Ryanair à la sauce Aldi

Pour de vrai!

La comparaison entre Ryanair et Aldi a été souvent faite dans le passé. C’était la plupart du temps une association sommaire basée sur la stratégie discount des deux entreprises. Ryanair a annoncé récemment clairement la couleur : la compagnie opte pour un positionnement plus large dans lequel l’offre de ses propres vols sera complétée par des sièges chez ses concurrents… et des forfaits vacances complets. Cette fois, cela devient très sérieux.

Destinations de vacances long et moyen-courrier et citytrips. Vols connectés avec enregistrement des bagages de soute, des sièges qui peuvent être réservés chez d’autres compagnies via Ryanair : Ryanair choisit une combinaison de l’approche discount d’Aldi et de la gamme de produits en ligne d’Amazon avec des technologies de réservation conviviales et une protection complète des consommateurs.

C’est pour le moins un come-back marquant de la compagnie low cost dans le paysage des vacances dans son ensemble. Par le passé, Ryanair avait déjà effectué quelques pas dans le but de devenir un fournisseur de vacances. En décembre 2016, ‘’Ryanair Holidays’’ a vu le jour et c’était l’agent de voyages en ligne espagnol Logitravel qui fournissait les éléments de base et la technologie. Après deux mois, Ryanair a stoppé cette activité à cause d’un problème bien de notre temps : des ‘’gratteurs d’écran’’ ont copié le contenu. Ryanair Holidays a de nouveau été lancée en mars 2017, cette fois avec des partenaires allemands : HLX Touritic et Peakwork.

(Pour les amateurs : HLX Touristic est la marque de l’ancienne compagnie aérienne Hapag Lloyd Express et a été créée par l’ancien fondateur de L’TUR, Karlheinz Kögel. En Allemagne, cet homme est considéré comme l’inventeur des voyages last minute. Peakwork est une entreprise technologique de voyages avec à sa tête Ralf Usbeck, le précédent CEO d’Amadeus Leisure. Deux solides partenaires pour Ryanair.)

Il semble donc que la compagnie Ryanair soit résolue à se constituer une place importante dans la vente de voyages. Les forfaits vacances en sont un élément important : l’entreprise veut, conformément à son indéfectible ambition, devenir ‘’l’Amazon et l’Aldi du secteur’’, proposer une offre de forfaits complets qui tienne la route sur le marché. Si cela fonctionne, la donne risque de changer. Ryanair transporte 130 million de passagers sur base annuelle. Son Chief Marketing Officer Kenny Jacobs : ‘’Imaginez que nous puissions convaincre ne fut-ce qu’un petit pourcentage de ces clients de réserver leurs vacances au soleil via Ryanair, ce serait une success-story au plan financier.’’

Ryanair a annoncé dans le même temps qu’elle offre pour la première fois de son histoire des vols connectés avec enregistrement des bagages de soute. C’est aussi du jamais vu pour le leader du marché low cost. Cela marque une distanciation historique par rapport aux règles de base de Ryanair. Le premier aéroport où cette formule sera testée est celui de Rome Fiumicino. Dans une première phase, le service sera uniquement offert s‘il y a un intervalle de 3 heures entre deux vols, mais Ryanair va vite l’étendre aux vols long-courrier d’Aer Lingus et Norwegian. C’est une conséquence logique du choix stratégique de ‘’feeder’’ de Ryanair.

Vous devez en prendre conscience : ils ont du culot à revendre. Ils sont tout à fait prêts à se planter plusieurs fois avant d’avoir atteint leur objectif. Les défis sont plus importants que jamais : le leader du marché low cost veut jouer un rôle en tant que ‘’réinventeur de réseau’’ et en même temps revendiquer une place en tant que fournisseur de vacances. Je ne voudrais pas sous-estimer leurs chances de réussir.

Au fait : il semble encore une fois que la mort des forfaits vacances ne soit pas pour demain. Un acteur comme Ryanair l’a également apparemment compris. Le consommateur a aujourd’hui plus de possibilités de choix que jamais, mais cela a aussi un effet inattendu : une forme de paralysie face à choix aussi vaste. Ne rayez donc pas trop tôt de la carte les forfaits vacances comme composante importante au sein de l’industrie du voyage.

12-04-17 - par Jan Peeters