Vliegschaamte ou la Honte de Voler en Avion

Un nouveau concept à tenir à l'oeil

Si un fait, un sentiment, une tendance ou une combinaison des trois peuvent être résumés en un mot ou une expression et ensuite partagés par le plus grand nombre, c’est qu’un concept est né. Et ce concept commence alors à vivre sa propre vie. Le tourisme regorge de tels concepts que nous avons pour la plupart inventés en interne comme last minute, overbooking et le petit dernier de la liste, surtourisme. La semaine dernière, un nouveau vient encore de s’y ajouter en provenance du nord.

Mot de l’année du dictionnaire Van Dale

Un nouveau mot est apparu récemment en Flandre en provenance de Suède : ‘’vliegschaamte” dérivé du mot suédois flygskam qui pourrait se traduire littéralement par ‘’la honte de voler en avion’’. Le 21 novembre il a même été élu ‘’Mot de l’année’’ par Van Dale, l’équivalent du Larousse ou du Robert. Une définition en a été donnée.

vliegschaamte :honte ressentie par quelqu’un qui utilise l’avion pour se déplacer alors qu’il existe d’autres alternatives moins polluantes.

A noter que de plus en plus de suédois prennent le train au lieu de l’avion pour effectuer de longues distances dans le pays.

Recherches croissantes sur Google

En attendant une traduction acceptée par tous en français (si vous avez une proposition, n’hésitez pas à poster une réaction : toutes les suggestions sont les bienvenues), vliegschaamte a déjà été recherché plus de 800 fois sur Google deux jours après son apparition. On peut s’attendre à une augmentation dans les semaines et les mois à venir lorsqu’il sera repris par les médias. Et cela doit inciter d’urgence l’industrie du voyage à réfléchir.

La durabilité est-elle une vérité qui dérange en matière de voyage ?

Ces concepts de "honte de voler en avion" et de ‘’surtourisme’’ sont l’occasion d’écrire des articles ou d’entamer des discussions sur les conséquences négatives de la croissance du tourisme mondial. Lors du récent congrès ‘’The Travel Future We Really Want’’ que Travel360° avait organisé en collaboration avec SDG Joker/ViaVia, il est apparu clairement à quel point notre secteur se débattait avec la notion de durabilité. Et à quel point certains messages sur les conséquences éventuelles du tourisme étaient une vérité qui dérange pour de nombreux acteurs.

Des questions sur l’abondance des vols

Lors du congrès, on a pu voir qu’il y avait un imposant éléphant dans la salle quand on a évoqué la façon durable de voyager : le secteur du transport aérien. Dans la presse et dans les talk-shows, on parle maintenant de plus en plus souvent des prix absurdement bas pour des billets d’avion avec un renvoi systématique vers Ryanair et easyjet.

Actuellement, les consommateurs ne changent pas encore leur comportement, les appareils de deux compagnies sont toujours complets ou quasi complets. Mais cela peut vite changer. Car on évoque de plus en plus souvent un droit acquis de l’industrie du voyage : le fait de ne pas payer d’accises sur le kérosène, une décision qui date de… 1944. On a décidé à ce moment à Chicago qu’il n’y aurait aucune taxe dans le monde sur le kérosène parce que le développement du transport aérien était essentiel pour la croissance de l’économie mondiale. Il est clair que ce point de vue est aujourd’hui un peu plus difficile à défendre qu’au milieu du siècle dernier…

Une discussion au niveau mondial

Au fur et à mesure que les concepts de ‘’surtourisme’’ et de ‘’la honte de voler’’ vont faire partie du langage courant, ils vont être repris par les consommateurs dans le monde entier. Il est grand temps que le secteur se mêle au débat avec des arguments concrets, sincères et crédibles. Pas seulement par réflexe marketing ou défensif, mais par réflexe stratégique et visionnaire : quels  scénarios sont réalistes pour l’avenir et tiennent compte des conséquences pour le réchauffement climatique et la planète ?

Il est à nouveau moins cinq

Ne pas prendre part au débat, c’est se mettre la tête dans le sable. Il est une fois de plus moins cinq. Le consommateur va certainement réagir et cela va se produire plus tôt qu’on ne le croit. L’été exceptionnel de 2018 a été pour de nombreux consommateurs l’occasion de remplacer les classiques vacances au soleil par des vacances proches de chez eux, voire chez eux. Pour beaucoup d’entre eux, l’expérience a été concluante. Combinez cela avec un engagement toujours plus marqué en faveur de la durabilité et vous obtenez une tendance en devenir.

Le tourisme est un des principaux secteurs économiques au monde. Pour pouvoir maintenir et renforcer cette position à long terme, nous devons nous poser à court terme des questions essentielles. Car le consommateur veut des réponses. Des réponses crédibles. 

23-11-18 - par Jan Peeters