Lowcost travel group se crashe

Victime du Brexit?

Le vendredi 15 juillet, l’agent de voyages en ligne lowcost Travel Group a fermé les portes de son siège central à Palma de Majorque, les 451 employés venant d’apprendre que l’entreprise était en faillite. A ce moment, il y avait 27.000 clients en vacances outre-mer et le groupe avait encore 110.000 réservations confirmées pour le reste de la saison d’été. La faillite d’une organisation de voyages au beau milieu de la haute saison est un fait particulièrement rare. Selon les curateurs, le crash est dû à l’incertitude croissante qui a précédé et suivi le référendum sur l’Europe, tandis que la concurrence et le terrorisme auraient aussi provoqué des difficultés vers certaines destinations.  

Allons droit au but : ces sont des foutaises. Les obstacles cités valent pour toutes les entreprises de voyage. Si vous êtes une entreprise qui réalise un chiffre d’affaires de 500 millions de Livres et qui passe à la trappe en haute saison, c’est qu’il y a une autre explication. Au fait : 110.00 réservations pour les prochains mois, cela représente en principe 110.000 acomptes avec une majorité de séjours les plus chers de la saison. Faisons un petit calcul : si chacun des dossiers réservés est associé à un acompte de 250 Livres, cela signifie que Lowcost Travel Group a encaissé 27,5 millions de Livres pour les départs à venir. Ceci dit en passant.

Le Lowcost Travel Group a été fondé en 2004 par Paul Evans, un tour-opérateur expérimenté. Il a débuté sa carrière comme resort manager chez Club 18_30 et a travaillé environ 13 ans pour MyTravel (aujourd’hui Thomas Cook) avant de passer en 1999 chez First Choice. Dix ans après la fondation de Lowcost Travel Group, il a déménagé une partie de l’entreprise (Lowcost Holidays) en Espagne et une autre (Lowcost Beds) en Suisse. Le résultat de ces déménagements a été que les voyages vendus n’étaient plus du ressort de la CAA (Civil Aviation Authority) et que LCTG pouvait opérer sans ATOL (Air Travel Organisers Licence), soit l’équivalent du Fonds de Garantie Belge ou du Nederlandse Stichting Garantiefonds Reizen.

Les critiques émises par la Britse Civil Aviation Authority après ces déménagements soudains ont été faibles. Evans a déclaré en 2013 : ‘’Les consommateurs vont bénéficier d’une protection de voyage complète soumise à la législation espagnole, en accord avec règles de voyage européennes en vigueur.’’ 

Il apparaît cependant que cette faillite a tout du cauchemar éveillé pour les clients. Les hôtels sont dans certains cas payés, dans d’autres cas, non. Il en découle que certains clients qui sont maintenant à l’étranger se voient demander de payer leur séjour, ce qui entraîne des discussions mouvementées vu que les clients ont déjà payé à l’une des filiales de Lowcost Travel Group…

Les marques les plus importantes du groupe étaient Lowcost Holidays orientée B2C – une agence de voyage en ligne qui proposait à la fois des forfaits vacances et élaborait des ‘’dynamic packagings’’- et la banque de données de lits B2B Lowcost Beds. Le dommage atteint donc aussi bien les consommateurs que l’industrie du voyage. Le groupe a assuré une croissance rapide pendant les dix premières années en appliquant des prix agressifs dans les deux canaux de distribution. Au cours des dernières années, le chiffre de trois millions de voyageurs sur base annuelle a été avancé pour les responsables. Soit l’entreprise était déjà mal gérée à l’époque, soit les affaires ont périclité très vite : en 2015, le groupe de comptait en effet plus que 500.000 clients.

La faillite du groupe va entraîner de lourdes conséquences chez les consommateurs comme chez les agents de voyage dans toute l’Europe. Les agents de voyage qui ont vendu à leurs clients vols et hôtels via cet acteur seront obligés de payer ou seront confrontés à des plaintes et des réclamations en pagille. Le timing du crash - le 15 juillet – fait qu’il sera particulièrement difficile de trouver des hébergements alternatifs. Un désastre qui finalement était déjà inscrit dans les étoiles à partir du moment où l’entreprise a estimé que la protection ATOL n’était plus nécessaire et a déménagé à Majorque.

Les temps sont durs pour le tourisme et il y a encore des acteurs qui nagent en eaux troubles, également en Belgique et aux Pays-Bas. La morale de cette histoire ? Ne prenez aucun risque avec les réservations, vérifiez la fiabilité de vos partenaires en affaires. Et n’oubliez pas non plus de vérifier la présence des logos des fonds de garantie…

18-07-16 - par Jan Peeters