Sauvetage en vue

Thomas Cook Group

Thomas Cook Group est dans une situation difficile et ultra complexe, mais poursuit un seul objectif : survivre. Pour les professionnels de l’industrie du voyage, il est important aujourd’hui de différencier les slogans de la réalité. Notre point de vue : l’entreprise va survivre pour commencer progressivement à se construire une nouvelle vie avec Fosun comme actionnaire majoritaire. Nous vous expliquons pourquoi.

Un fait : il y a un accord

Et il a toute son importance. Toutes les parties qui ont dû prendre leurs responsabilités pour arriver à injecter un milliard d’euros dans Thomas Cook Group ont trouvé un accord. Ce n’est pas parce que c’est un accord compliqué qu’il n’y a pas d’accord. Un plan de sauvetage a été mis sur la table et il offre des garanties à court comme à long terme.

Les requins de la bourse sont de la partie

Quelques autres acteurs sont venus mettre des bâtons dans les roues. Et cela a eu une grande conséquence : suite à la persistance de signaux négatifs, le prix de l’action ne représente plus que quelques centimes. C’est une mauvaise chose pour tout le monde, mais cela fait partie du risque d’investir dans des actions. Il n’y a aucune garantie de succès et vous devez oser de temps à autres et pouvoir assumer en cas de perte.

Les requins du stock market ne raisonnent pas de cette façon. Leurs transactions sont si compliquées et si opaques qu’ils gagnent toujours en principe. Si ce n’est pas trop risqué, ils ne vont pas hésiter à faire éclater la bulle aussi longtemps qu’ils puissent s’en tirer sans trop de dommage après la catastrophe.

Certains fonds spéculatifs dits de levier et autres créditeurs avaient l’intention de voter contre le rééchelonnement de la dette et donc contre le plan de sauvetage. La raison ? Ce sont des créanciers et leurs créances sont calculées sous forme d’actions, à un prix d’entrée peu élevé. D’où leur nom de ‘’levier’’. Cependant, ces acteurs réassurent leurs propres risques contre un refus possible ou l’impossibilité de remboursement de l’emprunteur. Si la dette devait être totalement transformée en actions, ils ne pourraient pas faire appel à leur réassureur.

Thomas Cook: Chapitre 15 aux USA comme étape temporaire nécessaire.

Cette menace des fonds spéculatifs (américains) a incité Thomas Cook Group à prendre des contre-mesures. L’entreprise a demandé aux Etats-Unis une protection contre ses créanciers pour mettre ces requins hors-jeu. Il peut ainsi continuer à trouver une solution globale sous ce qui s’appelle aux Etats-Unis le Chapitre 15. 

Compliqué ? C’est le moins qu’on puisse dire. Je dois avouer que je préfère ne pas trop écrire d’articles sur des sujets complexes de nature technico-financière qui n’ont pas grand-chose à voir avec la vente de voyages…

It’s Detail Time

Il est très important de pouvoir estimer correctement la position de Thomas Cook Group. Dans ce type de situations, une recherche minutieuse et des nuances strictes sont essentielles. Il n’est vraiment pas utile de donner en ce moment un avis à tort et à travers sur ‘’ce qui pourrait se passer’’. Thomas Cook est en mode survie. Au cours des dernières années des CEO et des CFO ont dû partir, ses agences comptables ont pris la porte et on a nettoyé les écuries comme on pouvait. La direction actuelle peut seulement essayer de piloter le navire aussi bien et aussi vite que possible pour l’abriter dans le port de Fosun.

Fosun est le meneur de jeu

La situation évolue d’heure en heure et exige des nerfs d’acier de la direction de Thomas Cook et de leur armée de conseillers. Fosun joue également le premier rôle en coulisses. Fosun est un élément rassurant dans toute cette histoire. Les Chinois ont décidé de reprendre Thomas Cook pour ensuite l’intégrer dans leurs plus grands projets travel & leisure dont Club Med et Cirque du Soleil font déjà partie avec succès. Fosun a élaboré une stratégie à long terme ambitieuse et Thomas Cook a sa place dans cette vision.

Garder la foi

Soyons sincère : dans une telle situation, tout n’est que théorie. Nous pensons que Thomas Cook va survire à la réunion du 27 septembre lorsque l’on votera pour la réalisation du plan dans sa totalité. Cela signifiera que les actionnaires actuels verront leur investissement s’évaporer, que les fonds spéculatifs et les acteurs du même type auront comme toujours couvert leur risque par des réassureurs et que le business pourra continuer. Une prochaine étape sera sans doute de constituer une nouvelle équipe dirigeante qui mènera à bien la stratégie à long terme voulue par Fosun.

Mise à jour vendredi 20/09 – 10h

C’est le propre de chaque recapitalisation, il y toujours des renbondissements. Le jeudi 19/09, Thomas Cook a soudain été confronté à une nouvelle exigence : devoir encore mettre 200 millions d’euros sur la table comme garantie pour éviter les problèmes ‘’liés aux saisons (touristiques)’’. Royal Bank of Schotland devrait notamment réclamer une telle garantie supplémentaire pour, selon une source proche des négociations, des scénarios imprévus comme ‘’des ouragans, des attentats terroristes et autres.’’

Cette exigence de dernière minute n’est qu’un des nombreux obstacles que Thomas Cook rencontre sur le chemin de son sauvetage. Et tout le monde semble vouloir se couvrir à 200%. A suivre. 

19-09-19 - par Jan Peeters