Les compagnies aériennes le disent elles-mêmes:

Problèmes en vue !

2018 s’annonce prometteur pour le secteur du voyage. L’expression la plus souvent utilisée ces dernières semaines est ‘’tous les voyants classiques sont au vert’’. Et c’est vrai. J’ai cependant remarqué il y a quelques jours des signaux qui incitent à la prudence. Car le danger pourrait soudainement survenir là où on ne l’attendait pas. J’ai ainsi noté des déclarations marquantes d’un économiste et de patrons de méga compagnies aériennes. Problèmes en vue ?   

Un économiste : la récession est proche. 

Paul De Grauwe est un économiste réputé : il est professeur à la London School of Economics. Et il a fait une présentation remarquable lors de la Travel360° The Conference. Un homme incontestablement intelligent.

Paul de Grauwe : ‘’Dans la période 2001-2007, l’économie européenne a tourné à plein régime comme aujourd’hui. Lors de la récession de 2008-2009, les points sensibles et la fragilité de l’union monétaire ont refait surface. (…) Ce phénomène pourrait à nouveau apparaître lors d’une prochaine récession (et elle arrivera certainement). C’est évidemment la petite phrase entre parenthèses qui a retenu notre attention : et elle arrivera certainement, la prochaine récession.

Dans de précédents articles, il indiquait déjà que nous allions devoir composer tôt ou tard avec une économie à la traîne. Sa principale source d’inquiétude : le manque de conscience politique et de stabilité. Il n’est pas le seul : des économistes français et allemands plaident pour la mise en œuvre d’une procédure de mise en faillite des gouvernements nationaux. Des pays pourraient devoir être déclarés en faillite. On peut évidemment s’attendre à pas mal de résistance de la part des politiciens : imaginez, devoir répondre de leurs propres décisions et de leurs conséquences !

Les CEO de compagnies aériennes : la crise est proche. 

Le parallèle avec une importante composante de l’industrie du voyage est trop beau pour ne pas être mentionné. Il s’agit des compagnies aériennes. Une compagnie peut bien entendu être en faillite comme le montrent des dizaines d’exemples par le passé, avec encore récemment Air Berlin et Monarch Airlines. Mais contrairement aux agences de voyages et aux tour-opérateurs, il n’existe pas de fonds de garantie pour elles. Des voix s’élèvent pourtant de plus en plus pour rapidement le mettre en place. Et selon les récentes déclarations des grands pontes de Ryanair, Lufthansa et IAG, avec raison : ils confirment sans hésiter qu’ils envisagent un ‘’downturn’’. En d’autres termes : une récession dans le paysage aérien. Vous devez pouvoir lire entre les lignes – excepté chez Michael O’Leary comme à son habitude – mais le message est clair : il va se passer quelque chose.

Comme toujours, le CEO de Ryanair a été droit au but : il a déclaré en marge d’une conférence de presse du lobby des compagnies aériennes A4U (Airlines for Europe) : ‘’an aviation downturn is imminent’’. Il faut donc s’attendre à une catastrophe. Il s’agirait d’après lui de la compagnie Norwegian. Nous lui laissons la paternité de ses propos, mais il semble évident que Norwegian ne se porte pas au mieux pour le moment.

Le CEO de Lufthansa, Carsten Spohr, dont les avis sont toujours judicieux, enchaîne. Il dit ne pas s’attendre à une crise, mais ‘’si un ‘’downturn’’ survenait, il faudrait être beaucoup mieux armé qu’avant pour pouvoir y faire face. Et après un tel événement, l’industrie aérienne se porterait mieux qu’actuellement.’’ 

... mais pas de protection pour le consommateur

Un homme comme Carsten Spohr ne fait pas de telles déclarations à la légère. En d’autres termes, il n’y a pas de fumée sans feu. La croissance est bel et bien là dans l’industrie aérienne, mais il y a ici et là quelques fissures apparentes. Une autre de ses déclarations marquantes : ‘’Je suis contre une protection contre la faillite pour les consommateurs. Ils devraient pouvoir choisir de voler avec des compagnies qui sont saines.’’

Beng. In your face.

D’après le patron d’une des compagnies qui connaît l’une des croissances les plus rapides en Europe, il en va donc de la responsabilité des consommateurs de choisir des entreprises saines. C’est l’argument massue des compagnies aériennes contre un fonds de garantie dans leur secteur. Cela entrainerait la protection des consommateurs vis à vis des acteurs les plus faibles. Et ces mêmes consommateurs devraient le savoir.

Il y a ici une perversion fondamentale dans le raisonnement. Les déclarations de Spohr et d’O’Leary montrent que les grandes compagnies ont déjà écrit leur scénario pour une crise qui s’annonce. Et ils ne veulent en aucun cas contribuer à un fonds qui pourrait protéger les consommateurs contre le crash d’un concurrent.

C’est encore moins supportable à envisager si vous y ajoutez une déclaration du CEO d’IAG (British Airways – Iberia – Vueling) lors de cette même conférence : ‘’Les mauvais performers vont disparaître et la capacité ira vers les compagnies qui travaillent efficacement. Historiquement, vous pouvez attribuer une grande partie des pertes dans l’industrie au management des compagnies aériennes.’’

Bref : des problèmes en vue

Permettez-moi de résumer le tout en une phrase : ‘’Nous savons que les compagnies aériennes vont rencontrer des difficultés à court terme, nous savons que les consommateurs vont perdre de l’argent dans l’aventure et que pour l’éviter, ils doivent voler dès maintenant avec nous.’’ C’est une très étrange interprétation, mais hélas typique des compagnies aériennes, de l’orientation client, il faut bien l’admettre. 

Il va falloir suivre très attentivement la situation dans les mois à venir. Et ce fonds de garantie ? S’il n’est pas imposé par l’Europe, il ne se fera pas. C’est une évidence.

13-03-18 - par Jan Peeters