Grève à Brussels Airlines

Un accord aujourd'hui ?

Tous ceux et celles qui suivent Brussels Airlines de près le savent : quand le Comte Etienne Davignon parle, c’est qu’il y a une crise. Le président du conseil d’administration n’a en réalité plus aucun pouvoir de décision au sein de Lufthansa, mais quand il s’agit de convaincre l’opinion publique, l’entreprise donne volontiers la parole au ‘’vieux sage’’ de 85 ans. 

C’est peut-être aussi cette fois sous l’influence de conseils en RP que le CEO Forster a choisi Davignon pour exprimer le point de vue de l’entreprise avant et pendant le premier jour de grève des pilotes de Brussels Airlines.

Grève : lundi… et mercredi 

Les pilotes avaient annoncé une grève pour le lundi 14 mai et pour le mercredi 16 mai. La tactique était claire : dans le contexte ‘’dramatique’’ de la première journée de grève, un accord allait pouvoir être trouvé avant la fin de la journée – hier donc – et accepté par les syndicats. Supprimer le deuxième jour de grève, c’était apparemment trop demander. Mais aucun accord n’a été approuvé ce lundi.

Pilotes : “it’s not only about the money, stupid!”

Une nouvelle concertation est prévue mercredi où tous les points qui fâchent les pilotes seront discutés : le salaire, les pensions et l’équilibre entre vie privée et professionnelle. Cette semaine, les pilotes ont encore communiqué à la va-vite que le conflit n’était absolument pas seulement une question d’argent. Cette communication était assez étrangement adressée aux voyageurs et a pris des accents vraiment pathétiques : ‘’les hôtels où nous séjournons ont changé et sont souvent maintenant de mauvaise qualité afin de limiter les coûts et cela diminue la qualité de notre sommeil. (…)’’ ‘’ Nos repas à bord et le matériel que nous utilisons ont également diminué en qualité pour réduire les coûts.’’ ‘’Je ne me sens plus respecté en tant que pilote, on a déjà plus que suffisamment pressé le citron comme cela. J’espère que vous vous rendez compte qu’il ne s’agit pas uniquement d’argent, mais de respect.’’   

Sincèrement, je ne pense pas qu’ils vont gagner la sympathie des voyageurs de cette façon lors de leurs journées de grève. Des réclamations concernant les hôtels, les repas et le respect peuvent évidemment être également abordées, mais dans un premier temps, il était bel et bien question d’argent, d’ancienneté et de pension. Soit un ensemble de propositions qui devrait augmenter les coûts de l’entreprise de… 25%. Irréaliste, quel que soit le secteur.

Incompréhension dans la presse

Après l’annonce de la grève, les idées les plus folles ont réapparu ici et là dans la presse. On a évoqué un scénario Sabena/Swissair et l’absorption dans Eurowings a de nouveau été présentée comme un scénario catastrophe. Une discussion dans l’émission ‘’Zevende Dag’’ a également montré que ni la journalise Phara de Aguirre, ni le CD&V Etienne Schouppe ne comprenaient la situation actuelle dans le transport aérien.

Peu de certitudes, excepté trois.

Il y a en effet peu de certitudes dans le transport aérien. Il y en a seulement trois à citer : le prix du fuel va continuer à grimper, la concurrence intra-européenne contre les compagnies low cost est impossible à gagner et chaque ‘’legacy airline’’ doit aboutir à un modèle de coûts beaucoup plus faibles qu’elle ne le pense aujourd’hui.

Brussels Airlines a subi après la première participation de Lufthansa en 2008 une solide ‘’opération de réduction des coûts’’. Il semble aujourd’hui que Lufthansa doive constater que ce n’était pas assez, pas suffisamment structurel et trop  respectueux des valeurs établies et des habitudes bien ancrées. Pour Eurowings et pour Brussels Airlines, une seule et même devise : réduire encore plus les coûts et le faire vite. Très vite.

Voler ? Pas de magie, pas de privilèges

Voler a perdu de sa magie et nous devons bien l’avouer. Le fait qu’un appareil aussi grand et aussi rutilant puisse fendre les airs n’a plus rien de romantique ni d’exceptionnel : c’est le travail des ingénieurs. Tout comme pour les ordinateurs. Mais l’ordinateur est une invention plus importante et plus innovante que l’aviation. Les privilèges pour les pilotes, en ce qui concerne leur pension également, ne sont plus non plus adaptés à notre époque. Personne ne le comprend mieux que Le CEO de Lufthansa Carsten Spohr : il n’a fait aucune concession pendant une semaine de grève en Allemagne.

Lundi matin : le Comte dans la salle de réunion, le CEO sur le terrain

Nous pensons que tout sera réglé d’ici mercredi, mais pouvons-nous donner un conseil en toute modestie ? La prochaine fois, laissez le Comte à l’écurie. Il n’est plus crédible avec son éternel refrain sur les ‘’garanties de l’ancrage belge’’, ‘’nous allons insister auprès du gouvernement’’ et ‘’nous avons un plan de croissance pour l’avenir’’. La présence active du CEO Foerster le lundi matin à partir de 7 heures à la porte et au hall d’arrivée de B House était également très intelligente : le CEO a cherché le contact direct avec les pilotes présents et a ainsi créé sans aucun doute beaucoup de ‘’goodwill’’. Foerster, Torsten Dirks CEO d’Eurowings Carsten Spohr CEO de Lufthansa : ce sont eux qui mènent la danse.

Mardi, le jour de Ryanair?

Au fait, ce week-end a vu une autre certitude se réaliser : Ryanair a annoncé une ‘’communication commerciale’’ ce mardi à Bruxelles. Donc pile entre les deux jours de grève. ‘’Never waste a good crisis’’ : une application directe de cette expression à la sauce Ryanair.

Et en apothéose : un site déclare l’aéroport fermé…

Un site de nouvelles, Newsmonkey, destiné à la génération Y a décroché le pompon en matière d’info la plus sensationnaliste qui prend des libertés avec des faits avérés. Avec comme titre ‘’Voici les seuls vols qui vont partir aujourd’hui de et vers Zaventem’’ suivi d’une phrase d’intro ‘’Une grève d’ampleur ce lundi et ce mercredi à Brussels Airport’’. Newsmonkey n’a pas donné une fausse info, mais suggère bien que l’aéroport sera à l’arrêt ces deux jours-là. Un exemple qui montre comment l’information journalistique peut être bassement soumise aux pièges à clics. Mais bon…

 

14-05-18 - par Jan Peeters