Ou sont les allemands?

Priorité aux grands classiques

L’offre de destinations de vacances en avion court et moyen-courrier est encore particulièrement importante pour le vacancier européen. Et il apparaît que la demande se concentre aujourd’hui sur les grands classiques. Avec notamment l’Allemagne, le plus grand marché du tourisme sortant en Europe, qui se replie sur ses ‘valeurs sûres ancestrales’. Et cela aura des conséquences cet été.

 Un marché allemand hésitant en décembre

Les allemands hésitent provisoirement à confirmer leurs vacances d’été : la société d’études de marché Gfk (tout le monde qui assistait à la Travel360° The Conference se souvient encore de la brillante présentation de Caro Debruyn, Gfk Research Consultant Brand & Customer Experience) a constaté, durant le principal mois de réservation en décembre, 8% de réservations de moins que l’année précédente à la même période. Cela signifie concrètement que fin 2015, le marché allemand était en recul de 6% en chiffres cumulés par rapport à 2014.

Cela concerne notamment l’énorme marché des forfaits vacances. Le plus touché est le mois d’août, le mois de référence des départs, en recul de 19% par rapport à l’année précédente à la même période.

Des chiffres médiocres donc, mais le marché du voyage allemand baigne pourtant dans un climat de confiance. Le comportement ‘wait and see’ du consommateur allemand est parfaitement compréhensible au vu des récents événements de Paris et l’inquiétude liée à la problématique des réfugiés. Pratiquement tous les principaux acteurs tablent sur des facteurs favorables sous-jacents : l’économie est en forme et le climat de consommation est au beau fixe. Attendre certes, mais sans paniquer, est le comportement affiché par la plupart des parties.

Les grands classiques marquent toujours des points

Les réservations déjà effectuées se concentrent sur les grandes destinations classiques. Certaines y perdent : Antalya, La Mecque des vacanciers allemands, selon des chiffres de Traveltainent publiés dans le magazine fvw, accuse le coup avec une chute de -26%, Hurghada n’est pas en reste avec une perte de -29% tandis qu’assez étrangement Madère doit encaisser un sévère -21%.

D’autres sortent du lot. Les destinations gagnantes sont celles où les touristes allemands se rendent en vacances depuis des décennies : Majorque (+10%), Grande Canarie (+18%), Rhodes (+16%), Lanzarote (+11%) et Fuerteventura (+9%). Cela signifie que Majorque prend la place de leader de parts de marché de la Turquie : Palma représente 24% du marché allemand des forfaits vacances. Et les 4 îles des Canaries cumulent ensemble 33%.

C’est clair : à moins d’une énorme offensive last minute pour la Turquie, les vacanciers allemands vont se ruer sur les destinations hyper classiques : les Baléares, les Canaries et les grandes îles grecques. Vous pouvez donc vous attendre à un rude combat sur les lits vers ces destinations.

Vacanciers belges et néerlandais : decision time

C’est un important argument de vente dans ces dernières semaines de réservations anticipées : si le client belge et néerlandais veut se rendre pendant la haute saison vers les ‘valeurs sûres’ et veut être certain de trouver l’hébergement de son choix, c’est maintenant qu’il doit se décider. Les allemands arrivent : les professionnels de l’industrie du voyage allemand ont constaté un premier pic dans la première moitié de janvier et s’attendent à une seconde vague de réservations dans les semaines qui viennent.

Quid de la Turquie ?

Et qu’en est-il de la Turquie pour l’été 2016 ? Même avec un recul évident de la demande spontanée vers cette destinations – les causes sont bien connues – il est selon nous trop tôt de rayer la Riviera turque de la liste pour l’été prochain. Les hôteliers turcs et les agents locaux sont en train d’engager une impressionnante campagne sur les prix. Ils sont prêts à oublier leur marge pour l’année en cours, mais ils veulent coûte que coûte – et c’est à prendre au sens littéral du mot – avoir des ‘heads in the beds’, surtout pendant la haute saison.

Les hôteliers turcs n’ont d’ailleurs pas leur pareil pour comprimer les coûts. Dans des moments comme ceux-ci, les entreprises hôtelières, les agents locaux et les compagnies aériennes se trouvent les yeux fermés. Ils sont passés maîtres dans l’art de la realpolitik, les querelles et les rancunes sont oubliées tout comme les dissensions personnelles. Les hommes d’affaires turcs sont redoutables lorsqu’ils se concentrent sur le court terme.

Conclusion : d’ici l’IBT de Berlin (9 – 13 mars), l’industrie européenne du tourisme peut s’attendre à un bombardement d’offres en provenance de Turquie et qui ne va pas s’arrêter avant fin septembre. Nous ne pouvons certainement pas prévoir comment sera la situation dans deux ou trois mois. Si aucun événement horrible ne se produit entre maintenant et le début de la saison des last minutes, il y a une chance pour que la Turquie connaisse un démarrage particulièrement rapide.

Tous ceux qui tiennent la barre d’une entreprise du secteur du voyage ont appris au cours des années que les ‘événements’ sont comme les ouragans et les tempêtes tropicales : vous savez qu’ils vont avoir lieu, mais vous ne pouvez pas y adapter votre stratégie. La destination Turquie prend des coups, mais il y a toujours une probabilité qu’une partie au moins de la haute saison soit sauvée.

 

28-01-16 - par Jan Peeters