Des mots qui ont un sens

Reservation Blues

Depuis le début de ce long et chaud été 2018, les prévisions météo ont été bien meilleures que celles des entreprises de voyages concernant leurs activités. Les clients ont parfaitement su à partir de juin et jusque fin septembre quel temps il allait faire. Ces prévisions pouvaient être résumées en 3 points : beaucoup de soleil, températures élevées et peu ou pas de précipitations significatives. 

Une alternative très attractive

Ce phénomène a eu pour conséquence de mettre sous pression les vacances en avion destination ‘’mer, plage, soleil’’. Les acteurs avec des contrats de garantie en matière d’hébergement et/ou de transport ont dû faire des pieds et des mains pour inciter le consommateur à réserver. Ce fut difficile et c’est logique  car l’alternative pour le consommateur était particulièrement attractive : passer des vacances plus avantageuses chez soi ou sans quitter le pays et sans que la météo ne soit un obstacle. Les températures très élevées sur certaines destinations ont même eu un effet dissuasif.

La notion de durabilité continue sa progression

La durabilité a été reprise maintes fois dans les médias et à juste titre. La chaleur et la sécheresse qui en a résulté ont été le thème de nombreux articles et de nombreuses émissions sur le réchauffement climatique. Pendant les trois mois d’été, la prise de conscience du consommateur vis-à-vis des voyages durables a grimpé en flèche au fur et à mesure que les températures augmentaient. Une chose est maintenant de plus en plus claire pour les principaux acteurs dont la durabilité n’était pas en tête de liste des actions à mener : le consommateur va devenir un aiguillon pour nous rappeler de tenir compte du P de planète dans tout ce que nous entreprenons.

Un autre prix que le prix de la peur

Nous devons bien admettre qu’en la matière le consommateur n’est pas  toujours très cohérent dans ses choix. De même qu’il existe un ‘’prix de la peur’’ en période d’attentats et de menace terroriste (sous un certain niveau de prix, le consommateur est prêt à surmonter cette peur), il existe aussi un ‘’prix de la négation climatique’’ : une grande proportion de clients continue à accueillir à bras ouverts les prix plancher des vols des compagnies low cost.

Et si …?

Nous avons cependant pu constater une inquiétude grandissante lors de différents événements et de conversations avec des acteurs du secteur. Un nouveau scénario vient de s’ajouter à la liste des autres scénarios catastrophe : et si on annonçait à l’approche de l’été 2019 une nouvelle saison estivale aussi chaude que la précédente ? Et si le climat se modifiait plus vite que prévu et que  les étés chauds deviennent la norme en Europe de l’ouest ? Et si la combinaison de la sensibilisation au réchauffement climatique et au surtourisme se traduisait par un changement radical dans le comportement du consommateur ? Dans ce cas, de nombreux business models qui semblaient encore récemment intouchables seraient soudainement plongés en pleine tourmente. 

Un concept Travel360°: Reservation Blues

Il ressort de nombreuses conversations avec des professionnels du tourisme que la première vague de réservation pour l’été 2019 est plutôt laborieuse. Les premiers chiffres ne sont pas très optimistes, excepté chez les véritables acteurs de niche. En recherchant un mot ou une expression pour résumer l’ambiance qui prévaut chez les offreurs de vacances ‘’mer, plage et soleil’’ à l’étranger, nous avons pensé à ‘’Reservation Blues’’. Ne vous étonnez pas si vous ne l’avez pas encore entendu, il n’existe pas, nous venons de l’inventer. Une définition possible (et toute aussi récente) pourrait être celle-ci : ‘’Le contraire d’une envie de réservation (qui crée un pic de réservation). Un sentiment généralisé chez les consommateurs qui ne les incite pas à prendre une décision concernant les vacances classiques en avion à l’étranger, faute d’arguments à la fois urgents et motivants.’’

Un nouveau concept, un nouveau phénomène, de nouvelles réponses ?

Reservation blues : une expression et un phénomène que nous n’avons jamais rencontré pendant notre carrière dans le tourisme. Nous avons traversé bien des crises et des périodes économiquement difficiles, mais pas encore affronté cette situation. Une nouvelle réalité qui appelle à développer de nouveaux arguments qui mettent l’accent sur les bienfaits des vacances dans un autre pays et de la découverte d’une autre culture dans un environnement totalement différent. Et peut-être devons-nous maintenant vraiment nous atteler à formuler des réponses aux questions du consommateur en matière de durabilité. Des réponses cohérentes et crédibles. Car une période de Reservation blues peut être temporaire, mais ses causes peuvent être plus profondes que la météo estivale. Nous devons absolument en prendre conscience pour continuer à pouvoir compter sur des business models et des entreprises qui réussissent dans le secteur.

 

 

03-12-18 - par Jan Peeters