Les CEO des compagnies aériennes inquiets

Brexit, Open Skies et Low Cost

Lors de la récente conférence CAPA qui s’est tenue à Amsterdam, presque tous les CEO des compagnies aériennes présents avaient de bonnes raisons de se montrer inquiets. Tout le monde ne partageait pas ce sentiment, mais si l’on reprend les principales déclarations des différents débats, 3 thèmes sortent du lot : les conséquences du Brexit, la notion d’Open Skies à l’échelle mondiale et la croissance continue des compagnies low cost.  

Brexit: un monstre

C’était clair à Amsterdam : la grande majorité des CEO des compagnies aériennes européennes estiment que les politiciens britanniques ont commis une énorme erreur en menant et en commentant complètement à côté de la plaque le référendum sur le Brexit. Patrick Byrne de Cityjet s’est même demandé pourquoi le Royaume-Uni n’organisait pas un nouveau référendum afin que les britanniques aient la chance de revenir sur leur décision.

Les conséquences pour les compagnies britanniques pourraient être fort dommageables selon la plupart des CEO. Dettling Ott, Vice President EU Affairs Regula de Lufthansa, a fait observer que les trois premières compagnies aériennes suisses ont été aujourd’hui reprises l’une après l’autre par leurs précédents concurrents. Dettling Ott a expliqué que c’était une conséquence directe de la position de la Suisse hors de l’Union Européenne.

Open Skies: une nécessité 

Akbar Al Baker, CEO de Qatar Airways, a exprimé en des termes non équivoques sa conviction que plusieurs pays dans le monde remettaient en question le principe d’Open Skies. Il a noté qu’après les USA, c’est maintenant l’Europe qui a aussi pris des mesures pour protéger ses propres compagnies aériennes contre la concurrence grandissante des compagnies ‘orientales’.

Le CEO n’a pas seulement évoqué les compagnies du Golfe comme Qatar Airways, Emirates et Etihad, mais il a aussi affirmé que la croissance de Turkish Airlines et d’Air Asia n’est pas uniquement combattue au niveau commercial…

Il semblerait que nous nous dirigions vers un nouveau round d’argumentations de part et d’autre avec peut-être quelques procès à la clé.

Low Cost: la croissance

Quarante pourcents de la capacité court courrier européenne est assurée aujourd’hui par les compagnies low cost. Les principales d’entre elles partent du principe que cette part va augmenter dans les 10 prochaines années pour atteindre soixante, voire septante pourcents. Selon différents intervenants, cela mènerait à une polarisation extrême : les compagnies aériennes classiques vont se consacrer aux vols longs courriers & full service et les low costers vont ainsi dominer quasiment tout le paysage court courrier.

Il est étonnant de remarquer que le business model hybride où les deux systèmes peuvent coexister à bord d’un avion (voir Brussels Airlines) n’a presque plus été abordé dans les discussions. D’éminents spécialistes aériens comme Peter Harbison de la CAPA ont confirmé en coulisses qu’il est désormais trop tard pour encore lancer une approche hybride avec succès. Il a aussi comparé le train low cost à une machine impossible à stopper.

Nous avons relevé une déclaration importante de David O’Brien, Chief Commercial Officer de Ryanair : ‘’Dans les années à venir, il sera primordial pour les compagnies aériennes low cost de défendre leur position. Avec, notamment, une discipline en matière de coûts essentielle pour éviter l’arrivée sur le marché d’un nouveau concurrent proposant une offre encore plus étoffée et encore plus avantageuse.’’

Cette dernière remarque est restée comme suspendue en vol lors de la conférence. Si même Ryanair avertit qu’il existe des concurrents possibles positionnés ‘’en dessous du marché’’, de nombreux acteurs ont des raisons de se faire du souci.

Le paysage aérien s’annonce très intéressant en 2017…

07-11-16 - par Jan Peeters