Brussels Airlines & Eurowings

4 moments de gloire

4 top managers étaient assis ensemble à la table pour la conférence de presse de l’annonce de la reprise de l’ensemble des parts de SN Air Holding, la maison-mère de Brussels Airlines, par Lufthansa Group. Chacun de ces professionnels a vécu à sa façon un moment de gloire. Un aperçu de l’événement vu par les yeux de ces quatre acteurs déterminants.

Bernard Gustin: il l’a fait

Le CEO de Brussels Airlines est définitivement entré dans la liste des grands dirigeants belges. Pensez à Dominique Leroy (Belgacom), Jo Cornu (SNCB), Patrick De Maeseneire (Jacobs Holding) et Ronnie Leten (Atlas Copco): des noms qui circulent à chaque nomination et qui sont repris sur la short list lorsque qu’un poste de CEO est vacant dans une entreprise publique.

Bernard Gustin est l’architecte du redressement et ensuite du succès de Brussels Airlines en tant que compagnie aérienne hybride avec une structure de coûts intéressante. Il a réalisé, depuis 2008 lorsqu’il est devenu CEO de la compagnie, un parcours quasiment sans faute. Il a restructuré, essayé de nouveaux business models et n’a pas hésité à renforcer ce qui fonctionnait et à arrêter ce qui ne fonctionnait pas. Gustin a réussi à donner une nouvelle structure à l’entreprise dans laquelle les employés ne pensent plus avec nostalgie au passé de la Sabena, mais sont aujourd’hui fiers de leur entreprise actuelle.

Il est frappant de remarquer comment Gustin a adopté un profil bas depuis 2008 et l’annonce de la possibilité d’exercer un droit de call option. Il s’est retenu de faire de grandes déclarations dans la presse et s’est concentré sur les négociations avec Lufthansa. Il savait mieux que quiconque que les jeux étaient quasi faits. Son objectif était d’ancrer de façon acceptable Brussels Airlines au sein de Lufthansa. Mission accomplie.

Etienne Davignon: Il l’a rendu possible

Le Vicomte était manifestement un homme satisfait lors de la conférence de presse. Il a lancé quelques boutades sur son salaire (‘’Je travaille gratuitement, je n’ai donc aucun impact sur la structure des coûts’’) et la façon de travailler en Belgique (‘’Nous aimons compliquer les choses pour finalement trouver une solution qui convient à tout le monde’’).

Etienne “Steve” Davignon s’est lancé après le crash de la Sabena de tout son poids économique et politique dans la fondation d’une nouvelle compagnie aérienne. Il a convaincu les différents grands acteurs de la ‘’S.A. Belgique” d’investir : il s’agissait de Fortis, Suez, ING et Tractebel jusqu’aux sociétés d’investissement régionales de Wallonie et de Bruxelles. Cela sonnait un peu ‘’salons francophones belges’’, mais c’est en fait le noyau constitutif du réseau Davignon.

Le Vicomte a effectué, au contraire de Gustin, de nombreuses déclarations dans les mois suivants la décision de Lufthansa : il a rassuré les syndicats, il a rappelé les politiciens à l’ordre pour qu’ils cessent leurs déclarations ronflantes et calmé tout le monde lorsque Karl Ulrich Garnadt s’est exprimé à son tour pour confirmer il y quelques mois que Brussels Airlines serait incorporée dans Eurowings. Davignon n’a autorisé personne à gâcher sa fête.

Car c’était un peu son moment de gloire ultime : sa création est ancrée dans la plus grande compagnie aérienne européenne et l’intégration a été annoncée avec tout le respect nécessaire.

Carsten Spohr: Il l’a décidé

Le CEO de Lufthansa est un homme qui joue sur plusieurs échiquiers à la fois. Il est convaincu que la véritable consolidation dans l’industrie aéronautique européenne ne fait que commencer et il est résolu à ce que Lufthansa y tienne un rôle prépondérant. Brussels Airlines est un pion sur un de ces échiquiers. Dans le même temps, il assiste à la création en Allemagne de Niki en tant que nouvelle ‘’leisure airline’’.

Spohr veut positionner au pas de charge Eurowings comme une réponse à la part de marché croissante des compagnies low cost. Il est bien conscient que le temps joue en sa défaveur, mais Spohr est un homme qui ne fait rien superficiellement ou par opportunisme. Une de ses déclarations lors de la conférence de presse est éclairante à ce sujet : ‘’Nous voulons relier l’Europe au reste du monde. C’est autre chose que ‘’d’être relié’’ au reste du monde : nous voulons avoir notre sort et notre stratégie entre nos mains. C’est important pour Lufthansa, mais aussi pour l’Europe.’’

Le monde a appris à connaître Spohr et à le voir comme un homme et un manager intelligent et empathique dans les jours qui ont suivi le crash suicide du vol 9525 de Germanwings en mars 2015. Il a alors prouvé qu’il est doué pour la communication de crise : le CEO a pris lui-même la communication en mains et a gardé le contrôle sur cet événement tragique.

Il a montré de la compréhension en reportant la décision de reprise suite aux attentats du 22/03, mais il n’a pas attendu trop longtemps avant de finalement prendre cette décision. Aujourd’hui encore, Spohr démontre ses talents de grand communicateur : respect pour Brussels Airlines, respect pour la ‘’Belgian touch’’ comme il l’a rappelé à plusieurs reprises.

Karl Ulrich Garnadt: Il doit – encore – le faire

Le CO d’Eurowings doit maintenant écrire l’histoire : il doit développer au sein de Lufthansa une compagnie low cost qui doit stopper la marche en avant de Ryanair, easyjet et Vueling. Garnadt a plusieurs grands défis à relever : la résistance du personnel de bord Lufthansa pour conserver ses acquis, la cohésion des différentes cultures des entreprises déjà reprises et celles encore à reprendre et la création d’un business model low cost qui puisse attirer et garder les vacanciers comme les voyageurs d’affaires.

Garnadt a encore quelques mois devant lui puisqu’il prendra sa retraite fin avril 2017. Dans n’importe quel autre secteur, ce job serait revenu à son successeur, mais nous sommes dans l’industrie des compagnies aériennes : les mois qui viennent vont être cruciaux pour Eurowings, donc pas question de tergiverser.

Garnadt a beaucoup d’expérience dans le transport aérien et chez Lufthansa, mais jeter les bases et lancer Eurowings ne semble pas une tâche facile, même pour ce grand professionnel. Son successeur présente d’ailleurs un tout autre profil. Thorsten Dirks, le futur CEO d’Eurowings, est aujourd’hui le patron de Telefonica Deutshland AG.

Quatre grosses pointures du ciel européen, avec 4 différents profils. C’était aussi au plan personnel un moment intéressant à vivre.

 

 

 

15-12-16 - par Jan Peeters