Tendances non conventionnelles pour 2018

Prêtez-y attention!

Nous sommes en novembre et vous pouvez donc vous attendre à ce que votre boîte à messages soit bombardée de listes reprenant les ‘’grandes tendances du voyage pour 2018’’. La plupart sont inventées de toutes pièces, mais il existe aussi des listes vraiment intéressantes. Un avertissement préalable : la liste suivante reprenant des tendances non conventionnelles pour 2018 ne sort pas de mon imagination. Elle est plutôt très réaliste. Il s’agit d’évolutions dont nous devons tenir compte. Elles décrivent une réalité très terre à terre.

1. L’économie de l’expérience et ses conséquences

“Expérience’’ et vécu’’: ce sont des termes repris dans quasi toutes les présentations et que vous allez retrouver dans toutes les listes de tendances. Un grand problème cependant : ces termes sont peu à peu vidés de leur substance et ils pourraient bientôt ne plus vouloir dire grand-chose.

Le ‘’vécu’’ peut revêtir plusieurs formes : cela peut aller d’une simple balade à vélo en famille pendant des vacances all-in jusqu’à un trekking dans la forêt tropicale avec hébergement chez les populations locales.

Plus on ajoute de ‘’l’expérience’’ à un voyage, plus le tourisme aura de l’impact : expérience est souvent synonyme d’accès à la vie, à la culture et à l’environnement d’autres personnes. Cela signifie donc que l’expérience de l’un doit être supportée par le mode de vie des autres.

Avec l’intérêt croissant des composantes ‘’vécu’’ et ‘’expérience’’ dans l’activité touristique de très nombreux voyageurs, nous devrons en tant qu’industrie du voyage tenir compte bien plus qu’auparavant de cet impact tout aussi croissant lors du planning, de la préparation et du dédommagement des acteurs locaux. ‘’L’économie de l’expérience’’ doit en effet aussi se dérouler dans le plus grand respect de l’autre. Sur place.

 2. Surtourisme

Pendant des dizaines d’années, quasi toutes les destinations au monde ont fait le maximum pour attirer le plus possible de touristes. Sur certaines destinations, cela s’est tellement bien passé qu’elles se retrouvent maintenant dans de sales draps : le tourisme submerge à certains moments la vie quotidienne et le comportement des ‘’touristes-en-vacances’’ heurte parfois les habitudes des habitants.

Sincèrement : ces problèmes relativement négociables et gérables ont été parfois grossis dans les médias de façon irresponsable. Mais le coeur de de la problématique existe bel et bien. Il est cependant frappant de voir à quel point les volumes touristiques ont explosé depuis l’arrivée du ‘’tourisme individuel non organisé’’ : la combinaison des vols low cost, des sites de réservation et des offres privées d’hébergement local ont rendu les flux touristiques impossibles à pouvoir encore contrôler à certains endroits. Vous pouvez conclure des accords avec les tour-opérateurs, pas avec les consommateurs…

L’industrie du tourisme organisé doit donc faire attention à ne pas endosser l’entière responsabilité pour une tendance et un phénomène dont ils sont seulement ‘’coupables’’ en partie. D’où la place du surtourisme dans cette liste de tendances non conventionnelles.

3. Réclamations, plaintes et opérations de recouvrement

Il semble que la tendance des réclamations rapides sur la base de plaintes fondées ou non va s’intensifier en 2018. Des ‘’sociétés de plaintes’’ voient toujours le jour et elles vont continuer à inciter le consommateur à introduire l’une ou l’autre réclamation : en cas de retards de vols dont les montants sont connus, mais aussi pour des maladies imaginaires ou non et des interprétations de promesses qui paraissent non tenues

Il s’agit dans un nombre de cas croissant de consommateurs qui ont été contactés par ces sociétés pour se faire rembourser au moins une partie de leurs vacances. Récemment en Grande-Bretagne, un couple a été condamné à une peine de prison parce que leur exigence de remboursement était non seulement injustifiée, mais aussi considérée par le tribunal comme une véritable tentative de fraude.

Que ce soit clair : nous ne voulons pas délibérément emprunter une voie dangereuse d’où il soit difficile de sortir. Peut-être que le secteur du voyage devra devenir plus prudent en matière de descriptifs un peu trop lyriques. Les sites web et les brochures devront bénéficier d’une approche plus ‘’touristique’’ et moins axée sur le ‘’rêve’’. Le consommateur veut être séduit et être incité à rêver, mais dans le même temps il y a de la marge entre rêve et réalité. Pas facile de combiner les deux.

4. Peur de l’autre

Un des acquis les plus positifs de la croissance du tourisme au cours des 50 dernières années risque d’être mis à mal : le contact entre des personnes, des cultures et des modes de vie. Sans la percée du tourisme de masse, le monde serait un endroit méconnu. Les gens se rencontrent grâce au tourisme avec toutes les conséquences que cela implique. Mais soyons clair : elles sont positives dans la majorité des cas.

Cet impact positif est aujourd’hui en danger. La peur de l’autre grandit dans la société. Le terrorisme, la rhétorique de haine, la crise migratoire actuelle engendrent la méfiance et la peur vis-à-vis des ‘’étrangers’’. Et c’est une situation dangereuse.

C’est la peur de l’autre qui conduit les gouvernements, comme les Etats-Unis, à décider de mener des politiques restrictives sur les voyages, à accentuer les contrôles aux frontières de manière particulièrement stricte et à rendre évident pour chacun qu’il n’est pas nécessairement le bienvenu.

La peur de l’autre va à l’encontre de ce que le tourisme a pu créer. C’est une tendance et nous devons y faire attention.

5. Mais malgré tout…

Ces ‘’tendances non conventionnelles’’ sont peut-être un peu démoralisantes, cher lecteur. Mais sachez que malgré tout, de nombreux signaux sont au vert. L’économie reprend du poil de la bête, des générations entières de voyageurs potentiels arrivent sur le marché avec un regard neuf et les possibilités de voyager, de découvrir et de vivre des moments exceptionnels, petits ou grands, sont énormes.

N’hésitez pas à savourer les autres listes des tendances 2018 : elles sont pleines d’espoir et d’enthousiasme. Car le tourisme est encore et toujours un des plus beaux secteurs au monde. Hell, yes!

02-11-17 - par Jan Peeters