Paris Air Show

Life Goes On ?

Certains événements de l’industrie du voyage sont souvent l’occasion de s’évader un instant hors de la réalité. Lors du WTM, de l’ITB ou du Salon des Vacances, nous sommes entre nous et nous mettons sous cloche le monde réel. Le programme de ces grandes réunions donne évidemment la priorité à des présentations et à des ateliers, mais lorsque la journée est terminée, nous nous retrouvons pour boire un verre avec des collègues, des concurrents et des connaissances. L’Air Show annuel à Paris est l’événement ultime en matière de ‘’Life goes on’’ de l’industrie du transport aérien. Vous allez comprendre pourquoi.

Grandiose, excessif, exhibitionniste et macho

Autant de qualificatifs qui s’appliquent bien au Paris Air Show du Bourget. C’est comme si toute cette industrie en profitait pour se prélasser dans la douce lumière d’un soleil couchant. Présentation de nouveaux modèles d’avions, déclarations ronflantes, succession de lunchs et de dîners d’affaires, rencontres au sommet et contrats juteux : tout y passe. La vie comme elle était avant pendant des décennies et qui renaît de ses cendres spécialement pour le Paris Air Show. C’est comparable à un congrès de parti politique : nous nous sentons vraiment bien ensemble, comme une grande famille tout en sachant qu’il faudra retourner affronter la vraie vie ensuite.  

Excuses Boeing,phase 2

Dans ce contexte, Boeing a décidé de poser un ‘’grand geste’’, comme cela a sans doute été considéré en interne : un ponte de la direction (pas le CEO, les avocats surveillant chacun de ses mouvements) est venu présenter tout penaud à nouveau les excuses de Boeing concernant les malheurs causés par le 737 Max et renouvelé ses condoléances aux familles des victimes.

Mega Deal

C’était apparemment nécessaire pour ensuite opérer un brusque mouvement de ‘’back to business’’ : Boeing et IAG (la maison-mère de British Airways, entre autres) ont annoncé qu’une lettre d’intention serait signée pendant l’événement pour l’achat de 200 Boeing 737 Max. Un coup de pouce pour Boeing, mais plus que probablement pas une aubaine en termes de marge bénéficiaire.

Le CEO d’IAG, Willie Walsh, est un professionnel aguerri du secteur de l’aviation. Il se sentait comme un poisson dans l’eau au Bourget : c’est son monde, son terrain de jeu. Il est entouré de gens qu’il connaît, qu’il apprécie et avec qui il aime négocier.  

Enfant à problème, maladie de jeunesse, jeu d’enfant

Et pour ce qui est de négocier, Willie Walsh excelle en la matière. Si vous êtes audacieux, c’est en effet le meilleur moment pour faire plier Boeing. Le 737 Max est en tête de liste des plus grands enfants à problème de toute l’histoire de l’aviation. En comparaison, les maladies de jeunesse du Dreamliner (qui se souvient encore des batteries qui surchauffaient ?) étaient… un jeu d’enfant. Désolé pour toutes ces allusions à l’enfance, le stress des examens sans doute…  

Le temps des bonnes affaires

Celui qui veut aujourd’hui passer une importante commande de 737 Max est quasi en position de force pour négocier. Nous sommes prêts à parier plusieurs bacs de Duvel que le CEO d’IAG va payer moins de la moitié du prix catalogue pour ce type d’appareils. Ils seront plus que probablement vendus pour pouvoir garder la ligne de production plus ou moins en état. Et cela pourrait même devenir un énième contrat du siècle.

Raider devient Twix

La vie continue apparemment. Mais dans les couloirs du Bourget, on pouvait également capter une intention très cynique derrière toute cette histoire : d’après certaines rumeurs, Boeing projette de faire disparaître purement et simplement le label ‘’Max’’ et lui donner un autre nom. Une opération Raider-Twix en quelque sorte. (Pour la majorité de nos lecteurs de moins de 40 ans, tapez sur Google les termes Raider, Twix, marketing).

Et concernant le marketing, attribuons ici une note de 10 tout comme pour le cynisme. Life goes on, c’est bien ce que nous disions, non ?

19-06-19 - par Jan Peeters