En étant astucieux, nous allons créer un réseau qui rend les voyages efficaces et abordables. Nous voulons ramener du romantisme dans les voyages en étant proches des personnes, en toute confiance. Pour fournir une expérience de porte à porte unique.’’ En étant astucieux donc. Plus malins que les autres donc. Cet entraîneur de football le croyait probablement et pensait être intelligent. Mais vient ensuite la cerise sur le gâteau : qu’a finalement fait Tinker ? ‘’Fournir l’expérience porte à porte ultime avec un TinkerTicket via le meilleur prix et le meilleur service.’’ En d’autres termes : la Sainte Trinité du meilleur prix, du meilleur service et de la meilleure expérience. Le triplé gagnant. Mais, c’était du vent.

C’est le co-fondateur Gerben Abbink qui a présenté Tinker dans une vidéo de 9 minutes sur YouTube. L’enregistrement date de fin octobre 2015 et 6 mois plus tard, l’histoire était finie.

 

Qu’une entreprise comme Tinker tombe en faillite ne me choque pas : cela peut arriver. Ce qui me révolte sincèrement, c’est qu’une entreprise qui se compare clairement à Ryanair (voir à partir de la 16ème seconde) fasse ensuite le choix de la méthode quick win : vouloir rapidement grandir et vivre sur le cash qui n’est pas à vous. Le consommateur paie en effet d’abord Tinker qui doit ensuite en reverser une partie conséquente aux parties avec lesquelles ils travaillent. Ce modèle peut fonctionner et en principe chaque agent de voyages le suit généralement, mais à une condition : ne pas utiliser cette argent pour financer une croissance irréaliste. Car tôt ou tard, c’est aller droit dans le mur.

Argent des clients contre capital d’investissement

Le cercle vicieux tourne toujours dans le même sens : l’argent du consommateur entre, il est utilisé à d’autres fins que celle de payer les fournisseurs (quelques classiques : investissements IT, expansion internationale, embauche massive de personnel,…). Les fournisseurs seront payés plus tard, les principaux reçoivent un acompte pour être tranquille et au bout du compte, la bulle explose. Cela peut être encore plus grave : l’argent est simplement utilisé à des fins d’enrichissement personnel, mais il s’agit alors de véritables fraudeurs. Nous ne voulons pas placer Tinker dans cette catégorie.

Attention : cela ne veut pas dire que chaque entreprise innovante et à croissance rapide constitue un problème potentiel. Au contraire : ceux qui nous lisent savent que nous apprécions l’innovation, les nouvelles idées et les nouveaux entrepreneurs. Brûler du cash est souvent une nécessité pour introduire rapidement un produit ou un service sur le marché et ensuite en brûler encore plus pour atteindre une taille critique. Mais pour réussir cet exploit, vous ne pouvez et ne devez pas utiliser l’argent de vos clients. Il existe une autre solution : attirer du capital à risque.

Et il y a beaucoup d’argent disponible dans le monde qui ne demande qu’à être investi dans de nouvelles entreprises innovantes et d’avenir. Cela implique de prendre des risques. Et pour les minimiser, les investisseurs exigent un solide business plan, passent l’entreprise aux rayons X et examinent à la loupe comment réaliser des bénéfices à terme. Chaque entrepreneur d’une start up qui réussit le sait : convaincre les investisseurs est un travail difficile.

Tout montre que Tinker n’a pas choisi cette voie. Et pourtant, ils ont réussi à convaincre quelques grands acteurs de faire appel à leurs services. Sans doute sans un test de solvabilité approfondi.

La morale de l’histoire... 

Que cette histoire serve de leçon : une croissance rapide est une bonne chose, mais les vraies entreprises ‘’fusées’’ travaillent avec du vrai capital à risque. Tinker est aujourd’hui au tapis, mais soyez en sûr : en ce moment-même, d’autres jeunes entrepreneurs rêvent avec impatience d’engranger un maximum d’argent en mettant sur pied un carrousel comparable dans le monde du voyage si alléchant. Mais s’ils viennent proposer leurs services : réfléchissez-y à deux fois

15-06-17 - par Jan Peeters