Germania Au Sol

Il Aura Fallu 15 Jours

Lisez cette histoire et je vous le garantis : vous n’y croirez pas. Racontez-la à vos collègues, amis et connaissances et ils se demanderont si c’est vrai. Et pourtant, c’est tout ce qu’il y a de plus vrai. Cela concerne Germania, la compagnie aérienne allemande dont les appareils sont maintenant cloués au sol. Deux moments cruciaux en à peine 15 jours : le 24 janvier et le 4 février.

Déclaration du 24 janvier 2019

‘’Nous avons aujourd’hui obtenu un important engagement en rapport avec nos efforts financiers. Au total, le soutien financier acquis dépasse maintenant le montant cible originel de 15 millions €. Nous devrions recevoir les fonds la semaine prochaine. Suite à cet engagement, la viabilité de Germania en tant que compagnie indépendante est assurée à moyen et à long terme. La situation comptable est bonne, les montants des réservations anticipées pour les prochains mois et pour l’ensemble de la saison d’été 2019 sont supérieurs à ceux de l’année passée.’’

Ces mots ont été prononcés par le CEO en personne. L’entreprise est donc maintenant tirée d’affaire, elle va exister encore longtemps et tout va bien car elle a pu surmonter cette situation d’urgence. C’était le 24/01/2019

15 jours plus tard, le ton était différent

‘’Hélas, nous n’avons finalement pas pu être en mesure d’arriver à une conclusion positive par rapport à nos efforts financiers pour couvrir nos besoins en liquidités à court terme. Nous déplorons profondément qu’en conséquence notre unique option ait été de déposer une demande en insolvabilité. Les besoins en liquidités à court terme sont surtout dus à l’impact financier d’événements imprévus comme l’augmentation considérable des prix du carburant l’été dernier et dans le même temps, de la baisse de l’euro par rapport au dollar, des retards substantiels dans les phases d’introduction d’appareils dans la flotte existante et d’un nombre inhabituellement élevé de problèmes de maintenance concernant ces appareils.’’

Oups

Les prix du carburant sont actuellement en baisse, les acrobaties du dollar se sont calmées, le planning pour remplacer des avions me semble être un élément essentiel d’un bon management et un nombre inhabituel d’incidents techniques devient subitement ingérable… Conclusion : Germania était gravement malade. Mais 15 jours plus tôt, tout était OK. Là,je ne comprends pas. 

Ne plus travailler d’un côté et bosser comme des fous de l’autre

Les 1.700 employés n’étaient déjà plus payés depuis janvier et pour eux, le rideau est tombé. Des centaines d’employés d’Alltours, de Schauinsland Reisen et de TUI, pour ne citer que les plus importants volumes, ont par contre bossé comme des fous pour effectuer de nouvelles réservations pour des dizaines de milliers de clients. Condor, Eurowings, Laudamotion, Sun Express et TUIfly ont offert des ‘’Rescue Fares’’, mais envisagent aussi des augmentations de capacité pour l’été.

Et voilà qu’on reparle de fonds de garantie

La demande d’une forme de fonds de garantie pour les compagnies aériennes resurgit en effet à nouveau. Tout comme au moment de la faillite d’Air Berlin, de Small Planet Airlines et de Primera. Les compagnies se sont déjà pourtant exprimées clairement à ce sujet : nous n’en voulons pas. Elles s’abritent derrière deux arguments. Premièrement : elles sont contre le principe selon lequel les compagnies les plus solides, financièrement saines et bien gérées devraient payer pour protéger des cow-boys irresponsables. Deuxièmement : 80% des montants d’un tel fonds de garantie seraient engloutis en frais administratifs… J’entends d’ici Eric-jan Reuver (SGR) et Mark Devriendt (GFG) se cabrer. Et j’entends aussi les professionnels qui galèrent lors de chaque faillite grogner d’indignation.

A juste titre

L’argument des frais administratifs est évidemment totalement délirant. Mais l’argument ‘’les plus forts qui devraient soutenir les faibles’’ est une manière de penser à courte vue, immature et moyenâgeuse.

La réalité joue en effet toujours en faveur des plus forts.  

Le malheur des uns fait le bonheur des autres : cette expression s’applique parfaitement au secteur du transport aérien. Chaque compagnie qui vole sur les destinations de Germania est en train de faire ses comptes. La capacité de l’ex-Germania va immédiatement se traduire en sièges supplémentaires disponibles sur le marché. Sun Express claironne déjà que ‘’la capacité sur la Turquie sera garantie’’ cet été.

Et c’est à chaque fois le même jeu perfide

Les scénarios étaient écrits d’avance par chaque compagnie aérienne allemande. Mieux : on espérait vraiment que Germania ne s’en sorte pas. Tout comme les scénarios sont aujourd’hui déjà écrits chez les concurrents directs de Norwegian Air, Flybe et Wizz Air. Il règne une surcapacité en Europe, mais la plupart des compagnies sont convaincues que cet excédent de sièges est de la faute des autres. Et à chaque fois qu’un concurrent se crashe, Il y en a toujours pour se frotter les mains ailleurs.

Aussi longtemps que ce petit jeu durera, il n’y a aucune raison pour les compagnies saines de mettre sur pied un fonds de garantie. Sauf éventuellement pour protéger les clients. Mais ce n’est apparemment pas d’actualité. En effet, tous les acteurs affirment actuellement – à juste titre – que les clients vont pouvoir effectuer leur voyage sans problème. Donc, même en tant que client : pourquoi s’en faire ?

Si cela paraît cynique, c’est parce que la situation l’est réellement. Et d’ailleurs, sans un brin de cynisme, je n’aurais pas pu l’expliquer. Hell, no.

06-02-19 - par Jan Peeters