"Be careful what you wish for"

Directive EU

“Be carefulwhatyouwish for, youmightgetit one day”. Cette expression m’a traversé l’esprit lorsque j’ai pris connaissance des premières réactions à la nouvelle directive européenne concernant les voyages à forfait. Dans un combat concurrentiel, tout le monde doit en effet pouvoir utiliser les mêmes armes. Mais il se pourrait qu’au final, en luttant pour un champ d’action clairement défini et équitable pour chacun, l’industrie du voyage organisé mette à mal ses principaux atouts.

C’est une erreur récurrente : les ‘instances supérieures’, l’establishment, les acteurs classiques,partent toujours du principe que les nouveaux arrivants

doivent s’adapter à eux, et pas le contraire. C’est aussi valable dans les domaines économiques, culturels et sociaux. Les règles du jeu sont établies et on attend des nouveaux arrivants qu’ils les acceptent et s’y adaptent, et, si nécessaire, qu’ils modifient leur façon de voir et d’agir. Un nouvel arrivant qui souhaite modifier les règles est d’abord tourné en dérision, ensuite pris à partie et dans une phase suivante, menacé de poursuites judiciaires. Et pas nécessairement dans cet ordre, d’ailleurs.

Les règles actuelles sont sans doute contraignantes, mais respecter la législation est un principe, cela va de soi.

Cependant, dans la foulée de cette évidence, apparaissent rapidement un tas d’autres obligations supplémentaires : affiliation à telle ou telle association, apport de garanties financières, limitations opérationnelles comme les horaires d’ouverture, restrictions pour mener une concurrence totale… la liste des ‘droits et usages historiquement établis’ est bien longue. De nombreuses instances, de nombreux organes consultatifs et autres partenaires de concertation tiennent à sauvegarder l’ordre ancien. La plupart parce que cela leur convient particulièrementtout en sachant pertinemment qu’ils peuvent ainsi empêcher, ou au moins retarder,l’arrivée de nouveaux acteurs sur le marché.

Cela s’est toujours passé de cette façon jusqu’à aujourd’hui. Mais ici aussi, il ne sera pas possible d’échapper au changement. Des entreprises comme Google, Facebook, Apple, Amazon et Tesla sont en train de prendre la place des rois du pétrole, des géants automobiles et industriels, et des magnats de la presse en matière d’influence politique, de lobbying et de pouvoir.

Ils ont transformé à un rythme élevé la manière dont, notamment, lepouvoir législatif envisage l’innovation, la disruption et l’arrivée de nouveaux acteurs prêts à tout renverser sur leur passage. Ils apprennent aux politiciens à opter pour les possibilités offertes par l’avenir plutôt que de rester accroché aux certitudes du passé.

Cette évolution est en marche pendant que vous lisez cet article. Et elle est irréversible. En conséquence, le ‘levelplayingfield’ dont chacun dispose dans chaque secteur pourrait à terme se transformer en ‘brand new playingfield’ avec de toutes nouvelles règles de fonctionnement.

La nouvelle directive européenne sur les voyages à forfait ne va pas changer fondamentalement la donne en réalité. Des nombreuses fédérations professionnelles sont pour l’instant raisonnablement satisfaites, parce qu’ellesvoient le dossier évoluer lentement sans faire de vagues.

Il se pourrait cependant que le temps joue en défaveur des ‘anciens’ acteurs ‘historiques’. Il se pourrait qu’une certaine forme de compréhension émerge à l’écoute des demandes pressantes des nouveaux acteurs. Il se pourrait que dans un ou deux ans, un petit groupe de conseillers influents puisse convaincre les décisionnaires de tout remettre en question. Même les certitudes du passé. Même les temples sacrés érigés après maintes difficultés.

En soi, rien de grave, même pour les acteurs actuels. Ce qui va se passer, c’est que tout le monde va bientôt pouvoir combattre dans une toute nouvelle arène, avec des règles du jeu totalement différentes. Dans ce scénario, chaque tour opérateur va entrer en concurrence directe avec Expedia et Priceline, chaque hôtelier avec Airbnb et HomeAway, les compagnies de taxi se battront en duel avec Uber et les autocars engageront la lutte sur de nombreuses lignes avec Blablacar. Les compagnies aériennes savent ce que cela veut dire, elles y sont confrontées depuis des années depuis l’émergence des compagnies lowcost.

La question que tout le monde doit se poser aujourd’hui : le jour où un levelplayingfield sera défini de cette façon, serai-je prêt ? Mon produit, mon organisation seront-ils prêts à affronter ces nouveaux acteurs et tous ceux qui vont suivre ? Ai-je la certitude, dans un contexte de concurrence ouverte, de quitter l’arène en vainqueur ? L’industrie du voyage organisé a négligé pendant des années un de ses principaux USP : la protection du consommateur. A quoi va ressembler le théâtre des activités si bientôt tout le monde pourra être en droit d’utiliser ce même argument ?

Be careful what you wish for. You might get it one day

01-11-15 - par Jan Peeters