Thomas Cook

Les Dernières Heures

Je commence à écrire cet article le dimanche 22 septembre à 16h, heure belge. Depuis 9h, heure anglaise, la direction de Thomas Cook Group est réunie avec ses principaux actionnaires et créanciers pour faire une dernière tentative en vue de savoir si l’opération de sauvetage peut avoir lieu. La grande question à ce moment : que va faire Fosun ?

Le coup de massue RBB

Cela a été la douche froide pour la ‘’rescue team’’ de Thomas Cook fin de semaine dernière : la Royal Bank of Schotland a exigé un complément de garantie de de plus de 220 millions d’euros (soit environ 20% de plus par rapport au montant total d’1 milliard d’euros) qui doit servir comme crédit back-up pour la saison d’hiver. Il s’agit de se protéger contre d’éventuelles circonstances exceptionnelles comme un ouragan dans les Caraïbes ou un attentat terroriste où que ce soit dans le monde.

Et l’Etat britannique ?

Cette exigence supplémentaire a rendu une opération déjà très complexe encore plus complexe. Attention : comme cela a été entendu à droite et à gauche, il ne s’agit pas de mettre 220 millions d’euros de plus sur la table. Ces 220 millions sont une garantie contre des événements imprévus. Une remarque : cela provient d’une banque qui lors de la crise bancaire a pu être sauvée avec l’argent de l’Etat. Il s’agissait alors, tenez-vous bien, de 45 milliards d’euros qui devaient être injectés dans la banque fin 2008. A ce moment, la rumeur prédisait que ce n’était qu’une question d’heures avant que la RBB ne fasse faillite. Il n’est donc pas illogique que fin de la semaine dernière Thomas Cook ait fait appel à l’Etat britannique pour garantir les fameux 220 millions.

Hôtel Les Orangers: clients TC ’pris en otages

Ce week-end, l’Hôtel Les Orangers d’Hammamet a aussi connu ses 5 minutes de célébrité. Un directeur d’hôtel qui semble avoir perdu la tête a décidé de bloquer ses clients Thomas Cook et d’exiger qu’ils paient à nouveau leur séjour sous peine de ne plus pouvoir partir. Cela a entraîné des scènes hallucinantes : un autocar Thomas Cook attendait devant la grille pour emmener les clients TC, mais elle était fermée et gardée par la sécurité de l’hôtel. Personne ne pouvait sortir. La direction de l’hôtel craignait de ne pas être payée ou très tard en cas de faillite éventuelle de Thomas Cook. Ce n’est évidemment pas une excuse pour séquestrer des vacanciers. C’est d’ailleurs une pratique qui, d’après moi, n’avait plus été appliquée depuis les années 80. Après quelques heures d’attente, les clients ont enfin pu rejoindre l’aéroport. Que chaque professionnel du voyage y réfléchisse à deux fois avant de décider de faire appel à un tel type d’hôtel…

La presse à sensation : incompétence criante ou mauvaise foi

A noter que même après que l’incident soit clos, des sites sont revenus à la charge les uns après les autres avec des ‘’Breaking News’’ sur cette prise d’otages. Et tout le monde a surenchéri ‘’sur ce qui allait se passer si vous avez réservé un voyage Thomas Cook’’. Nous allons faire court en trois phrases. Thomas Cook est un acteur au sein de l’industrie du voyage organisé. Les clients qui sont à l’étranger peuvent continuer leurs vacances ou seront rapatriés. Toute personne ayant réservé ses vacances sera remboursée ou un autre acteur lui fera une proposition alternative dans la mesure du possible. Point. 

Nous sommes maintenant dimanche soir 19h30. En Grande-Bretagne, les tabloids sont devenus fous. The Mirror montre une photo du CEO Fankhauser qui quitte les bureaux après la réunion. Seulement, ce n’est pas Fankhauser, mais le président Frank Meysman. Le journal à scandale commence à raconter des histoires sur ‘’des milliers de passagers abandonnés’’ et ce, alors que pendant toute la journée de dimanche et jusqu’à maintenant, des vols Thomas Cook ont décollé de tous les aéroports en Europe. Un seul retard en Turquie a été repris pour monter ‘’des passagers échoués dans l’aéroport’’. La presse à sensation dans toute sa splendeur, une honte.

La dette colossale : l’un entraîne l’autre

L’énorme dette de Thomas Cook est un problème, mais il était connu quand Fosun s’est présenté comme actionnaire. La dette a commencé après la fusion Thomas Cook – Mytravel en 2007. Mytravel était une entreprise sans grande vision qui juste au début des années 2000 avait cédé ses activités en Allemagne, en France, en Belgique et aux Pays-Bas. Je le sais, j’y étais. Tout comme d’autres qui sont aujourd’hui actifs dans le tourisme en Belgique et aux Pays-Bas.

Dans les années qui ont suivi la fusion, le nouveau groupe a fait des bénéficies (certes minimes). Egalement pendant les années de crise 2008, 2009 et 2010. En 2011, il a cependant rencontré des problèmes pour la première fois. Plus d’un demi-milliard de pertes et cela a ensuite continué à faire boule de neige. : devant de telles pertes, difficile de rembourser vos dettes. Et l’inévitable s’est produit : les montants ont continué à augmenter, à la dette se sont ajoutés des intérêts et des amendes pour non-paiement. Résultat : l’entreprise était en permanence sous la menace d’un couperet.

Quid Fosun?

Mais une seule question compte en ce moment : est-ce que le plan de sauvetage continue à tenir la route et Thomas Cook va survivre pour la seconde fois en même pas 10 ans à une mort quasi assurée ? La réponse est en Chine, chez Fosun.

Fosun semble être la solution ou du moins pourrait l’être vu les circonstances. Leur part de 17% d’actions acquises à un prix très avantageux peut augmenter étant donné que l’action est en chute libre depuis près de 10 semaines. Fosun sera peut-être d’accord d’injecter une bonne dose de capital et les autres parties seront alors convaincues de construire un solide plan de sauvetage.

Mais c’est finalement, le coup bas de la Royal Bank of Schotland qui a été fatal à l’entreprise établie depuis 1841.

23/09/2019, 3 heures du matin : le rideau tombe

Il est 3h ce lundi matin. Je suis toujours debout pour suivre les dernières nouvelles concernant Thomas Cook sur internet. En effet, par le passé, j’ai appris que les entreprises de tourisme possédant une flotte d’avions annonçaient en général leur faillite aux alentours de 3h du matin. La raison ? La plupart des appareils sont au sol sur leur aéroport ‘’maison’’ et ne sont pas immobilisés sur des aéroports à l’étranger.  Et la plupart des vols intercontinentaux sont également à ce moment sur le trajet de retour.

Dans quelques secondes, je vais savoir : c’en est fini. Les sites spécialisés britanniques (surtout les sites économiques et boursiers) commencent à donner la nouvelle : Thomas Cook PLC dépose le bilan.

Que va-t-il se passer en Belgique et aux Pays-Bas ?

Thomas Cook Nederland et Belgique fait partie de l’organisation qui comprend  également le méga marché allemand. Il va falloir maintenant examiner les différentes options. Les membres de Thomas Cook vont vivre des jours difficiles partout dans le monde.

Il est 8h30 ce lundi matin. Techniquement parlant, les organisations en Allemagne, aux Pays-Bas et en Belgique ne sont pas pour le moment en faillite. La question qui se pose : dans quelle mesure le crash de la maison-mère va-t-il permettre un redémarrage des activités sans la dette historique ?

Tout va dépendre de la structure juridique élaborée au sein de Thomas Cook Group : quelles sociétés sont liées entre elles, quelles constructions ont été établies pour se partager la dette colossale, quelle est la nature des montages fiscaux qui ont été créés ?  Ce sont des procédures normales dans toute grande entreprise, mais quand la maison-mère débranche la prise, tout remonte à la  surface. Cela peut offrir des opportunités en Belgique et aux Pays-Bas sous forme d’un redémarrage ou d’un rachat des activités. Mais finalement, il sera peut-être impossible de continuer. D’autres informations suivront au fil des jours.

May The Force and Some Luck be With You, dear Thomas Cook folks. Hell, yes.

 

 

23-09-19 - par Jan Peeters