Brussels Airlines: le CEO de Lufthansa Parle

Les points sur les i

Dans une interview au Tijd, Carsten Spohr, le CEO de Lufthansa, a fait quelques déclarations pour que le moulin à paroles tourne un peu moins vite autour de Bruxelles Airlines. Spohr a mis les points sur les i dans un entretien avec Guido Meeussen, spécialiste du tourisme et des compagnies aériennes. Il a également donné quelques indications importantes sur ce que pense Lufthansa au sujet des compagnies low cost, de Brussels Airport comme hub et de l’avenir du modèle hybride de compagnie aérienne.

Un modèle hybride au niveau pan européen

Une chose est certaine : le grand patron a une vision claire du rôle de Brussels Airlines en tant que 14ème compagnie au sein de Lufthansa. Il veut ‘’développer le business model hybride actuel de Brussels Airlines avec Eurowings jusqu’à un niveau pan européen’’. Spohr fait ici comprendre au lecteur attentif qu’Eurowings n’a pas pour objectif d’être juste ‘’une autre une compagnie low cost’’. Il trouve en effet que cette notion ‘‘low cost’’ est datée. Avec Eurowings, Lufthansa veut franchir un cap supplémentaire. Eurowings ‘’veut devenir le numéro un dans les liaisons hybrides point à point en Allemagne, en Suisse et en Autriche.’’ A partir de 2017, la Belgique sera ajoutée à cette liste. C’est une piste intéressante et cela amène toute la discussion autour de Brussels Airlines à un autre niveau. Le modèle hybride ne sera pas formellement jeté par-dessus bord. Au contraire.

Une plus grande dimension est nécessaire

Le jugement porté par Lufthansa sur la compagnie belge est aussi clair que logique : c’est une bonne compagnie, avec un coût de base irréprochable, mais l’entreprise est aujourd’hui trop petite pour pouvoir survivre demain. Les contraintes pour faire voler une compagnie sont actuellement trop importantes pour une compagnie de 50 appareils. Spohr ne compare la situation de Brussels Airlines avec d’autres compagnies, mais avec la position de Lufthansa à Düsseldorf et Berlin, entre autres : là aussi le volume est trop faible pour pouvoir l’exploiter structurellement. Voilà pourquoi le choix d’Eurowings comme levier de croissance.  

Des garanties sur l’emploi : this is the airline industry stupid!

Vous devez le lui accorder : Spohr appelle un chat un chat. Il ne peut pas garantir l’emploi, car c’est propre à l’industrie aéronautique : il n’y a aucune certitude. Ce qui réussit aujourd’hui peut demain – à cause de circonstances externes ou de la concurrence – être tout à fait différent. Les syndicats peuvent ravaler leurs slogans : Lufthansa ne donne aussi aucune garantie en Allemagne. Cela ne veut pas dire qu’il y ait un plan de restructuration concret dans le pipeline, d’après le CEO : ‘’la confiance des gens de Brussels Airlines doit provenir des succès qu’ils ont engrangés les années précédentes.’’ En d’autres termes : personne ne veut provoquer un bain de sang social dans un environnement performant. Mais question garanties sur l’emploi, c’est un discours qui appartient à une période révolue.

Spohr l’a déjà confirmé précédemment et le rappelle maintenant : Lufthansa reprend Brussels Airlines pour le marché belge – lisez Brussels Airport -, le réseau africain et la combinaison des deux dans un hub spécifique. La façon dont cela va se traduire sur le terrain sera l’objet d’une concertation avec le management de Brussels Airlines. Toutefois, le CEO a d’ores et déjà confirmé le développement du réseau africain.

Conclusion : les atouts de Brussels Airlines seront introduits dans un plus grand ensemble, et ce plus grand ensemble sera principalement Eurowings. Lufthansa veut ainsi accroître ses parts de marché à Brussels Airport. Le CEO ajoute également que l’entreprise conservera un ‘élément belge’. Mais c’est le seul point sur lequel il reste vague : le contenu de cet ancrage local reste encore flou.

Les grandes lignes sont tracées

Les discussions sur l’avenir de Brussels Airlines ne vont pas s’arrêter ici. Mais Spohr a clarifié certains points dans son interview. Après les récentes déclarations d’un dirigeant d’Eurowings, il est clair que le CEO a saisi cette occasion pour faire passer un message à tout le monde : Lufthansa va reprendre Brussels Airlines avec une stratégie claire tout en faisant preuve de respect pour le personnel, le management et les succès de l’entreprise. Mais sans aucune garantie et il n’y aura pas de cadeaux. Celui ou celle qui veut prendre le devant de la scène après ces déclarations de Sporh, qu’il soit vicomte, syndicaliste ou politique, ferait bien d’en tenir compte.  

06-10-16 - par Jan Peeters