Accusations tous azimuts

Grève Aviapartner

C’est du jamais vu : 6 jours de grève d’un maillon essentiel de la chaîne du transport aérien et ce, en pleines vacances de Toussaint en Belgique. Maintenant qu’un accord est acquis, il est peut-être temps d’avoir une vue d’ensemble sur le champ de bataille. Parce qu’aussi bien les acteurs concernés que les médias ont tiré dans tous les sens au cours des derniers jours. Des accusations ont été lancées tous azimuts. Survol d’une situation peu reluisante.

 

  1. Accusations envers la direction d’Aviapartner

L’entreprise et les propriétaires actuels auraient dilapidé ‘’l’héritage du fondateur’’ et, en visant le profit à court terme, auraient pressé le citron autant que possible – notamment le personnel – via des conditions de travail insupportables, un outil de travail obsolète et une politique RH inexistante. La direction locale semblant ne pouvoir rien faire d’autre que de rejeter les exigences du personnel, ce ne fut que lorsque le patron se soit rendu finalement à Bruxelles qu’un accord a pu être conclu en 24 h. Conclusion : rien ne va plus entre le management local et le personnel. Et si on peut en croire les chiffres, rien ne va plus avec Aviapartner en tant qu’entreprise.

 

  1. Accusations envers les compagnies aériennes

Dans la ‘’course vers le bas’’ pour rendre les billets d’avion toujours moins chers, les fournisseurs des compagnies aériennes seraient mis en permanence sous pression pour être eux aussi moins chers. Au bas de la chaîne se trouvent les entreprises de manutention : elles fournissent un service en grande partie invisible aux yeux du client et la pression peut donc être encore plus intense. Première question : quand se brise la chaîne ? Deuxième question : est-il réellement nécessaire de poursuivre cette ‘’course vers le bas’’ ? Est-ce que l’écosystème du transport aérien est encore sain lorsque le volume de production augmente et qu’en même temps la rentabilité diminue ?

  

  1. Accusations envers les grévistes

Il est en effet particulièrement indécent d’arrêter le travail jusqu’au finish via une grève spontanée la veille d’une période de vacances alors que des familles ne peuvent pas partir en vacances, les étudiants renter chez eux et que les entreprises de voyages doivent consacrer du temps – non payé – à ce qui devait déjà être réglé : permettre aux clients d’un vol de se rendre à destination ou chez eux. Les grévistes ont eu beaucoup d’écho dans les médias (sociaux) lors des deux premiers jours. Etonnant : à mesure que le conflit durait et que des articles de fond apparaissaient, il a semblé qu’on comprenait mieux le problème. Mais cela reste une action avec un dommage collatéral disproportionné. 

 

  1. Accusations envers le consommateur

Au fur et à mesure de la grève, des articles ont commencé à rejeter la faute sur le consommateur. Le fait de pouvoir voler quasi partout en Europe pour quelques dizaines d’euros a été fortement remis en question. Certains médias ont dénoncé l’exigence du consommateur de ‘’pouvoir voler aussi avantageusement que possible sans tenir compte des conséquences sociales et écologiques’’. C’est pour le moins étrange : à ma connaissance, il n’existe pas de ‘’syndicat des consommateurs’’ qui exige le droit de pouvoir voyager à aussi bas prix que possible. Les compagnies low cost sont soudain apparues il y a 20 ans et ont lancé des vols à prix cassés sur le marché. C’est l’offre qui a créé la demande et pas le contraire.

 

  1. Accusations envers le gouvernement

On remarquera à quel point tout est resté calme du côté du gouvernement durant le conflit. Pas de ministres dans les studios TV, pas de déclarations musclées. Pourtant lorsqu’une entreprise comme Ryanair fait la une, les politiciens jouent des coudes pour pouvoir émettre un commentaire. Ici, tout le monde s’est tu. Eux-mêmes en vacances ou le sujet est-il trop délicat ? On pourrait les accuser d’esquiver leurs responsabilités… 

Conclusion : le spectacle n’a pas été joli joli pendant les 6 jours de grève. Lorsque tout le monde accuse tout le monde, cela signifie souvent que le mal est structurel. Le moment est peut-être venu pour le transport aérien, alors que le prix du carburant augmente et que le réflexe du consommateur en faveur de la durabilité se renforce,  de se remettre en question au niveau décisionnel et stratégique. La question n’est pas de savoir comment profiter au maximum de la croissance. La question est plutôt : comment assurer la croissance d’une manière responsable, rentable et durable ?

 

 

 

31-10-18 - par Jan Peeters