L'avenir de la Tunisie

Plaidoyer pour Djerba

La décision de Jetair – entre autres – de supprimer la Tunisie comme destination d’été 2016 a été une pilule difficile à avaler, aussi bien pour Jetair que pour la destination elle-même. La Tunisie est passée en quelques mois du mode urgence au mode survie. Le pays et surtout le secteur du tourisme vivent des jours noirs.

La décision de Jetair est compréhensible : le consommateur est toujours circonspect, les chiffres de réservation ne grimpent pas, les conseils aux voyageurs restent négatifs. Il en résulte de l’incertitude, de l’imprévisibilité et un manque de clarté. Une combinaison d’éléments qui rend difficile dans de telles circonstances de maintenir la capacité de vols prévue. Jetair a dû trancher mi-janvier pour clarifier l’engagement de la flotte Jetairfly et pour pouvoir encore offrir à temps les alternatives nécessaires.

Il y a eu en effet pas mal d’agitation sur de nombreuses destinations de la Méditerranée et de l’Océan Atlantique. Au fait, celui qui ne comprend pas dans le puzzle Djerba-Enfidha-Aqaba-Marsa pourquoi une ligne comme Anvers-Berlin peut aussi être supprimée doit suivre d’urgence un cours élémentaire de plan de vol.

La Tunisie est un grand classique parmi les destinations de vacances et on revient toujours aux grands classiques, tôt ou tard. Les atouts de la Tunisie restent inchangés : le soleil, des centaines de kilomètres de plages, des stations balnéaires agréables avec de bonnes infrastructures hôtelières, une population accueillante et un mix de culture, de tourisme d’aventure et de nature.

Les conseils aux voyageurs restent, eux, négatifs. Notamment parce qu’en plus de l’état d’urgence sur l’ensemble du pays, est venu s’ajouter un couvre-feu depuis le 19 janvier. C’est évident : ce climat d’insécurité et de peur doit d’abord disparaître avant que la Tunisie ne redevienne une destination touristique prisée.

Mais il y a peut-être une autre solution à court terme. Djerba en tant qu’île est une destination à elle seule et présente peut-être encore plus d’atouts pour les vacances à la plage et au soleil que le reste du pays. Djerba peut, à condition qu’on investisse dans la sécurité et les contrôles – à tout le moins dans les aéroports et dans les complexes hôteliers – être promue comme une destination ‘stand alone’, avec une campagne marketing ciblée et séparée. Le gouvernement tunisien devrait pouvoir donner des garanties concernant la sécurité et prévoir peut-être des incitants pour les compagnies aériennes et les tours opérateurs qui s’engageraient à poursuivre leurs activités vers la Tunisie. L’Egypte a ainsi à différentes reprises relancé le tourisme de cette façon.

Le fait que Djerba puisse fonctionner comme une destination autonome, le fait que la marque Djerba ne soit pas associée aux récents événements, le fait que Djerba, via sa situation géographique, puisse dans une certaine mesure être protégée séparément : voilà trois atouts pour donner une chance à la piste ‘d’abord Djerba, ensuite le pays’.

Peut-être que ‘Destination Djerba’ pourrait donner aussi l’occasion aux compagnies aériennes et aux tours opérateurs de réfléchir à une nouvelle opportunité pour la haute saison de l’été 2016. Avec une capacité relativement limitée et donc avec un risque relativement limité, un programme attractif pour Djerba pourrait rapidement (re)démarrer. Et on peut compter sur des tarifs hôteliers tout aussi attractifs.

Dans des moments difficiles, nous devons parfois penser à des solutions ‘outside the box’. La Tunisie sera tôt ou tard choisie comme une destination ‘business as usual’, mais peut-être qu’une ouverture vers Djerba faciliterait le tout et redonnerait espoir au secteur touristique tunisien.

Quoi qu’il en soit, le premier pas doit être fait par les autorités tunisiennes pour convaincre les Ministères des Affaires Etrangères des principaux pays européens et les différents acteurs concernés. Un sujet de conversation lors du prochain Salon des Vacances de Bruxelles ?

 

 

31-01-16 - par Jan Peeters