La faillite de Monarch

Les dessous de l’affaire

La faillite de Monarch Airlines au Royaume-Uni était dans l’air depuis un petit temps déjà : la compagnie aérienne a connu dans son histoire récente une série de pertes financières et d’expériences de mort imminente. Mais aujourd’hui, quelques jours après la fin définitive, pas mal de choses ressortent au grand jour. Et tout cela n’est pas très joli joli.

Nous étions d’avis la semaine dernière comme de nombreux observateurs que le coup de grâce avait été donné par la conjonction plusieurs éléments : la situation du marché, de lourdes pertes cet été et le refus logique de l’autorité britannique de l’aviation civile (CAA) de prolonger la licence ATOL (Air Travel Organiser’s Licencing).

Octobre 2016 : graves problèmes

Il y exactement un an, Monarch rencontrait déjà des difficultés. On avait appris mi-octobre que le propriétaire de la compagnie, Greybull Capital, avait réinvestit 165 millions £ dans l’affaire. Dans le même temps, le management de Monarch confirmait que le groupe avait renégocié un contrat existant et obtenu un nouvel accord pour l’achat de 30 Boeing 737 MAX. Les premiers appareils seraient livrés en 2017 et les derniers en 2022.

Boeing, un fournisseur-investisseur ?

Il semble aujourd’hui que ce n’est pas Greybull qui s’est présenté en sauveur providentiel de Monarch Airlines l’an passé. Via la société holding offshore de Monarch, Petrol Jersey Limited, c’est Boeing qui a injecté un montant de 100 millions £ dans la compagnie virtuellement en faillite à ce moment. Ce montant serait le résultat d’un deal sales & lease back compliqué entre les deux entreprises. C’était vraiment à la limite de la fraude étant donné qu’il apparaît aujourd’hui que les appareils ont ensuite été repris dans le bilan de Monarch à leur valeur à l’état neuf alors que leur prix d’achat était beaucoup plus bas et bénéficiait d’une importante réduction.   

Des pratiques commerciales malhonnêtes 

Ces pratiques discutables et pour le moins opaques ne sont pas un cas isolé et ont aussi été appliquées apparemment dans d’autres circonstances : elles font partie de la lutte farouche entre Boeing et Airbus pour gonfler les commandes afin de pouvoir continuer à alimenter leurs lignes de production.

Ce sont des pratiques qui mettent l’équilibre du marché en danger : si en tant que concurrent de Monarch vous appreniez que l’entreprise est maintenue la tête hors de l’eau par un grand fournisseur, vous auriez certainement hurlé votre mécontentement. Maintenant, toutes les parties font comme si c’était le propriétaire Greybull qui avait mis la main au portefeuille, ce qui n’est pas le cas.

Bonne opération quand même pour Greybull

Monarch a été déclaré en faillite avec encore 48 millions £ en cash à la banque. A quoi peut s’ajouter le produit de la vente potentielle des slots des aéroports d’une valeur globale de 60 millions £. Le premier créancier est Greybull Capital : il devrait donc pouvoir s’en sortir avec relativement peu de dégâts financiers.

Les cabrioles du gouvernement britannique

Les pots cassés seront bel et bien pour le gouvernement britannique qui a organisé et préfinancé un rapatriement massif de 110.000 voyageurs. D’accord, il va ensuite se faire rembourser les frais par les assurances des sociétés de cartes de crédit et par les entreprises de voyages bénéficiant de la protection ATOL. Mais ce n’est qu’une partie du montant total. Au bout du compte, il semble que le gouvernement va prendre en charge le rapatriement des voyageurs qui ont composé eux-mêmes leur voyage ou qui ont fait appel à des entreprises non couvertes par ATOL. Une rumeur persistante fait état d’un montant moyen de 250 £ par passager transporté. 

Fonds de garantie des compagnies par les compagnies : il y a urgence

Il est donc logique que de nombreuses voix s’élèvent maintenant au sein de l’industrie du voyage en Grande-Bretagne pour qu’enfin un fonds de garantie soit mis sur pied pour que ce ne soit ni le contribuable, ni les clients B2B qui doivent régler la note finale. C’est un souhait émis dans différents pays européens : des questions se posent aussi en Allemagne autour de la liquidation peu transparente de la faillite d’Air Berlin.

12-10-17 - par Jan Peeters