Retour sur 3 semaines folles

62 Agences Neckermann

Everybody thought it was impossible. Then some man came along, who did not know it was considered impossible. So he just did it”. C’est une des nombreuses citations attribuées à Mark Twain. Et elle s’applique aux évolutions récentes concernant Thomas Cook Belgium. Sauf que ce n’était pas un homme, mais une équipe de professionnels. Et ils l’ont fait. Voici le compte-rendu de 3 semaines éprouvantes pour les nerfs et qui ont abouti à la reprise de 62 agences de voyages Neckermann.

23/09: la bombe explose

Petit retour tout d’abord sur la dernière semaine de septembre. Au petit matin du lundi 23/09, la nouvelle tombait : Thomas Cook PLC avait demandé sa mise en faillite. Le personnel belge avait été convoqué dans la journée de lundi à Gand pour recevoir la confirmation de la nouvelle qui avait fait le tour du monde. Mais le CEO Jan Dekeyser avait fait cette déclaration marquante lors de cette réunion : ‘’aussi longtemps qu’il y a un pourcent de chance de trouver une solution, nous allons tout faire pour la saisir.’’

25/09: la Belgique tente le coup

Cette chance de 1% - et même plus - était là et bien là comme cela s’est révélé dans les jours qui ont suivi. La direction belge a pu confirmer le mercredi 25/09 aux 510 collaborateurs qu’ils allaient recevoir leur salaire et que ce n’était pas encore la fin. Objectif : positionner la chaîne de retail Thomas Cook/Neckermann comme une unité indépendante en sauvant le plus possible d’emplois. Je me suis incliné à ce moment devant ce tour de force.

J’ai été aussi un des seuls à être optimiste sur la viabilité de cette initiative. Et j’ai avancé trois raisons.

La première : la machine de distribution Thomas Cook/Neckermann est bien huilée et les employés sont efficaces. Au cours des dernières années, la CEO Jan Dekeyser avait compris que les agences Neckermann pouvaient vendre bien plus que des produits Neckermann uniquement. Pegase, Club Med et les produits de quelques TO de niche ont été intégrés dans la gamme. Avec succès.

La deuxième : la disponibilité soudaine d’une chaîne d’agences de voyages avec une couverture nationale : cela a éveillé tout de suite l’intérêt de différents acteurs étrangers.

La troisième : la disponibilité de capitaux d’investissement à risque. Des investisseurs attendaient depuis un certain temps des proies à croquer dans le monde du voyage et celle-ci était tentante.

Le titre de l’article de Travel360° qui défendait cette approche était : ‘’La force de 1% d’espoir’’.

27/09: nous avons besoin de 5 millions d’euros et vite

Le vendredi 27, l’équipe de Jan Dekeyser a annoncé qu’il fallait 5 millions d’euros à très court terme pour le maintien de l’activité de l’entreprise et de ses 500 collaborateurs dans les semaines et les mois à venir. Ces 5 millions devaient être trouvés en quelques jours.

27/09: un appel d’Espagne

Le même jour, le 27/09, un appel a été reçu d’un acteur qui était sur la short list de TC Belgium : Wamos, un groupe espagnol qui a connu une belle croissance ces 5 dernières années pour devenir une solide entreprise de tourisme avec un bilan positif.

28/09: l’Espagne rend une petite visite

Le 28/09, un représentant de l’actionnaire principal de Wamos, Springwater Capital, a atterri à Brussels Airport pour entamer le dialogue en vue d’une reprise éventuelle des activités de retail de Thomas Cook Belgium. La base était ‘’un mémo d’une page’’ que la direction de Thomas Cook Belgium avait envoyé à différents candidats potentiels avec une ébauche de plan d’avenir.

Un problème : les 5 millions d’euros devaient être sur la table le 30/09. Cela signifiait que Wamos avait seulement 24 h pour un premier examen comptable. C’était beaucoup trop court pour pouvoir prendre une décision responsable.   

30/09: Jour limite  – trop tôt

Résultat : le délai des 5 millions n’était pas tenable avec comme conséquence une demande de mise en faillite. En interne, l’équipe de négociateurs savait qu’elle avait été très proche d’un accord, mais le temps manquait. La prise était débranchée.

Nous écrivions le 1eroctobre : ‘’Il y avait de l’intérêt pour Thomas Cook Belgium. Des tour-opérateurs et de grandes chaînes hôtelières étaient même prêts à jouer un rôle pendant la période de transition. Et il y avait un intérêt concret pour l’ensemble et les parties. Et cet intérêt subsiste. Mais le délai était trop court. (…) Un scénario dans lequel un certain nombre d’agences serait vendu à un prix presque symbolique n’est cependant pas à exclure.’’

Nous avons finalement eu raison, mais ce n’est pas là l’essentiel. Pendant ces journées difficiles, tout le monde a continué à bosser à fond. Des réunions discrètes se sont ainsi tenues, entre autres, au domicile de Mark Dewael.

01/10 – 05/10: période de ‘’due diligence’’

Le représentant de Springwater Capital est resté en Belgique et du renfort est venu d’Espagne : des comptables, des juristes et des membres de la direction de Wamos ont procédé à une vérification des comptes rapide, mais approfondie. Et les équipes belges et espagnoles ont travaillé jour et nuit.

05/10 – 09/10: tout à l’air en ordre, parlons-en aux partenaires

Les résultats de cet examen comptable en quelques mots selon les Espagnols : au-delà de toutes leurs attentes. Lorsqu’il est apparu que tout semblait OK, les fournisseurs potentiels ont été contactés. Pegase et Club Med sont restés à bord, rejoints par un autre acteur, Corendon, le tour-opérateur d’un autre fonds d’investissement, Triton. Corendon serait le lien stratégique qui donnerait un coup d’accélérateur sur le marché belge. Vous en saurez plus demain dans une édition de Studio360°, le canal vidéo de Travel360°.

11/10 : Yes!

Vendredi matin 11 octobre, deux top managers de Wamos sont arrivés à Bruxelles. Ils se sont rendus dans un centre commercial à Tielt-Winge où se trouve une agence de voyages Neckermann flambant neuve. L’endroit parfait pour une annonce historique sur une décision stratégique en matière de travel retail : Wamos reprenait 62 agences Neckermann et 200 employés.

21/10 : c’est parti.

Le lundi 21 octobre, les 62 agences sous la marque Neckermann ouvriront leurs portes. Elles seront totalement opérationnelles, avec de bons produits et un personnel motivé. La chance de 1% a été saisie.

Mais ce n’est pas tout !

Il y a encore tant de choses à raconter sur ces "3 semaines de dingue". Sur la stratégie d’avenir, sur le rôle des médias, sur les personnes derrière cette histoire… Nous y reviendrons dans les prochains jours.

13-10-19 - par Jan Peeters