"Un million de packages vacances perdus en cinq ans: crise ou changement du comportement des consommateurs?"

Jusqu'en 2008, tout allait bien avec les packages vacances. Pourtant, la " fin du concept package" a été annoncée depuis des années. A partir de 2009, le scénario apocalyptique semblait se réaliser: les résultats des tour-opérateurs unis dans l’ABTO reçoivent chaque année des coups. Cela paraît assez fou mais tout le monde a pointé l’effet de la crise du doigt, et pas un éventuel changement  du comportement des consommateurs. Eh bien, qu’en est-il maintenant avec ces packages vacances? Un aperçu et une tentative d'analyse.

Pendant cette période de l'année, c’était très amusant d’être le membre du conseil de l’administration au sein de l’ABTO ... en 2007 et 2008. Le secteur du tourisme a pu présenter  pendant deux années de suite d’absolues années record. Et puis vint la crise financière, suivie d'une crise économique prolongée. Les troubles politiques, un sentiment général d'insécurité, menace de guerre dans divers endroits dans le monde, les messages inquiétants sur le réchauffement climatique, fermetures de sociétés et réorganisations spectaculaires: depuis  2009, il est un peu plus difficile de voir la vie de façon optimiste. Prenons le temps d’analyser année par année quelques-uns des résultats de l’ABTO  année par année.``

En 2009, les résultats ont reçu un premier coup violent: le nombre de packages vacances vendus par les tour-opérateurs de l’ABTO a diminué de 6% par rapport à l’année précédente, et est arrivé à 3.270.000. La cause principale qui a été donnée : "l'impact mondial de la crise financière."

En 2011, ce résultat est descendu encore plus bas, à 3.048.867 de vacances. La crise financière - économique, la longue formation du gouvernement, la crise de la dette en Europe et le danger que la Belgique pourrait être la prochaine victime des caprices des marchés internationaux.

En 2012, on a indiqué comme cause l'incertitude économique et politique, et pour la première fois le terme "faible confiance des consommateurs"  est apparu, pour expliquer la diminution supplémentaire de  packages vacances à 2.903.333.

En 2013, le nombre de packages vacances vendus est descendu à un chiffre carrément alarmant de 2.512.453. Entre 2008 et 2013, le secteur classique a ainsi perdu un petit million de packages vacances.
Un petit million de vacanciers. Qui pense que ceci est seulement dû  aux facteurs énumérés ci-dessus, ne voit pas la vérité.
Les compagnies low-cost ont en, évidemment, attiré une partie. Les phénomènes tels que les agences de voyage en ligne et les sites de réservation d'hôtels ont eu, sans aucun doute, un grand effet sur les résultats, surtout dans le segment des vacances en voiture et les citytrips. Beaucoup de consommateurs ont jugé utile et amusant de mettre chaque puzzle de leurs vacances ensemble. Ce type de vacances n’est pas inclus dans les chiffres de l’ABTO. Certains acteurs de taille moyenne ont fait faillite, mais, en principe, il y a eu assez d’offre sur le marché pour pouvoir récupérer ces clients. Quod non.

Face à ces chiffres alarmants se trouve, assez paradoxalement, un parcours sans faute de l'industrie du voyage organisé en ce temps de calamités. Qui pense aujourd'hui encore à la période du nuage de cendres, ou au rapatriement des passagers en cas de catastrophes naturelles ou au printemps arabe? C’étaient  à chaque fois un tour de force organisé, avec un impact opérationnel, humain et financier énorme. De nombreux collègues regardent en arrière  ces moments-là, et constatent que le consommateur  oublie rapidement et a du mal à cadrer les efforts rendus par l’industrie du voyage organisé. On devient cynique, même pour moins que ça.

Cependant, on est loin de faire une croix sur le package vacances. Les grands tour-opérateurs ont découvert la notion de "vacances uniques ", personnalisées pour les différents groupes cibles et qui se trouvent dans la phase de développement et de perfectionnement. La qualité des produits à la carte devient meilleure, la perception de l'élément devient de plus en plus importante.

Les tour-opérateurs et les agents de voyages sont de plus en plus en plus ouverts aux nouveaux produits,  nouveaux outils pour communiquer avec leurs clients, pour surprendre leurs clients, et pour rester en contact avec leurs clients pendant leur voyage, ainsi que pour les aider autant que possible. Cette évolution est encore en cours et c’est une très bonne chose.
La semaine prochaine, nous saurons quelle direction cette dernière prendra cette année et nous pourrons commencer les premières prévisions pour 2015 avec prudence: l'année où l’évolution négative arrive à sa fin? L'année où le secteur gagnera la bataille des réservations anticipées, pour alors de nouveau progresser de manière plus lente? Ou vraiment l'année du revirement où l’industrie du voyage organisé se remet en forme avec certes moins de clients potentiels qu’auparavant?

Vous connaissez mon point de vue: je suis convaincu que l’ABTO et les autres associations professionnelles doivent bien une fois rafraîchir leurs maisons respectives, ouvrir bien grand les fenêtres et les portes et s’asseoir urgemment à table avec un certain nombre de nouveaux acteurs. Pas pour cocher qui de ces novices ne remplit pas les anciennes conditions, mais bien pour peut-être réformer tous ensemble de manière approfondie le terrain et les règles du jeu. Dans l'intérêt de tout le monde. Enfin, au sein de l’ABTO, les membres ont appris à vivre avec leurs plus grands concurrents côte à côte, il y a même des belles initiatives qui sont nées de ce club hyperconcurrentiel. Pourquoi ne pas inviter les "New Kids on the Block" à rejoindre le club?

21-01-15 - par Jan Peeters