Gateway K.O.

Un pionnier au tapis

Il y a trois mois, la rumeur enflait autour de Gateway. L’entreprise fondée par Valère Vandecruys serait en proie à des difficultés. A la mi-février, le circuit de la rumeur était convaincu que la faillite n’était plus qu’une question de jours. Depuis la semaine dernière, c’est fait : Gateway est en faillite. Après un long et intense combat contre la maladie, le patient a jeté l’éponge.

Le 19 janvier nous avions publié un article sur Gateway sous le titre : ‘Gateway et le circuit de la rumeur : beaucoup de bruit pour rien.’ L’article voulait au moins freiner les conséquences des rumeurs persistantes. Nous avons en effet trop souvent vu comment des insinuations toujours plus pressantes peuvent soudain se transformer en une ‘prophétie auto-réalisatrice’ : la rumeur enfle, une extrême prudence règne parmi les acteurs, les réservations à long terme sont transmises à des tiers et l’entreprise déjà chancelante se retrouve finalement à terre. Aurait-ce également été le cas sans les dommages causés par les rumeurs ? Nul ne la sait.

Gateway campait à première vue sur ses positions et il semblait même que l’entreprise allait s’en sortir. De nouveaux produits avaient été introduits, l’équipe de vente était toujours motivée pour visiter les agences de voyage. Le flight module et les technologies qui y étaient associées avaient été vendus quelques semaines plus tôt à Cherimoya.be. Gateway allait se concentrer sur la distribution hôtelière dans un environnement B2B. C’est cependant le secteur le plus compétitif de l’industrie du voyage et le terrain concurrentiel pour Gateway était déjà solidement occupé par une combinaison de grands acteurs internationaux et de start-ups toujours prêtes à prendre la balle au bond.

Le rideau est tombé le 7 avril : c’en est fini pour Gateway. Au cours des derniers mois, l’équipe de Valère Vandecruys a suivi toutes les pistes possibles pour sauver l’entreprise, mais tous s’étaient rendu compte qu’ils étaient sur la pente descendante. Toujours davantage d’agents de voyage optaient pour d’autres solutions alors que le module de réservation d’hôtels relifté ne donnait pas les résultats escomptés. Même les fournisseurs de Gateway commençaient à propager des messages peu rassurants et l’ambiance autour de l’entreprise à l’ITB était franchement mauvaise.

Gateway devait fêter son vingt-cinquième anniversaire cette année. Mais c’est une caractéristique de l’époque aussi intéressante qu’impitoyable dans laquelle nous vivons : une entreprise qui pendant 10 ans a fait figure de pionnier ne génère plus aujourd’hui suffisamment de valeur différenciée pour avoir encore le droit d’exister. C’est la dure réalité : des entreprises qui fonctionnent via une approche ou business model – même fortement amélioré – issus du passé sont attaquées de toutes parts par les grands acteurs internationaux et les start-ups créatives. Les grandes entreprises internationales ont une taille qui leur permet d’énormes investissements permanents dans la technologie et les ressources humaines. Les start-ups peuvent dans de nombreux cas ‘brûler’ rapidement du capital à risque, dans l’espoir d’être au moins mises sous les projecteurs.    

Dans ce contexte, il était devenu horriblement difficile pour Gateway d’être concurrentiel. Ajoutez encore à cela, un secteur du tourisme qui connaît des moments difficiles et le tableau est complet. Valère Vandecruys le savait, mais l’entrepreneur limbourgeois continuait d’essayer de trouver des solutions. Mais là encore, les investisseurs potentiels préfèrent miser sur de jeunes acteurs pleins de fraîcheur que sur une entreprise à bout de souffle…  

Petit retour début 2016. Peu avant la parution de l’article ‘Beaucoup de bruit pour rien’, j’ai passé un appel à Valère Vandecruys pour être certain que j’appréhendais correctement la situation. A noter le sens de l’intégrité de Valère. C’est lui qui m’a suggéré de modifier la phrase ‘Gateway n’a pas de problème’ en y ajoutant une nuance, ‘Gateway n’a pas de problème pour l’instant.’ Il était en train de chercher intensément des solutions, mais il ne souhaitait pas dans le même temps que la situation soit présentée comme étant trop rose. Respect.

Pour les agents de voyage qui ont conclu des réservations avec Gateway, c’est une situation particulièrement pénible. Le secteur hôtelier a eu des réactions différentes, de nombreux hôtels ont annulé les réservations Gateway, d’autres ont subitement augmenté leurs tarifs. Les réservations chez les partenaires commerciaux de Gateway semblent pour la plupart pouvoir être confirmées, les re-réservations chez des tierces parties est extrêmement difficile. Il n’existe pas de ligne directrice claire à suivre étant donné que tout est affaire de rapidité et de solutions au cas par cas. Courage.

07-04-16 - par Jan Peeters