Un CouCou Chez TUI

Exit Corsair

C’est le CEO de TUI Fritz Joussen en personne qui avait déclaré lors de l’ITB 2019 que les activités aériennes étaient essentielles pour le développement stratégique du groupe. Il avait également ajouté un ‘’but it’s very though’’. En France, TUI vient de se débarrasser de la compagnie Corsair. Un discours contradictoire ? Absolument pas. Corsair était depuis des années un caillou dans la chaussure du groupe TUI. Maintenant qu’on l’a retiré, TUI va pouvoir continuer son turn around tant attendu dans l’hexagone. Car TUI France n’est pas un caillou, mais une paire de chaussures trop petite qui l’empêche de marcher. 

Corsair: une compagnie TUI sans le logo TUI

L’histoire de Corsair est simple : c’était la seule compagnie aérienne régulière au sein de TUI et elle n’avait donc pas d’avenir stratégique. Corsair n’ayant pas fait partie de l’opération de rebranding, c’était le signe que TUI allait vouloir s’en débarrasser au plus tôt.

Maintenant, c’est fait : comme quasiment tout le monde le sait, la société d’investissement allemande Intro Aviation a repris 53% des actions. On a poussé un ouf de soulagement chez TUI. Les négociations précédentes avec le Groupe Dubreuil (Air Caraïbes) étaient pourtant très avancées il y quelques années, mais elles avaient capoté en 2015. Le nouveau propriétaire est un groupe de managers de crise et de restructurations déguisé en société d’investissement. Cela mérite quelques éclaircissements.

Un coucou dans le nid

Corsair était un coucou chez TUI : un oiseau qui avait été imposé parce qu’il n’avait plus de nid. TUI avait acquis Corsair en 2002 parce que la compagnie faisait partie de la reprise de Nouvelles Frontières. Le groupe avait bien essayé d’intégrer ce corps étranger : un mini rebranding avait été effectué avec un changement de nom en Corsairfly (sur la base de TUIfly) et les appareils avaient arboré les couleurs de TUI. On a décidé plus tard de revenir à l’ancien nom. La future mariée aux 7 avions avait été préparée pour son mariage planifié.

Intro Aviation: une compagnie turn around à succès

L’acquéreur est donc Intro Aviation, une société qui à première vue a choisi le job le plus difficile en matière d’investissement et de restructuration au monde : la remise en forme de compagnies en difficulté. Pour info, Corsair n’est pas dans le cas. Chez Intro Aviation, le patient reste le moins de temps possible à l’hôpital : la société n’est pas un opérateur aérien, mais un médecin spécialisé qui peut s’attaquer très efficacement aux symptômes de la maladie.

Intro Aviation achète - la plupart du temps à un prix très avantageux - des compagnies qui ne sont pas d’une manière ou d’une autre sur la bonne voie, réduit les frais structurels et élimine les lignes non rentables. La société cherche ensuite aussi vite que possible un nouvel acheteur.

Cas 1 : LTU

Intro Aviation a acheté en 2006 la compagnie légendaire LTU en nette perte de vitesse. Les frais structurels ont été réduit, le réseau a été revu en profondeur tout comme la structure des prix. En 2007, Intro Aviation a vendu LTU à Air Berlin. Qui a ensuite fait faillite, mais c’est une autre histoire.

Cas 2 : CityJet

En 2014, Intro Aviation a repris CityJet à Air France. A ce moment, CityJet avait principalement une fonction de hub pour Air France. La compagnie a été restructurée et ensuite revendue à un consortium proche du fondateur de la compagnie. Aujourd’hui, CityJet est spécialisée dans des opérations de Wet Lease (affrètement avec équipage), un des domaines les plus rentables du secteur du transport aérien.

Corsair: vers une prochaine destination ?

Il faut donc s’attendre à ce que Corsair soit revendue dans l’année. Il existe peut-être même déjà des accords avec un futur acheteur pour une reprise après une restructuration rapide. A un prix plus élevé bien entendu. Le coucou n’est pas encore pour l’instant dans le bon nid.

 

26-03-19 - par Jan Peeters