Les Vols Doivent Être Plus Chers.

Évidemment, Mais S.M.A.R.T !

Il est difficile d’ouvrir encore un journal ou de visiter un site d’infos sans tomber ici et là sur le slogan ‘’les vols doivent être plus chers’’. Toute nuance en est absente : les consommateurs le demandent, les politiciens mettent le sujet sur la table et tous les groupes d’intérêt possibles et imaginables sont loin d’être d’accord, mais c’est une évidence, voler en avion doit être plus cher.

Dans le secteur du voyage également – et sur quelques moteurs de prix notoires – il existe un consensus sur le fait que quelque chose doit changer dans cette course vers le bas concernant le prix des billets d’avion. Mais le secteur du transport aérien est à peine audible dans cette discussion. Est-ce parce qu’il se débat avec l’idée elle-même ou est-ce parce que personne n’a été invité à la table ? Peut-être une combinaison des deux. Mais au stade actuel du débat, un discours constructif semble impossible.

Quelques citations de ces derniers jours.

L’expert du transport aérien Luk De Wilde dans Het laatste Nieuws : “Une taxe sur les vols peut seulement avoir de l’impact si nous l’appliquons au niveau mondial. Car quel est l’intérêt de réduire nos émissions de CO2 en Europe pendant que d’autres continuent à polluer partout ailleurs ?’’

Joke Schauvliege, une des 4 (!) ministres belges du climat revenant sur les nombreuses manifestations : ‘’Des billets d’avion pour presque rien, ce n’est pas responsable. Je suis convaincue que nous devons aller vers une augmentation du prix des billets. Cet argent doit être versé dans un fonds en vue d’être utilisé pour subsidier des projets qui réduisent les émissions.’’

 

Et les projets du gouvernement Hollandais de faire une nouvelle tentative d’introduire une taxe sur les vols, nous les connaissons. Le porte-parole du secrétaire d’état aux Finances Snel s’est exprimé au début du mois dans l’Algemeen Dagblad :’’Notre préférence va à une taxe européenne, ensuite à une taxe sur les avions et enfin à une taxe par passager. L’introduction au niveau de l’Europe ne sera pas simple. Si vous voulez récolter ces 200 millions, vous devez aussi envisager les autres options.’’

Conclusion : le vol à destination ‘’des-billets-d’avion-plus-chers’’ a décollé, mais personne ne sait quelle route il doit suivre et où finalement il atterrira.

Pouvons-nous faire une suggestion d’après l’ancienne, mais toujours pertinente, théorie du ‘’management by objectives’’ ? Pour donner forme au débat et essayer de trouver des pistes tangibles, chaque proposition en matière de prix des vols et de la diminution de la pollution climatique devrait être examinée en employant la méthode S.M.A.R.T.

S.M.A.R.T. est une façon de rendre les objectifs concrets, mesurables et efficaces. Chaque mesure gouvernementale devrait d’ailleurs être soumise à cette approche. C’est sans doute trop demander. Mais dans le cas des billets d’avion, un peu de touche S.M.A.R.T serait vivement souhaitable.

L’acronyme S.M.A.R.T. tient compte des considérations suivantes lors de la formulation des objectifs.

S – SPECIFIC

Que veut-on obtenir avec cette mesure ? Pourquoi cet objectif est-il important ? Qui doit être activement concerné pour que ce soit une réussite ? Quels sont les moyens nécessaires à mettre en œuvre ?

Une réponse sincère à ces questions rend la mesure ou l’objectif spécifique.

M – MEASURABLE

Combien faut-il ? A quelle fréquence ? Quel est précisément l’effet attendu et sur quels terrains ? Quand savons-nous que l’objectif est atteint ou quand la mesure est une réussite ?

Seuls les objectifs quantifiables peuvent mesurer les progrès effectués et font en sorte que tous ceux qui sont concernés restent motivés.

A – ACHIEVABLE

Comment pouvons-nous atteindre ces objectifs ou mettre en pratique cette mesure ? A quel point l’objectif est-il réaliste en tenant compte de tous les facteurs internes et externes ?

Cet aspect permet d’atteindre le résultat souhaité. La tâche peut être difficile, mais cela ne peut pas en aucun cas être un rêve. L’ambition, c’est bien, une ambition réaliste, c’est mieux.

 

R – RELEVANT

Cela vaut-il la peine d’introduire cette mesure ? Pourquoi ? Est-ce le bon moment pour concrétiser cet objectif ? Pourquoi ?

Cela suscite de l’intérêt pour le projet. La pertinence doit être clairement définie dans un langage compréhensible. Tout le monde doit voir que cela en vaut la peine pour que tout le monde puisse prendre ses responsabilités.

T – TIME-BOUND

Qu’est-ce qui se passe et quand ? Quel timing est fixé pour le lancement, pour l’évaluation ? Qu’est-ce qui peut déjà être fait maintenant, quand sont planifiées les prochaines étapes ?

Chaque objectif ou chaque mesure a besoin de deadlines. Pas seulement le deadline ultime, mais aussi pour toutes les étapes intermédiaires. La vie continue et le court terme menace toujours de saper chaque planning sauf si un deadline contraignant est fixé… et respecté.

Il me semble que l’ensemble de la discussion sur le climat et surtout son aspect ‘vol’ a un besoin urgent de penser et de décider méthodiquement en termes SMART. Le secteur du voyage devrait pouvoir apporter une contribution réaliste via une approche SMART professionnelle comme composante essentielle. 

Car voici déjà un exemple vers où la discussion pourrait nous mener sans une telle méthode : si le slogan ‘’les billets d’avion doivent être plus chers’’ devait être pris au pied de la lettre, nous serions rapidement prêts. Les billets les plus chers sont les billets business class et first class. Conclusion sans nuance : si vous volez en business ou en first class, c’est meilleur pour l’environnement. C’est totalement absurde évidemment, mais simplement une direction vers laquelle une discussion sans objectifs clairs pourrait nous conduire…

29-01-19 - par Jan Peeters