1,3 Milliard €, 200 Millions de Pax

Ryanair imbattable ?

Si je suis sincère, je dois alors l’avouer : je ne comprends pas. Depuis des années. Je ne comprends pas que Ryanair réussisse année après année à croître plus vite que le marché, à voler moins cher que les autres et en même temps à gagner plus d’argent que quiconque. Et je ne suis sans doute pas le seul à ne rien y comprendre : à chaque congrès aérien, la plupart sans citer explicitement son nom, on parle du phénomène Ryanair. Mais personne ne semble connaître la recette magique.

La fête dure maintenant depuis des années. Retour en 2014 : Ryanair annonçait alors fièrement qu’ils avaient transporté 81,7 millions de clients, qu’ils s’attendaient à atteindre les 89 millions en 2016 et ils prévoyaient également une croissance à 112 millions de clients en 2019.

Voici le slide de leur présentation officielle des résultats annuels 2013/2014. Au fait, le bénéfice après impôts était de 523 millions d’euros.

 

La semaine dernière, la compagnie a annoncé les résultats annuels 2016/017. Le pronostic des trois dernières années a été largement dépassé : la compagnie a transporté 120 millions de clients en 2016. Ils ont donc plus de trois ans d’avance sur leurs ambitions affichées en 2014.

 Voici le slide de leur présentation officielle des résultats annuels 2016/2017. Cette fois, la bénéfice avant impôts était de 1,3 milliard d’euros.

Conclusion : ils ont un truc et ils l’appliquent à la perfection. Ce que je ne comprends pas : comment se fait-il qu’aucune autre compagnie ne réussisse à avoir ce même truc et à l’appliquer aussi à la perfection ? Il ne s’agit pas ici de choses difficilement copiables comme de l’art ou du football. Vous pouvez acheter une équipe championne avec un énorme budget, mais aucune qutre équipe ne peut copier exactement le jeu du FC Barcelone. Il en va autrement dans le monde des affaires : les copycats existent quasiment dans tous les business.

Sauf dans l’industrie du transport aérien.

Nous connaissons la critique : Ryanair bénéficie sur la plupart des aéroports de solides réductions. Cela fonctionne plus que probablement. Mais il existe de nombreuses compagnies sur de nombreux aéroports dans le monde qui n’utilisent pas suffisamment leur position de négociation. Ryanair sait comment mettre les fournisseurs sous pression. Ici aussi la règle est valable : chaque compagnie avec une certaine envergure peut exercer la même pression. Posez une fois la question dans les entreprises de maintenance. Si vous deviez croire les rumeurs sur les conditions de travail inhumaines, une entreprise avec de tels chiffres de croissance ne pourrait jamais engager suffisamment de personnel dans une économie et un marché de l’emploi attractif. Pourtant, des gens choisissent chaque jour de faire carrière chez Ryanair. Encore une autre critique maintes fois entendue : ils ne mettent qu’une certaine partie de leurs sièges à des prix ultra bon marché. Comme ma fille de 14 ans pourrait le dire : ‘’sans blague ?’’. Cela s’appelle du yielding intelligent et en principe toutes les compagnies le connaissent.

Et pourtant, personne ne réussit à copier la recette de la potion magique.

Puis-je encore être sincère ? Lorsqu’ils ont lancé leur programme ‘’Always Getting Better’’ avec des procédures d’enregistrement prioritaire, de possibilité de sélectionner un siège et même un programme pour les voyageurs d’affaires, je pensais qu’ils pourraient sortir de la route. Comme un CEO d’une compagnie aérienne me l’a confirmé récemment : ‘’Ryanair est devenu grand en s’en tenant à ses règles d’or : vous bénéficiez du degré zéro de service, mais vous le payez quand même un peu.’’ L’introduction d’une gamme de service – sans doute supérieur/totalement payant me semble une vaste blague. Car c’est toujours un risque si vous modifié et édulcorez un concept qui gagne.

 

Mais cela leur réussit. Les chiffres le prouvent.

L’entreprise est apparemment prête pour l’étape suivante : la réservation de vols Ryanair connectés et un rôle de feeder sur les vols long-courrier d’Aer Lingus, Norwegian et Air Europa. En ce qui concerne cette dernière : permettez-moi pour une fois d’être fier sans la moindre honte. De bomber le torse et de me trouver un commentateur incroyable. Le 24 septembre 2014, j’ai en effet publié un article où je prédisais l’un et l’autre. Le 3 septembre 2015, j’y suis revenu – déjà – triomphant dans l’article ‘’Ryanair next step : codesharing of feeder ?’’. Nous sommes maintenant trois ans plus tard et la prédiction s’est accomplie. (Fin des louanges et de l’auto-consécration, promis juré).

Voici le schéma de route que Ryanair a annoncé via Madrid. Dites : qui aurait cru cela possible dix ans auparavant ?

 

 

Cette fois encore, nombreux seront ceux prêts à critiquer et vont prédire que c’est ‘’impossible’’. Le fait est que Ryanair dépasse depuis des années ses propres prédictions et qu’en plus de sa flotte actuelle de 427 Boeings, l’entreprise a lancé un ordre d’achat de 230 nouveaux appareils. Le chiffre de 200 millions de passagers en 2024 n’est donc pas si fou que cela.

Je tire deux enseignements de la success-story de Ryanair. Le premier : même un concept indéboulonnable peut être adapté, si vous y avez bien réfléchi. Le second : ne dites jamais que c’est impossible. Car dans cette époque étonnante, rien ne semble impossible. “The world stands aside to let anyone pass who knows where he is going. “ (Citation de david Starr Jordan, 1851 – 1931).

31-05-17 - par Jan Peeters