Les compagnies aériennes sont partagées

Plus, Moins, ou Autrement ?

Les compagnies aériennes se lancent activement dans le débat sur le climat et la durabilité. Et comme souvent avec des déclarations sur un ton péremptoire et provocant qui en ont fait leur marque de fabrique. Il semble que les principales compagnies aériennes aient désormais définitivement quitté leur position défensive. Mais elles ne sont pas toutes d’accord. Un survol de la question et une tentative d’analyse.

Le patron de TUI : moins d’appareils

Le CEO de TUI Fritz Joussen n’a de leçon à recevoir de personne : il n’a pas son pareil pour transformer un problème potentiel en opportunité. Mais il a effectué récemment un important revirement. Dans une interview sur une chaîne flamande, il a fait un lien entre la surcapacité en Allemagne et sur différentes destinations en Espagne et en Turquie avec la problématique du CO2. Il faut le faire quand même… Joussen veut moins de compagnies aériennes et moins d’appareils dans les airs. Evidemment, TUI ne peut pas être le premier à diminuer leur nombre : il plaide donc à nouveau pour une consolidation. Pour lui, le C de Climat doit rimer avec le C de Consolidation. A juste titre : il veut avant tout que les compagnies aériennes qui volent avec de vieux appareils soient ‘’punies’’ et payent plus de taxes.

Le CEO de Lufthansa : trop de taxes

Le CEO de Lufthansa Carsten Spohr adopte un autre angle d’attaque. Dans son style musclé, il s’en prend aux compagnies low cost. Il a déclaré que ‘’les vols à 10 € sont écologiquement, politiquement et économiquement irresponsables’’. Ici aussi, l’aspect purement écologique tourne court. En principe, il n’y a pas de différence entre les émissions de CO2 entre un appareil qui transporte des passagers à prix plancher et un appareil full business class.

Ici aussi, le CEO veut attirer l’attention sur un point : les concurrents non rentables faussent le jeu. Il s’en est pris également sans ménagement dans une autre déclaration à la menace des taxes CO2. "Nous avons depuis longtemps une taxe CO2 en Allemagne. Nous l’avons seulement appelée taxe aérienne, mais d’après moi, elle contient déjà un volet CO2’’. C’est un point de vue comme un autre, mais c’est aussi un sujet sensible. Attention au retour du boomerang, Carsten. 

Le boss de Ryanair : ce sont des idiots

En Irlande chez Michael O’Leary, le son de cloche est à nouveau fort différent. Il s’en est pris cette fois dans un style toujours aussi inimitable et parfois incongru à la vague écologiste mondiale : pour lui, moins de vols comme moins de viande sont des "idées idiotes trouvées par des idiots’’. Il est à noter que peu de gens savent qu’O’Leary est également un important éleveur en Irlande à ses heures perdues. Ses vaches produisent de l’Angus beef qui est commercialisé. Le patron de Ryanair perçoit chaque année des subsides européens. Il possède aussi des chevaux de course, mais ils ne sont pas destinés à la consommation : ils doivent remporter des trophées et être revendus avec une solide plus-value. O’Leary a-t-il réagi en tant qu’éleveur ou fondateur de Ryanair ?

Le CEO du groupe IAG : personne n’écoute

Le patron d’IAG Walsh défend à nouveau les efforts de l’industrie et déclare que ‘’le transport aérien a une bonne histoire à raconter, mais personne ne veut l’écouter’’. Il souligne que les gens qui vivent sur des îles ou dans des territoires isolés n’ont souvent pas d’autre choix que de prendre l’avion. C’est juste, mais cela n’explique évidemment pas la course vers le bas sur le prix des billets d’avion et la surcapacité sur des lignes entre certaines villes européennes.

Moins de slogans, plus de contenu

Ces quatre différents exemples montrent que, malgré les services d’agences publicitaires et de RP fort bien payés, le secteur du transport aérien n’est pas (pour le moment ?) en mesure que proposer un discours durable qui tienne la route.

Les dirigeants retombent encore trop fréquemment dans le travers des slogans classiques à la sauce testostérone. Les compagnies aériennes ne sont pourtant responsables que de moins de 3% des émissions de CO2 dans le monde, mais elles sont la cible de l’opinion publique. Et pourtant, des améliorations significatives de réduction de ces émissions sont réalisées sur les nouveaux types d’appareils. Ce serait une bonne chose si les dirigeants pouvaient accorder leurs violons et s’ils pouvaient communiquer de façon plus humble et plus compréhensible.

Nous nous rappelons une déclaration de Gunther Hofman (TUIfly) lors d’un débat de Travel360° il y a quelques années : "Le transport aérien a un problème d’image. Nous avons de gros avions qui font beaucoup de bruit et qui laissent des traces visibles dans le ciel. Résultat, nous apparaissons littéralement sur les radars de tout le monde et nous pouvons facilement être sous le feu des critiques. A cause de cela, nous démarrons souvent avec un handicap dans l’opinion publique.’’

Bien vu. Raison de plus pour que le secteur investisse et s’investisse réellement dans un discours sincère et crédible. C’est plus que nécessaire. 

11-09-19 - par Jan Peeters