Problème de Paiement dans le Secteur du Voyage?

Payez-moi. Maintenant.

Il existe en dehors du secteur du tourisme une entreprise que je place en haute estime : Randstad, le géant mondial de l’intérim. Cette industrie présente quelques similitudes avec la nôtre : il s’agit d’une activité conjoncturelle, avec des marges bénéficiaires très faibles, et sa réussite dépend en très grande partie du personnel actif dans les nombreuses agences de chaque pays.

Si vous êtes un entrepreneur dans l’industrie du voyage : lisez cet article et réfléchissez ensuite à votre position. Si vous êtes un employé : lisez peut-être aussi cet article et réfléchissez ensuite à l’influence des éléments hors voyage sur la rentabilité du secteur et sur votre sécurité d’emploi.

Cela vous semble étrange ? Vous avez peut-être raison. Mais je tiens cependant à faire le lien via Randstad vers un élément peu reconnu, mais aux lourdes conséquences pour les marges bénéficiaires et les résultats financiers du secteur. Il s’agit des délais de paiement.

Le voyage de l’argent dans le secteur du voyage

Le secteur du voyage est une chaîne avec de nombreux maillons et chaque maillon doit être payé, souvent par un autre maillon. L’argent du consommateur passe via différentes parties avant d’arriver aux divers acteurs finaux. Songez au montant du voyage d’un client qui réserve un forfait vacances chez un TO via un agent de voyages indépendant : l’argent doit aller à l’agent de voyages, ensuite vers le tour-opérateur, puis souvent vers une compagnie aérienne, un agent local, un hôtelier,… Des commissions sont perçues à différents stades et il y a des délais de paiement à chaque stade. Toute personne qui s’y connaît un peu dans le domaine financier le sait : les délais de paiement ont un impact direct sur le cash-flow. Et il y a plus d’entreprises qui disparaissent suite à des problèmes de cash-flow qu’à des problèmes de rendement pur.

Banques artificielles dans le secteur du voyage

De très nombreuses entreprises appliquent des délais de paiement compris entre trente et soixante jours. Dans la pratique : plus l’entreprise est grande, plus les délais de paiement sont longs. Cela revient à dire qu’elle va ‘’jouer à la banque’’ pour ses fournisseurs et ses partenaires en les payant tardivement.

 Une initiative de grands acteurs

Où se situe le lien avec Randstad ? Le voici. Le CFO de Randstad quittera ses fonctions à la fin de l’année et son successeur est déjà actif depuis quelques mois. Le ponte financier de Randstad est un emblème de la ‘’bonne gouvernance hollandaise’’ : Robert Jan van de Kraats est un homme intègre avec une vision sociétale très marquée. Il est un des initiateurs de Betaalme.nu, une association d’entreprises qui garantissent de payer leurs fournisseurs endéans un délai de 30 jours maximum.

Nous citons (en français) le patron de Randstad : ‘’En Europe, nous avons la Directive de lutte contre le retard de paiement dans les relations commerciales. Cette réglementation européenne est bafouée et je trouve cela préoccupant. Ce qui me révolte c’est que certaines entreprises disent agir de manière socialement responsable, mais que dans le même temps elles se procurent du crédit en retardant les délais de paiement. Nous ne sommes pas une ‘’banque’’, nous sommes Randstad. L’humain est au cœur de notre activité, pas l’argent. Je suis contre ce type de comportement. Je vis ma vie selon des principes et nous le faisons tous ici chez Randstad. Mais si vous voulez changer quelque chose, vous devez montrer le bon exemple et vous comporter correctement. C’est pourquoi, nous avons pris cette initiative en créant Betaalme.nu (Payez-moi maintenant). De plus en plus d’acteurs y prennent part et c’est une bonne chose. Ce serait formidable si Betaalme.nu pouvait s’étendre au niveau européen. Nous n’y sommes pas encore, mais nous continuons nos efforts dans ce sens.’’

Bravo au Schiphol Group

En ce qui nous concerne, voici une citation qui nous pousse à la réflexion. Surtout au sein du secteur du voyage. Betaalme.nu regroupe des grandes entreprises qui prennent leurs responsabilités vis-à-vis des petites et moyennes entreprises qui les fournissent. Nous avons consulté le site web : des entreprises comme Heineken, Unilever, Shell et Philips montrent l’exemple. Nous avons repéré un seul grand acteur du secteur du voyage : Schipol Group. Ces derniers jours, l’aéroport d’Amsterdam est sous le feu des critiques suite aux problèmes dus à une panne de courant. Un peu de bienveillance peut être accordée à une entreprise qui a adhéré à cette initiative louable.

Un appel à suivre cette initiative !

Nous espérons que quelques grands acteurs de l’industrie du voyage au Benelux vont examiner leurs délais de paiement et y réfléchir également : avec un délai trois fois plus long que 30 jours, vous jouez de facto le rôle de banque pour vos propres fournisseurs. Ce n’est pas juste. Un tel comportement sape la rentabilité de la chaîne. Dire plus tard qu’un des ‘’maillons faibles’’ s’est rompu, ce n’est pas tout à fait honnête ou pas honnête du tout, c’est selon. Et je sais que les aéroports font partie des acteurs les plus rentables du secteur. Mais ce ne peut pas être une excuse dans ce cas pour ne pas suivre l’exemple du Schipol Group.

 

02-05-18 - par Jan Peeters