Le Marché nébuleux des croisières

Marée basse ou marée haute

Cruise Lines International Association (CLIA) a annoncé ce mercredi que le marché européen des croisières avait enregistré un nouveau record en 2015 : 6,6 millions d’européens sont partis en vacances en croisière, soit une augmentation de 3%. Les plus fortes hausses en chiffres absolus sont atteintes par les marchés allemands, britanniques et scandinaves : ensemble, ils ont gagné 233.000 passagers supplémentaires. Et pendant ce temps, la Belgique devrait connaître une baisse de 10%.

Normalement, une telle baisse devrait refléter un profond malaise sur le marché belge des croisières. Un marché qui, après dix années consécutives de croissance, chute de 10% ? Il doit certainement y avoir d’excellentes raisons. Clia explique cette baisse de capacité dans la région par les mesures d’économies du gouvernement et l’instabilité politique. Cela expliquerait une baisse de 8.000 clients. Sincèrement : c’est tout à fait insuffisant comme argument. Deux réflexions.

Première réflexion : les chiffres sont relatifs

Le Président de Clia, Ben Scheefhals, a clairement insisté lors de la présentation des résultats du marché : le nombre de passagers a été transmis par les compagnies sur une ‘base volontaire’. Ce sont donc des informations brutes des croisiéristes qui ont été transformées en ‘résultats du marché’. Autre nuance : il s’agit de croisières vendues en Belgique. Donc, littéralement, les clients belges qui réservent sur un site étranger ou via un système de réservation qui ne les enregistre pas parmi les clients de la filiale belge, n’entrent pas en ligne de compte dans les chiffres de Clia.

 

Dans un environnement toujours plus multicanal, il n’est pas déraisonnable de penser que les chiffres de Clia aient été faussés par une tendance croissante de la réservation en ligne, aussi bien chez les groupes-cibles plus jeunes que chez les repeaters toujours plus nombreux.

Ces chiffres à première vue inquiétants ne sont donc pas à prendre au pied de la lettre. Les chiffres sont relatifs, mais peuvent dans le même temps mener à des conclusions potentiellement dangereuses. D’où notre deuxième réflexion.

Deuxième réflexion : l’importance de la perception de la situation

La communication de Clia joue dangereusement avec le feu. En affirmant sans ambages qu’ “Against strong growth in 2013 into 2014, the Belgian cruise market declined by 10% in 2015 to 65.000 passengers” à l’occasion d’une grande conférence de presse, c’est se tirer une balle dans le pied. La probabilité est en effet très forte pour que les médias reprennent cette affirmation telle quelle pour donner au public la perception d’un marché des croisières en baisse. Et ce, en contradiction avec le boom des croisières fluviales et sans la moindre nuance au niveau de l’exactitude des chiffres évoqués.

16-03-16 - par Jan Peeters