L'agent de voyages aujourd'hui

c'était il y a 30 ans

Comme nous l’avons déjà écrit dans plusieurs articles : la nostalgie n’est pas un business model à suivre. Mais cela ne veut pas dire que vous ne pouvez pas de temps à autres regarder en arrière. Surtout pour découvrir que de nombreux défis, des questions et des problèmes sont apparemment récurrents. Aujourd’hui, juste pour le plaisir, petit retour dans le temps. En 1986, 30 ans auparavant.

D’abord un petit aperçu de la situation : 1986 a été une année difficile pour l’industrie du voyage. Le gouvernement a soumis la population à tout un train de mesures assorties de nouveaux impôts et cela a tenu la une des journaux tout au long de l’année. La pression fiscale a été jugée insupportable par la population. Le chômage a augmenté, mais on a épargné plus que jamais. Le tourisme a reçu pas mal de coups : les réservations ont été très mauvaises au cours des trois premiers mois de l’année.

Un congrès a été organisé en 1986 par la confédération professionnelle BBR/UPAV et s’est déroulé au Caire avec comme président le jeune et fringant Mark Van Moerkerke. Les interventions des différents orateurs étaient longues et sans l’aide de Powerpoint. Les participants étaient attentifs à 100% sans être distraits par les ordinateurs portables, les smartphones et les tablettes qui n’existaient pas encore. Et ils étaient tout simplement injoignables pendant toute la durée du congrès. Ceux qui étaient présents sont maintenant devenus vieux. Pour que tout soit clair, je n’y ai pas assisté puisque je ne travaillais pas encore dans le secteur du tourisme. Conclusion : je ne suis donc pas vieux. Un sophisme, je sais. Mais ceci dit en passant.

Ce n’est pas dans les habitudes de Travel360° de trop se pencher sur le passé : c’est l’avenir qui nous intéresse. Mais pourtant, nous ne résistons pas à la tentation de redonner vie à l’histoire. Car qu’est-ce qui apparaît ? Les thèmes abordés lors de ce congrès – de l’ensemble de l’industrie belge du voyage – sont encore aujourd’hui d’actualité. Nous allons citer les déclarations de certains orateurs qui ont atterri directement sur notre table de travail comme par magie. Les déclarations, pas les orateurs. Le thème principal du congrès ? ‘’L’avenir de l’agent de voyage’’. Eh oui, déjà.

Le secteur du tourisme a évolué de celui d’un vendeur de marché à celui d’un acheteur de marché’’

Rappelez-vous : nous sommes en 1986. Cet orateur signalait au public que l’offre avait fortement augmenté, que le client partait de plus en plus en voyage et qu’il ‘’n’allait plus tout accepter sans broncher’’. Ce même orateur affirmait que cette situation allait demander un autre type de produits, une autre façon de déterminer les prix, une autre forme de distribution ( !) et des techniques de gestion plus sophistiquées.

Conclusion : l’émancipation du consommateur et le pouvoir du client ne sont à l’évidence pas des phénomènes récents. Ils étaient déjà bien présents trente ans plus tôt. Et il semblerait que nous n’ayons toujours pas trouvé la réponse adéquate pendant toutes ces années.

 “Les prix et les marges sont sous pression’’

Nous sommes toujours en 1986. Pour certains, une époque en or. Cet orateur déclarait (pas d’oratrices en 1986, tiens quelque chose qui a quand même changé) qu’il ne connaissait aucun secteur où l’on se plaignait autant des faibles marges obtenues auprès des compagnies aériennes, des hôtels et des tour-opérateurs et où ensuite on attribuait une très (trop) importante part de ces marges au client.

Conclusion : nous gagnons moins par client en 2016, mais la politique de discount semble avoir la vie dure. Dans les trente années qui ont suivi ce congrès, les commissions sont tombées à un niveau si bas qu’elles auraient été considérées comme ‘’intenables’’ en 1986. It’s a strange world.

‘’Le secteur doit se montrer plus professionnel’’

Un orateur a repris des enseignements d’une étude qui démontrait en 1986 qu’en France, il n’existait que quelques agences de voyage où le personnel était mieux informé que le client sur les principales destinations. Il a alors plaidé pour davantage de formations, de séminaires et pour un suivi au plus près des tendances. Au fait : il a parlé des vacances en vélo comme une importante tendance du moment. En 1986.

Conclusion : ce thème resurgit aujourd’hui dans les congrès, les réunions d’associations professionnelles et lors d’accords de coopération. Le sujet semble être dans l’air depuis trente ans. Le secteur est certes devenu plus professionnel qu’en 1986, mais ce défi reste toujours en tête de la liste des priorités.

D’accord, ce n’est évidemment qu’un regard en arrière pour constater que de nombreux points importants sont les mêmes depuis toujours. D’ailleurs si c’est cela qui représente le ‘bon vieux temps’, j’opte sans hésiter pour aujourd’hui. Par contre, organiser un tel congrès pour l’ensemble de l’industrie du voyage en Belgique ? Je vais y réfléchir sérieusement, vous pouvez me croire !

29-05-16 - par Jan Peeters