Ryanair sauve Niki

Un nouveau drame lauda evité

Nous avons exprimé nos doutes depuis le début des rumeurs concernant la reprise de l’ex-marque Niki d’Air Berlin sur la transparence, le véritable agenda et le sens des réalités de cette initiative. Dans un premier temps, il était clair que l’intervention de Niki Lauda en vue de reprendre son ex-compagnie aérienne était en grande partie inspirée par des enjeux politiques. Des politiciens autrichiens enthousiastes juste après les élections : désolé, mais nous ne sommes pas aussi naïfs pour tomber dans le panneau.

Des rumeurs persistantes ont vite circulé en Autriche et en Allemagne sur le fait que Niki Lauda avait poussé le bouchon un peu trop loin. 50 millions d’euros était un prix raisonnable, mais le capital privé de Lauda ne laissait pas de marge pour des investissements supplémentaires. Condor avait négocié dans un contrat la capacité de 5 et ensuite de 7 appareils ainsi qu’un deal sur l’entretien des autres appareils. La capacité actuelle devait être proposée sur le marché par la nouvelle compagnie aérienne Laudamotion, mais il est vite apparu qu’elle était confrontée à un gigantesque problème de trésorerie.

Le respect pour l’ancien champion de Formule 1 reste quasi intact et personne ne veut attaquer un monument. Mais des articles dans la presse allemande ont alors fait état du chaos en interne, de l’incertitude au sujet de la disponibilité des différents appareils et du volume des slots récupérés.   

Niki Lauda s’est senti coincé dans les cordes et craignait, selon les observateurs, un crash de ‘’sa’’ nouvelle compagnie aérienne pour la fin mars. Eurowings, pris de vitesse par Lauda dans la reprise de Niki, a commencé, comme toute équipe de foot allemande qui a l’avantage, par gagner du temps.

Le moment était venu pour le stratège Michael O’Leary de frapper un grand coup. Ce fut une surprise pour quasiment tout le monde, même pour nous, quand Niki Lauda a annoncé fin mars lors d’une conférence de presse que Ryanair pouvait entrer comme investisseur pour près de 25% et comme  actionnaire principal potentiel pour les 75% restants à l’avenir. Prix de la première phase : 50 millions d’euros ‘’en tant qu’investissement pour garantir l’avenir’’. Le prix payé par Niki Lauda quelques mois plus tôt pour la reprise : 50 millions d’euros. Conclusion : Laudamotion et la pension de Niki Lauda sont assurées pour l’instant. A noter que juste après cette nouvelle phase, Eurowings (donc Lufthansa) a confirmé qu’elle allait louer 5 appareils + les équipages  jusque fin mai.

La grande question qui se pose : pourquoi Ryanair entre maintenant dans la danse ? Réponse : c’est le bon moment. Après la victoire de Peter Sagan à Paris-Roubaix, nous en avons eu encore une fois la preuve. Il s’agit de miser sur sa  force de frappe au bon moment si vous voulez gagner une course d’une telle intensité. Ryanair dispose de la force de frappe financière et a choisi avec maestria le moment de frapper : lorsque Laudamotion était dos au mur.

Coup de poker et anticipation : avec cette décision, Ryanair franchi un cap historique. L’entreprise sauve dans le temps additionnel sa position sur le marché allemand, c’est clair. Laudamotion pourrait devenir un laboratoire de Ryanair pour sortir de son core business. Un premier pas du low-coster vers un modèle plus hybride ? L’avenir nous le dira.

Il est aussi intéressant de suivre de près la position de Condor. La compagnie aérienne dit actuellement qu’elle ne va rien changer en ce qui la concerne à court terme. Mais, un partenaire qui au dernier moment effectue un tour de passe-passe pour qu’un acteur comme Ryanair fasse son entrée à l’improviste… Les poids lourds de Condor Christopher Debus et Ralf Teckentrup vont devoir se pencher sérieusement sur la question. Fire in the German Sky ? Hell, yes !

10-04-18 - par Jan Peeters