Restrictions de voyages en Tunisie

Confusion européenne

Le conseil de voyage négatif pour la Tunisie dure maintenant depuis plus d’un an et demi. En juin 2015, 38 touristes étaient abattus sur la plage de Sousse par un terroriste de l’EI. L’état d’urgence a été déclaré dans le pays le 24 novembre 2015 suite à l’attentat d’un kamikaze à bord d’un bus de la garde présidentielle. Cet état d’urgence a été plusieurs fois prolongé, encore récemment le 19 octobre 2016 pour une période de trois mois.

Aujourd’hui, la situation au plan européen est assez hallucinante concernant la Tunisie. Des pays comme l’Allemagne, la France, l’Espagne et la Suède ne donnent pas de conseil de voyage négatif à leurs ressortissants. Le Royaume-Uni, l’Irlande, les Pays-Bas et la Belgique estiment par contre que la situation n’est pas assez sûre. Tout bien considéré, cela signifie qu’un Français ou un Suédois pourrait se rendre officiellement dans un pays sûr et qu’un Belge ou un Néerlandais se rendrait dans un territoire dangereux. Et on parle pourtant à chaque fois de la même destination, la Tunisie.

Les conseils de voyage négatifs des différents pays font référence aux attentats du Musée du Bardo, de la plage de Sousse et à Port El Kantaoui. Il s’agit d’événements qui ont eu lieu il y a plus d’un an.

Les autorités confirment aux Pays-Bas et en Belgique que les conseils de voyage sont une responsabilité nationale. C’est donc à chaque pays européen de décider, sur la base des informations disponibles, si voyager vers tel ou tel pays est sûr ou non.  

Pouvons-nous poser une question peut-être embarrassante ? La Tunisie est une ancienne colonie française. Les liens entre ces deux pays existent depuis toujours et restent privilégiés. Est-il donc impensable de supposer que le gouvernement français dispose de davantage d’informations et soit mieux renseigné que les gouvernements de nos deux pays ? Est-il si étrange de penser que si la France n’émet pas de conseil négatif – même dans le contexte des attentats de Paris et de Nice – elle le fasse en toute connaissance de cause ? Les ambassades belge, néerlandaise et britannique disposent-elles d’informations de première main qu’elles ne veulent apparemment pas partager avec des pays comme la France, l’Espagne ou l’Allemagne ?

La Tunisie a pris des mesures exemplaires en matière de sécurité au cours des dernières années, notamment en collaboration avec la France et la Grande-Bretagne. Les hôtels ont été obligés d’investir sur ce point et la vigilance militaire a été considérablement revue à la hausse.

D’accord, un littoral de 1.200 km ne peut être entièrement protégé. Mais les hauts-lieux touristiques tunisiens, si. D’ailleurs, de grandes villes comme Bruxelles, Paris, Amsterdam et Londres avec leurs millions d’habitants ne peuvent pas être hermétiquement fermées. Il semble que la Belgique et les Pays-Bas adoptent en ce qui concerne leurs conseils de voyage la position ‘mieux vaut prévenir que guérir’. Ce qui est toujours un choix confortable.

 Ce serait davantage crédible si les différents pays européens étaient cohérents dans leurs conseils de voyage. Mais une solution intermédiaire temporaire est possible pour la Belgique et les Pays-Bas : pourquoi ne pas assouplir leur position vis-à-vis de Djerba ? Cette destination en tant que presqu’île est plus aisée à sécuriser que le reste de la Tunisie. Et elle représenterait un bon test pour les tour-opérateurs afin d’établir un planning de vols à relatif court terme pour la saison d’été.

Au fait, Tunisair continue à desservir la Tunisie. Mais suite à la demande actuelle de vols domestiques et d’affaires plus forte que l’offre, les prix sont particulièrement élevés. Les Tunisiens qui travaillent à l’étranger et qui veulent rendre visite à leur famille en subissent donc également les conséquences.

07-11-16 - par Jan Peeters