Tous Agents de Voyages

10% de commission

C’était une première en 2010, TRVL lançait un magazine de voyages haut de gamme pour iPad. Un logiciel et une plate-forme magazine générale Prss avaient été développés et sur cette plate-forme se retrouvaient des périodiques en ligne. Prss a été racheté en 2014 par Apple. Le copropriétaire, Jochem Wijnands était alors riche et heureux. Il a travaillé un an pour Apple et est ensuite retourné à Amsterdam, là où se trouvent les racines de TRVL. TRVL lance aujourd’hui un site dont la page d’accueil dit tout simplement : ‘’Gagnez jusqu’à 10% par réservation. Créez des voyages sur mesure pour d’autres et obtenez des revenus supplémentaires.’’

 

Je le savais : il y aurait un jour une initiative qui ferait grincer tout le monde des dents. Un ‘quote’ du site TRVL : ‘’ TRVL gives you access to all hotels, flights, activities, and car rentals. With your tips and TRVL’s recommendations you help others book their dream-trips. For each booking you receive a commission (just like a travel agent would).”

 

Cette initiative va probablement rendre soucieux les agents de voyages, les agents de voyages en ligne, les conseillers indépendants et les affiliate marketeers. Car TRVL est potentiellement la mère de toutes les initiatives ‘’let’s disrupt the travel industry’’. C’est aussi la première fois que le slogan ‘’tous agent de voyages’’ prend réellement forme, offre produit incluse, plate-forme de communication incluse, modèle de rémunération inclus. Evidemment, TRVL n’intervient pas techniquement en tant qu’organisateur ou intermédiaire de voyages : les réservations sont effectuées par le consommateur final.

Avant que tout le monde ne pointe son bazooka, nous allons soulever rapidement les points les plus facilement critiquables : d’accord, le consommateur n’est pas protégé contre la faillite éventuelle des différents fournisseurs chez qui il réserve. D’accord, ceux qui élaborent l’offre ne sont pas des professionnels de l’industrie du voyage formés et expérimentés. D’accord, cela signifie en théorie que tout le monde peut composer un voyage pour quelqu’un d’autre tout en gagnant de l’argent. Et bien entendu, vous pouvez aussi aborder le volet assurances et tout le reste.

C’est vrai.

Et pourtant, TRVL est une initiative intéressante à suivre. Les fondateurs ne sont pas nés de la dernière pluie et Jochem Wijnands est un journaliste spécialisé en voyages  qui a largement fait ses preuves. Avant de lancer son magazine iPad, il a parcouru le monde et a écrit des centaines d’articles. Il a été publié dans les meilleures revues comme National Geographic. TRVL n’est donc pas une coquille vide, mais offre un contenu riche clairement orienté voyages.

 

 

Evidemment, vous pouvez vous poser des questions sur cette formule ‘peer to peer’. Il y a un risque certain d’erreur avec un offreur qui ne fait pas bien son boulot ou qui, par manque de connaissances, va prévoir un temps de connexion trop court entre deux vols. Il y aura des clients qui seront victimes de surréservation. Des hôtels et des excursions de qualité douteuse se glisseront aussi certainement dans l’offre.

C’est encore vrai.

Je continue cependant de penser que TVRL est une affaire intéressante à suivre. Il ne vise pas les clients actuels de l’industrie du voyage. Il s’adresse aux clients qui aujourd’hui épluchent les sites et les pages des journaux et des magazines consacrés aux voyages, à la recherche d’inspiration. Et qui ensuite passent des heures sur internet afin d’assembler pièce par pièce leur voyage. A ces clients, un acteur comme TRVL leur dit : nous faisons le ‘‘heavy lifting’’ pour vous, chers consommateurs. Nous faisons en sorte que vous puissiez demander par notre intermédiaire des conseils à des consommateurs qui ont déjà entrepris votre voyage avant vous.

TRVL a conçu le logiciel nécessaire pour présenter sur un écran tous les éléments et toutes les options du voyage. Le voyageur peut ensuite réserver son voyage en une fois. L’agent TRVL reçoit alors une commission qui, selon l’entreprise, peut atteindre 10%. TRVL conserve bien entendu une partie de la commission car tous les paiements s’effectuent via le système TRVL. Non, TRVL ne joue pas le rôle d’un banquier : les transactions se déroulent via leurs systèmes, mais directement du consommateur au fournisseur.

Il va de soi que les ‘’conseilleurs’’ peuvent être évalués par les voyageurs. Chaque ‘’conseilleur’’ doit se connecter au site et peut créer après autorisation une page avec des expériences, des astuces, des idées qui lui viennent en droite ligne de ses propres voyages. Cette page peut être complétée par des articles qui se trouvent sur le site TRVL. Les conseilleurs – TRVL parle même ‘’d’agents’’ – qui proposent des voyages de mauvaise qualité feront l’objet de critiques impitoyables et seront éjectés par la communauté.

Soyons clair : l’industrie du voyage a l’habitude de réagir de façon particulièrement acerbe face à ce type d’initiative. Vous pouvez vous poser des questions sur les assurances et la protection légale. OK, mais pour le reste…

Une réflexion

Avant de critiquer à tout va, j’aimerais partager une réflexion avec vous, sachant que mon point de vue ne sera pas des plus populaires. TRVL est une initiative qui ne provient pas du monde du voyage. Elle a été conçue par un éditeur futé qui a remarqué que le modèle de rémunération de son superbe site, avec un contenu très qualitatif et un public passionné de voyages, ne présentait pas assez de potentiel. Décrire de beaux voyages sans y associer un modèle de réservation, c’était du gâchis pour les propriétaires de TRVL. Et ils ont créé un modèle pour ne pas laisser passer cette chance de l’exploiter au mieux.

 

La question que chaque acteur de l’industrie du tourisme doit se poser la suivante : ‘’pourquoi n’y ai-je pas pensé avant eux ?’’ Nous maîtrisons le contenu, nous disposons de professionnels expérimentés qui ont vu du pays et nous avons accès à tous les moyens de transports disponibles, à toutes les formules d’hébergement, à toutes les possibilités d’excursions et aux plus belles curiosités au monde. Des systèmes comme Euram permettent parfaitement à chaque agent de proposer un voyage composé sur mesure, en temps réel et présenté dans un format attractif.

Le réflexe de l’industrie du voyage ne devrait pas être celui-ci : attendons de voir quelles sont les erreurs que va commettre TRVL. Au contraire : nous devons observer ce que ces entrepreneurs vont réussir. Nous devons tenir compte de leurs nouvelles idées, nous devons d’urgence inciter nos partenaires technologiques à développer des projets innovants et créatifs qui vont enthousiasmer les clients d’aujourd’hui et de demain. La base sur laquelle s’appuie TRVL est le contenu inspirant et la communauté des voyageurs passionnés. Eh bien, la base vous l’avez aussi. Donc, évitons de descendre en flamme ces lanceurs d’initiative. Et leur humble messager aussi, de préférence.

 

21-09-16 - par Jan Peeters