État Hollandais et Air France-KLM

Quo Vadis?

Nous avons attrapé un fameux torticolis en Belgique au cours des derniers jours. Les arguments et les reproches ont volé en tous sens au-dessus de nos têtes entre les Pays-Bas et la France et vice versa. Nous avons observé le cirque concernant la nomination d’un dirigeant, l’obstination à en conserver un autre –bien en place – et ensuite la décision d’un cabinet libéral de droite d’injecter près d’1 milliard € (nous comptons large) d’impôts néerlandais dans une société française. Nous aimons bien ce genre de situation surréaliste en Belgique. Faisons le point.

La puissance d’un petit actionnaire ?

Les Pays-Bas ont donc acquis 14% d’actions du holding et conservé ses 5% dans KLM. Le gouvernement hollandais renforce sa position dans le holding et est en même temps actionnaire minoritaire de la compagnie aérienne nationale.

Où est la logique ?

Il doit bien y avoir une logique dans tout ça, mais peut-être vivons-nous trop au sud de La Haye pour la comprendre. D’autant plus parce qu’après cet achat d’actions, très peu de choses ont finalement changé. Bon, les Pays-Bas ont plus à dire que quelqu’un qui ne dispose pas d’actions. Mais est-ce que l’on a plus de pouvoir de décision avec 14% qu’avec 6% dans une entreprise ? Prenons un exemple. Les Américains (Delta) et les Chinois (China Eastern) ont chacun 8,7%. Cela fait donc un bon 17%. Vous pourriez aussi bien supposer que cette combinaison ‘’Chine-US’’ est plus puissante que celle des Pays-Bas ou de la France.

Un non-sens évidemment. Mais est-ce bien là le motif absolument astucieux, extrêmement intelligent et super stratégique du gouvernement hollandais de dépenser un milliard d’euros pour une prise de participation dans une société française ? 

En relisant les réactions, les plus sérieuses reprenaient des mots comme ‘’emploi’’ et ‘’développement économique’’ et côtoyaient des slogans nettement plus racoleurs comme ‘’Le cygne continue fièrement son vol’’, ‘’Les Pays-Bas retrouvent leur fierté’’ ou ‘’Les Français restent bouche bée’’.

Sans oublier la lettre S de… Sabena. Même le Canadien Ben Smith à la tête d’Air France KLM réputé pour être un dirigeant hyper cool a émis ce commentaire sur des exemples de sociétés comme ‘’Pan Am, Olympic Airways et Sabena qui n’ont pas pu s’adapter à temps et ont donc sombré corps et biens’’.

Bâillement.

Ah, citer des exemples d’un passé lointain et d’une période définitivement révolue est dans le secteur du transport aérien à peu près l’équivalent d’un grand-père qui repense à sa jeunesse et affirme que ‘’Les Allemands sont un peuple qui veut encore et toujours conquérir le monde’’. Dans ce cas, ce ne sont pas les Allemands, mais les Français qui apparaissent comme ‘’l’adversaire’’. Mais c’est un détail : l’ennemi sera apparemment bientôt vaincu avec de l’argent hollandais.

Seriously?

Sincèrement : j’ai le sentiment que tout le monde chez nos voisins du nord est emballé par la décision opportuniste d’un gouvernement hollandais qui veut marquer les esprits d’une grande partie de la population à la manière d’un Donal Trump. Un gouvernement qui veut également capitaliser sur le renforcement de KLM via la prolongation de contrat d’Elbers et distraire l’attention de problèmes autrement plus délicats comme le réchauffement climatique.

L’influence hollandaise

Qu’il en soit donc ainsi. Les récentes déclarations du ministre des Finances Wopke Hoekstra sur ‘’l’intérêt public, l’ancrage stratégique et le cadenas mis sur la porte’’ avaient de l’allure, mais ne brillaient pas par leur clarté. Il a aussi ajouté dans une interview que les Pays-Bas allaient pouvoir veiller à ce que les résultats du groupe deviennent meilleurs. Cela veut-il dire que son cabinet va se mêler du problème des routes, des slots, des couvertures carburant, des tarifs et de l’efficacité opérationnelle ? Mon œil.    

La prudence diplomatique

La participation souhaitée de 14% a également été défendue de manière un peu alambiquée. L’Etat français détient 14,3%, mais les Pays-Bas vont se contenter de 14%. Pour n’offenser personne, dit-on dans l’entourage du ministre. Les considérations diplomatiques et les intérêts économiques se mélangent : nous mettons de l’argent dans l’affaire, mais nous faisons en sorte que les joueurs présents gardent leur position sur le terrain.

Et donc ?

Nous avons suivi de près les différentes déclarations, nous avons bien écouté les arguments des uns et des autres, mais apparemment personne ne sait ce qui va se passer concrètement en termes de contrôle, de management ou de rentabilité. A part le fait que l’aéroport de Schipol rapporte à l’économie hollandaise 9 milliards d’euros par an.

The Wrong Fight?

Des centaines de millions vont être dépensés pour quelques pourcents de participation dans une entreprise étrangère, mais Schipol va devoir continuer sa croissance au compte-gouttes et l’aéroport de Lelystad n’a pas de certitudes sur ce qui va se passer à l’avenir. En un mot, cela ressemble trop à un exercice de musculation pour un  combat qui n’en vaut pas la peine.

Un article paru dans l’Echo remet d’ailleurs simplement les pendules à l’heure. En voici un extrait : ‘’Rappelons qu’Air France et KLM ont fusionné en 2004. Que c’est un groupe français, avec son siège à Paris  et coté à la Bourse de Paris. Air France-KLM a le pouvoir de contrôle de KLM, c’est prévu dans les accords de fusion qu’avait acceptés le gouvernement hollandais en 2003. Et depuis 2007,  le patron d’Air France-KLM nomme cinq des neufs administrateurs du conseil de KLM.’’


La situation n’a pas changé et elle ne changera pas de sitôt. Bonne chance.

 

 

 

28-02-19 - par Jan Peeters