L'Avenir de Brussels Airport

Une histoire de Fous

Il est parfois plus simple d’expliquer une situation à une tierce partie pour mettre tout à plat. Je m’adresse donc ici à nos lecteurs français. Je vais essayer de leur résumer dans quelle histoire de fous est embarqué Brussels Airport et, par extension, ses clients et les compagnies aériennes. Que les lecteurs belges complètent là où c’est nécessaire. C’est parti.

Tout d’abord, un petit topo : Brussels Airport (anciennement l’aéroport de Zaventem) s’est au cours des dix dernières années transformé pour devenir un aéroport agréable, moderne et doté de toutes les facilités. La construction de la Jetée A, après le changement de siècle, a marqué une première étape. L’ouverture du Connector en 2015 a transporté Brussels Airport dans une autre ère. Le plan ‘’Strategic Vision 2040 Connecting Belgium to the future’’ est une stratégie ambitieuse, mais réaliste qui veut associer la croissance de Brussels Airport et plus d’emploi et de croissance économique en Belgique. Après les attentats à la bombe de l’année passée, le trafic a été vite rétabli et Brussels Aiport poursuit sur sa lancée mois après mois.

De bonnes nouvelles jusqu’à présent. Car ce qui vient d’être décrit est le travail de professionnels. D’entreprises du secteur aérien qui voient des opportunités relèvent des défis et réussissent.

Les politiciens belges – et ils sont nombreux - vivent dans un autre monde. Une ‘’tranche de vie en Belgique’’ : Brussels Airport est situé en Flandre, mais les avions survolent la Région Bruxelloise. Les politiciens bruxellois n’apprécient pas et ont décidé d’édicter des normes de bruit qui sont plus strictes qu’en Flandre et plus strictes également qu’en Europe, d’ailleurs. Vous devez bien être le premier de la classe dans une branche, non ? Les avions doivent suivre comme partout dans le monde des routes imposées par le gestionnaire de l’espace aérien. Belgocontrol en l’occurrence. C’est en effet une matière belge, donc nationale. Belgocontrol reçoit ses instructions du gouvernement belge.

Le résultat : les avions décollent à 6h30 du matin de Bruxelles Airport en Région Flamande où c’est le jour depuis une demi-heure. Après quelques secondes, ils survolent la Région Bruxelloise où c’est encore la nuit pendant une demi-heure. Voilà pour le cadre légal. Et vlan, une amende. Et il y a encore beaucoup d’autres exemples.

Le gouvernement flamand (c’est en effet le troisième gouvernement qui joue dans cette pièce. Ne vous en faites pas, il y en a encore trois autres.) entre alors en scène et évoque ‘’un conflit d’intérêt’’. Et tout se fige ‘’pour rendre la concertation possible’’.

Cette concertation se transforme en disputes sans fin. Hier, un monstre est sorti d’un accord : les normes de bruit ne changent pas à Bruxelles et à partir de samedi, les compagnies aériennes vont recevoir des amendes si elles les dépassent, mais ces amendes ne seront pas perceptibles immédiatement : on parle d’un délai (bien) supérieur à un an pour l’ensemble des procédures. Expliquez ça à un enfant de 12 ans. Ou aux dirigeants des compagnies aériennes étrangères.

Et les politiciens, me direz-vous ? Ils étaient ravis. Aux anges. Contents d’eux. Le Ministre-Président bruxellois est content ‘’parce qu’il est temps d’arriver à un accord structurel’’. On se demande pourquoi cela devrait marcher maintenant : les chamailleries datent de 1999. Le Ministre-Président flamand est content ‘’parce que le gouvernement bruxellois vient d’appuyer sur le bouton pause’’. On se demande de quel bouton pause il s’agit : les amendes continuent à tomber et à s’empiler. Le Premier Ministre belge est content ‘’parce que c’est un signal important’’. On se demande quel signal l’industrie aérienne doit y voir : volez jeunes gens, nous vous enverrons la note plus tard.

Chers lecteurs français, je suis conscient que c’est une histoire compliquée. Mieux encore : cela pourrait être drôle si cela n’avait pas de conséquences funestes. Les politiciens qui bombent le torse jouent avec les emplois, les slots et les opportunités de croissance de l’industrie aérienne. Seigneur, pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font.

Nous vous souhaitons de belles prochaines vacances, chers voisins. Et si vous devez faire la file un peu trop longtemps à l’aéroport Charles de Gaule, sachez que tout est relatif. Ne vous plaignez pas trop fort, sinon les politiciens vont s’en mêler. Et les carottes seront cuites : ce sera la fin des haricots.

 

 

21-04-17 - par Jan Peeters