Thomas Cook Group

Le Ménage

Thomas Cook Group, la maison-mère de Thomas Cook Belgique et Pays-Bas, a annoncé la semaine dernière les résultats de l’exercice comptable qui s’est clôturé le 3 septembre 2017. Ces résultats étaient réellement bons : une hausse de 9% du chiffre d’affaires et de 8% du bénéficie. Et pourtant l’action avait fortement baissé. Bienvenue dans le monde merveilleux du tour operating et des cotations en bourse où les apparences sont souvent trompeuses.

Compagnie aérienne : de l’ordre dans le ménage

2017 a été l’année où la compagnie Condor de Thomas Cook a dû remettre de l’ordre dans ses affaires. Et cela a marché : Condor est passé de 12 millions £ de pertes en 2016 à 12 millions £ de bénéfice en 2017. Cela s’est traduit par une croissance du segment ‘’Group Airline’’ (qui regroupe toutes les compagnies au sein de TC) de 9% et une amélioration du résultat de ce même segment de 42%. Les bas prix du carburant ont certainement joué un rôle, tout comme pour les autres compagnies, mais un fait est établi : le redressement de Condor a fonctionné.

D’autres départements du segment Group Airline ont également connu des évolutions positives. En Belgique, le switch vers Brussels Airlines comme transporteur ‘’maison’’ n’est pas passé inaperçu. Une initiative comparable a suivi au Canada : Air Transat et la branche canadienne de Thomas Cook ont conclu un accord de 7 ans pour s’échanger des appareils sur base saisonnière. Sur le marché canadien très sensible aux saisons (l’hiver y est la saison absolue pour les forfaits vacances au soleil), cela représente un important changement de positionnement stratégique.

 

L’ouverture d’une base pour Condor à Majorque est également une importante étape stratégique : on s’attend à ce qu’une grande partie de la capacité pour les marchés allemand, britannique et scandinave soir assurée à l’avenir depuis Majorque. Cela ouvre des perspectives en matière de gestion des coûts.

L’exploit de Condor a été bien accueilli dans les milieux boursiers, mais dans le même temps, on sait que le secteur aérien a connu dans sa longue histoire des pics systématiquement suivis de périodes de surcapacité, de prix plus bas et en conséquence, de résultats en baisse. Cela pousse les analystes boursiers à garder toute la réserve nécessaire par rapport aux résultats de n’importe quelle compagnie aérienne.

Royaume-Uni : des soucis dans le ménage

L’énorme marché domestique anglais de Thomas Cook Group a connu quelques problèmes au cours du dernier exercice comptable. Cela été dû à un de ces paradoxes que vous ne pouvez rencontrer que dans l’univers du tour operating : suite aux questions sur la Turquie en tant que destination stable, la demande pour l’Espagne a considérablement augmenté. Les hôteliers ont saisi leur chance et ont augmenté leurs prix, tout le monde a boosté la capacité de sièges pour l’Espagne, tour-opérateurs et compagnies low cost en tête, et la concurrence s’est battue comme au bon vieux temps sur les prix. C’est devenu un mix mortel pour Thomas Cook qui a vu dégringoler son bénéfice de 23% par rapport à l’année précédente avec une augmentation du chiffre d’affaires de 3%.

La bourse a pris peur : pour un observateur extérieur, il apparaît en effet étrange que la soudaine popularité de certaines destinations puisse entraîner des résultats négatifs. Cela vient à nouveau de l’incertitude concernant les conséquences du Brexit pour le marché britannique du tourisme sortant et de la faiblesse de la Livre Sterling : pas vraiment des circonstances qui font bondir de joie l’analyste boursier moyen.

Partenariat Expedia : une nouvelle composition de ménage

Le partenariat inattendu de Thomas Cook avec Expedia a semblé tomber du ciel pour de nombreux acteurs du secteur du voyage. Expedia devient le fournisseur stratégique des city & domestics hotels et la plateforme Expedia de réservations se charge de la distribution en ligne des produits city trips et hotels only. Thomas Cook devient également le fournisseur d’Expedia dans le domaine des forfaits vacances soleil & plage.

C’est un coup stratégique remarquable, mais aussi compréhensible : les produits city trips et hotel only ne font pas partie des activités centrales de Thomas Cook Group et leur production et leur distribution deviennent de cette façon externalisées en pratique. Avec d’importants avantages à la clé en matière de coûts et de performance.

Bien entendu, c’est un partenariat novateur qui unit une marque de tour operating classique à un acteur de premier plan de l’industrie du voyage en ligne. C’est une évolution que les analystes boursiers considèrent d’un bon oeil. Ils attendent avec impatience les prochaines étapes que Thomas Cook et d’autres grands acteurs vont franchir dans ce domaine. L’année 2018 s’annonce intéressante…

Pour les amateurs : voici la cotation en bourse de Thomas Cook au cours des derniers mois. Rien de structurel dans l’évolution du cours, mais pas vraiment idéal pour la tension artérielle des actionnaires. Mais ce n’est jamais qu’une tempête passagère de plus comme le savent pertinemment les marins expérimentés.

 

28-11-17 - par Jan Peeters