ITB 2020 Annulé

Occasion Manquée

Essayez maintenant de l’expliquer en tant que professionnel du tourisme... Alors que nous envoyons massivement des clients partout dans le monde, le plus grand salon mondial du tourisme ne se tiendra pas pour la première fois en 54 ans. La raison la plus fréquemment avancée : la menace du Coronavirus. Si vous lisez bien la communication de l’IBT, vous y trouverez un motif plus subtil. Et ce n’est pas une bonne chose. C’est aussi une occasion manquée.

Une semaine d’annonces successives

La semaine dernière, différentes annonces ont été communiquées par le comité organisateur de l’IBT. Dans un premier temps, le samedi 22/02, on a souligné que différentes mesures administratives et de précautions en termes d’hygiène devraient être prises, mais on a confirmé la tenue de l’événement.

L’ITB a ensuite faite savoir deux jours plus tard, le lundi 24/02, qu’on pouvait s’attendre à beaucoup moins de visiteurs pour cette édition 2020. On leur demandait également de tenir compte d’importants retards lors de l’heure de pointe à l’entrée entre 9h et 10h30 à cause des mesures évoquées plus haut. Les attentes en termes de nombre de visiteurs étaient revues à la baisse, mais le salon ouvrirait bel et bien ses portes.

Le mercredi 26/02, ces mesures ont été encore renforcées. Les visiteurs devraient présenter un formulaire dans lequel ils déclareraient qu’au cours des 14 derniers jours ils ne se seraient pas rendus dans les régions contaminées comme la Chine, l’Iran, l’Italie ou la Corée du Sud. Et qu’ils ne seraient pas entrés en contact pendant cette même période avec des personnes infectées ou qu’ils ne présenteraient aucun symptôme comme de la fièvre, de la toux, un mal de gorge ou des éternuements.

 

28/02 : Final Call

Le jeudi 28/02, deux annonces ont été faites. Dans le courant de la matinée, on a appris que la situation serait réexaminée avec les services officiels. En début de soirée, le couperet est tombé : le salon IBT 2020 était annulé. A noter que ce n’était pas directement à cause de la menace du Coronavirus, mais bien à cause des mesures supplémentaires prises par les autorités locales : apporter la preuve que chaque participant individuel n’avait pris aucun risque dans un passé récent (voir 26/02) ‘’ne serait pas réalisable en pratique’’. Le salon restera fermé. Pour la première fois en 54 ans. 

Une décision compréhensible ? Non.

Les demandes d’annulations des participants ont peut-être afflué dans les jours précédant la décision. Et peut-être que le comité organisateur a vu se profiler une édition de l’IBT en mode mineur avec beaucoup moins de stands et des frais beaucoup plus élevés. L’annulation pure et simple du plus grand salon touristique au monde n’est cependant pas une bonne chose, loin de là. 

Des conséquences au niveau du business…

Alors que les professionnels du tourisme partout dans le monde sont face à des clients inquiets et doivent assister des clients retenus sur place, ce n’est pas un bon signal envoyé au monde d’annuler ‘’notre’’ salon. Ce ne sont pas seulement les effets économiques tangibles qui sont néfastes (les hôtels et les compagnies aériennes ont vu leur occupation chuter brutalement, les dizaines de réunions, de cocktails et de festivités ont été annulées), mais les milliers de conversations et de rencontres  conduisant souvent à des accords commerciaux qui sont passées à la trappe.

…et surtout une occasion manquée  

Il aurait été bien plus judicieux et bien plus courageux de laisser de dérouler l’IBT certes avec des mesures draconiennes, un tas de formalités administratives et de strictes obligations en matière d’hygiène comme du gel désinfectant hydro-alcoolique sur tous les stands, l’interdiction de se serrer la main ou de s’embrasser et des masques disponibles dans une proportion plus que suffisante. Car dans ce cas, l’industrie du tourisme aurait pu adresser un tout autre message au monde entier : nous, nous n’hésitons pas à voyager, nous savons comment affronter de telles crises et nous mettons nous-mêmes nos mesures en pratique. L’édition 2020 de l’ITB aurait évidemment été déficitaire. Maintenant aussi. Mais cette annulation au tout dernier moment est une fameuse occasion manquée. Dommage.

01-03-20 - par Jan Peeters