Compagnies aériennes, NDC et GDS

Plus qu’un débat sur les frais

Retour en mai 2014. La résolution 787 qui reprend les principes-clés pour le développement de la New Distribution Capability (NDC) a été approuvée par l’US Department of Transport. Cela marque le lancement officiel pour l’évolution future de la technologie NDC au sein de l’IATA et la première étape vers la situation complexe actuelle entre les compagnies aériennes, les entreprises GDS et la distribution du voyage.

 

Il y a deux ans, c’est Lufthansa Group qui a été le premier à utiliser la technologie NDC comme argument pour appliquer des frais supplémentaires sur toutes les réservations GDS. Le principal argument avancé alors était le coût d’une réservation via les canaux GDS, mais vous pouviez finalement lire entre les lignes que Lufthansa était frustré de constater qu’apparemment de nombreux autres acteurs pouvaient gagner plus que les compagnies elles-mêmes dans le transport des clients.

 

Depuis lors, de nombreuses discussions sur le sujet se sont retrouvées dans les médias où les différentes parties ont continué à camper fermement sur leurs positions. Les agents de voyages et les acteurs GDS ont fait valoir que la technologie NDC ne fonctionnait pas (encore) tout à fait comme cela avait été dit et les compagnies ont défendu leur point de vue en affirmant ‘’qu’elles n’avaient pas d’autre choix actuellement’’. Les compagnies d’IAG et d’Air France-KLM ont aussi appliqué leur version du suppléent GDS dans le courant de cette année, ce qui a rendu les discussions encore plus animées. Les associations professionnelles se sont mêlées au débat à coup de déclarations tapageuses. Entretemps évidemment, des accords avaient été conclus et signés loin des spotlights par diverses parties, à savoir les grandes chaînes de distribution des voyages d’affaires et les compagnies citées plus haut.

NDC n’est cependant qu’une partie du Combat Ultime pour les données des passagers. Les grandes compagnies aériennes sont en effet très inquiètes à l’idée qu’un jour un acteur puisse émerger en développant un business model prêt à puiser directement dans les sources potentielles de revenus des compagnies aériennes. Songez au divertissement en vol, mais aussi à d’autres formes d’upselling, comme le transport des voyageurs et des bagages de et vers les hôtels et à la communication d’offres pour réserver un vol suivant sur la base des données clients et de l’historique.

Le ‘’modèle Netflix’’ est souvent cité ces jours-ci dans les cercles des compagnies aériennes. La façon dont Neflix bouleverse l’industrie du cinéma les fait beaucoup réfléchir : ce nouvel acteur est entré par la porte de la distribution, mais a depuis acquis une telle position incontournable qu’il s’est vite lancé dans le core business de l’industrie du cinéma : la production de séries et de films. Netflix peut prendre des décisions en matière d’investissement de production qui ont beaucoup plus de chances de réussir parce qu’il peut faire ce qu’aucune grosse société de production ne peut faire : Netflix peut littéralement entrer dans la tête de ses utilisateurs en disposant de toujours plus de données les concernant et prévoir ainsi toujours mieux leur comportement.

Les compagnies aériennes en savent elles aussi toujours plus sur le comportement de leurs clients lors du vol, mais voient des opportunités énormes dans l’utilisation des données clients sur tout ce qui se passe autour du vol proprement dit : les achats avant et après le vol, le choix des destinations, les raisons du déplacement, le choix de l’hébergement,… Aujourd’hui, les compagnies aériennes font partie de la customer journey et elles veulent étoffer leur rôle. Et surtout : elles ne veulent pas être les victimes d’un scénario à la Netflix comme il se déroule avec des géants comme Warner Bros., Paramount Pictures et Metro-Goldwyn-Mayer.

L’ensemble des discussions concernant la NDC est donc englobée dans un débat quasi existentiel en cours aujourd’hui dans de nombreuses compagnies aériennes.

 

19-12-17 - par Jan Peeters