Lowcost Group crash

Show me the money!

Juste avant de partir en vacances, nous avons donné notre opinion et exprimé le fond de notre pensée à propos de la faillite du Britse Lowcost Travel Group. Le timing du crash était pour le moins troublant : mi-juillet, littéralement à la veille de l’absolue haute-saison, il devait bien y avoir autre chose que les problèmes de ‘’Brexit, de concurrence et de terrorisme’’ avancés par le groupe.

Un mois plus tard, il apparaît en effet que c’est bien plus que cela dont il s’agit. Tout prouve que cette faillite est pour le moins louche et que quelques millions d’euros se sont évaporés dans la nature. Pouvons-nous pour une fois vous demander avec insistance de lire cet article jusque au bout et de vous arrêter un instant sur ce véritable cas d’école en matière de gestion d’entreprise fantomatique ? Car à une époque où de nombreux nouveaux acteurs débarquent sur le marché, il est utile de noter une constante dans la longue liste de ceux qui dépassent les limites : bien qu’elles apparaissent irréprochables de prime abord, il s’agit toujours de parties qui se moquent des règles de fair-play et de protection du consommateur en vigueur. Ce qui est valable pour le client doit aussi l’être pour tout intermédiaire et tout conseiller de voyage : faites uniquement des affaires avec des entreprises qui peuvent fournir des garanties fiables. Et ces garanties sont la plupart du temps attribuées par un organisme officiel agréé, souvent reconnaissables à un logo.

The Lowcost Travel Group n’était pas une petite entreprise, loin de là. Agent de voyage en ligne, banque de lits d’hôtels, activités de tour operating et des centaines de milliers de clients sur une base annuelle : encore une fois, une telle entreprise peut éventuellement aller dans le mur au coeur d’un hiver difficile pauvre en cash, mais normalement jamais à la mi-juillet.

A moins qu’il n’y ait autre chose. Et ce qui s’est passé avec le Lowcot Group devient chaque jour un peu plus clair. Les dernières estimations parlent d’une dette de près de 90 millions d’euros suite à la faillite. Nonante millions préjudiciables aux hôteliers, aux agents locaux, aux agents de voyage et surtout aux consommateurs qui avaient réservé en toute confiance leurs vacances.

Une comparaison pour estimer l’ampleur de ce crash. Au Royaume-Uni, les entreprises sérieuses disposent d’une garantie ATOL (Air Travel Organisers Licence) comparable au GFV, Le Fonds de Garantie Voyages ou à d’autres fonds de garantie. Au cours des douze derniers mois, ATOL a rapatrié 339 voyageurs, a remboursé intégralement le voyage de 795 consommateurs, le tout pour un montant global de 5,5 millions d’euros. Le crash de Lowcost est donc seize fois plus élevé avec quasiment aucune chance de récupérer ne fut-ce qu’une partie de ce montant.

Plus nous examinons cette affaire, plus l’histoire devient amère. Dans notre précédent article juste après les faits, nous avons effectué un calcul approximatif sur la base d’une estimation des acomptes encaissés. Nous écrivions il y a un mois : ‘’110.00 réservations pour les prochains mois, cela représente en principe 110.000 acomptes avec une majorité de séjours les plus chers de la saison. Faisons un petit calcul : si chacun des dossiers réservés est associé à un acompte de 250 Livres, cela signifie que Lowcost Travel Group aurait encaissé 27,5 millions de Livres pour les départs à venir.’’

La réalité semble dépasser nos plus sombres attentes. D’après les Conditions Générales, chaque client doit payer la totalité du voyage 84 jours avant le départ. Les réservations à partir de 84 jours avant le départ devaient donc remplir ces conditions. Cela signifie qu’au moment où l’entreprise a déposé le bilan – le 15 juillet – elle avait encaissé les montants des voyages des clients qui allaient partir jusqu’au 6 octobre. La haute-saison était donc finie. En tenant compte du fait que l’entreprise a également été très active en matière de last minutes, il est légitime d’affirmer que dans les semaines précédant le crash, les montants encaissés atteignaient un million d’euros par jour. Où sont ces millions ? Pas chez les hôteliers, vu que les plaintes s’ajoutent aux plaintes de jour en jour. Voilà une faillite qui se transforme en scandale à vitesse grand V.

C’est pourquoi, nous vous avons demandé de lire cet article jusqu’au bout. Car il y a plus d’une leçon à tirer pour chaque consommateur, mais surtout pour chaque professionnel de l’industrie du voyage : vérifiez avec qui vous faites des affaires. Ne croyez uniquement les belles paroles que si elles sont assorties de garanties et de preuves en béton. L’industrie du voyage organisé doit disposer d’un atout incontournable par rapport à tout autre acteur : nous jouons sincèrement et sérieusement le jeu. Si vous ne vérifiez pas l’intégrité de vos partenaires et de vos fournisseurs, vous portez un fameux coup de couteau dans ce contrat. Et cela ne mène pas qu’à votre propre perte, mais aussi à celle des autres. L’histoire du Low Cost Travel Group n’est pas finie. La seule certitude qu’ont les clients et les partenaires de cette entreprise aujourd’hui : l’argent s’est bel et bien envolé.  

10-08-16 - par Jan Peeters