ÉTÉ 2017

Sentiments partagés

Il est rare dans l’histoire récente l’industrie du voyage au Benelux de pouvoir comme aujourd’hui éprouver de bonnes sensations face aux attentes en matière de réservations pour la saison d’été. Résumé de la situation : des actions de réservations anticipées très punchy ont entraîné un départ rapide de la saison. Les Pays-Bas ont connu une croissance d’un peu plus de 2% en janvier. La Turquie est certes à la traîne, mais la Grèce marque des points. L’Espagne est presque à son maximum. Les tour-opérateurs de niche s’en sortent bien, mais croulent sous le boulot. Première conclusion possible : tout se passe bien. Mais les apparences sont parfois trompeuses.

La courbe du chameau

Les réservations d’été connaissent depuis de nombreuses années une courbe dite du chameau toujours plus marquée : un démarrage toujours plus précoce du premier pic de réservation qui se tarit tout aussi rapidement. Vient alors une longue période intermédiaire avec quelques coups de feu proches des périodes de vacances automne-hiver. A partir de la mi-mai arrive la seconde ‘’bosse’’, celle des réservations tardives, qui dépend beaucoup d’un seul et même protagoniste : la Turquie. Et on peut y ajouter la Tunisie cette année.

Un petit retour en arrière sur la saison passée donne peut-être du courage et de l’espoir, mais l’expérience nous a appris que l’on ne peut pas tirer de conclusions de la situation à la mi-février en ce qui concerne le reste de la saison en cours. C’était possible avant, mais la nostalgie est un mauvais business model et nous ne jouons donc plus à ce jeu-là.

Le rôle de la Turquie en 2016

Un fait marquant de l’été 2016 est resté dans les mémoires : le rôle de la Turquie dans la saison last minute. Des acteurs qui ont osé spéculer sur une demande en hausse en juillet et en août pour des vacances à prix réduits et donc particulièrement compétitifs ont encore pu faire de belles affaires.

Le marché disposait d‘une capacité de vols suffisante et on avait l’embarras du choix en matière de lits. Les spécialistes de la Turquie suffisamment intelligents, calmes et culotés ont encore pu remplir des avions avec la véritable demande last minute des mois de pointe. La Turquie avait encore connu de graves attentats au mois de juin, mais ils étaient - alors - quasi tous situés à Istanbul et à Ankara. Il se fait également qu’une partie de la population d’Europe occidentale – aussi étrange que cela puisse paraître – qui avait déjà dû digérer tant de mauvaises nouvelles était véritablement arrivée à saturation : les gens voulaient partir en vacances et les prix pour la haute saison sur le littoral turc à des centaines de kilomètres des zones dangereuses étaient alors incroyablement bas.

Le dernier sera le premier…

Cela a entraîné un des paradoxes du tour-opérateur : celui qui est le dernier à survivre sur une destination de masse en difficulté peut toujours faire de bonnes affaires. Un acteur comme Corendon a joué intelligemment sur les deux tableaux : d’un côté il a réalisé une percée sur des ‘’nouvelles’’ destinations comme Ibiza et de l’autre côté, il a maintenu la Turquie en réserve.

Cette année encore il est possible que la Turquie tienne avec un brin de chance à nouveau le premier rôle à la fin du printemps. La Grèce va, elle, enfin renouer avec le succès qui se faisait tant attendre : le pays joue à fond ses atouts de destination sûre, attractive et de bonne qualité pendant que des concurrents mid haul comme l’Espagne et le Portugal ont augmenté fortement leurs prix là où c’était possible. En conséquence, les prix de la Grèce ne sont plus un handicap pour la deuxième année consécutive. Les destinations espagnoles et portugaises vont certainement faire le plein, mais concernant les dates de pointe absolues, la capacité a ses limites.

Un travail de funambule

La saison s’annonce donc particulièrement stressante pour les product & yield managers. Pour obtenir de bons résultats dans l’aviation et le tour operating, vous avez besoin de bonnes marges et du volume nécessaire. L’année passée, ces marges étaient bien présentes, également pendant la période last minute. Mais le volume est au moins aussi important. Cela explique la décision de Corendon d’ouvrir le marché de la Tunisie : toute personne concernée de près ou de loin par le tour operating ne peut avoir que du respect pour une telle décision. C’est ce genre de décision qui peut qui faire la réussite ou non d’une année. Le tour operating ? C’est comme danser sur une corde raide.

15-02-17 - par Jan Peeters