Top job vacant

Big Travel Boss

Un des jobs les plus prestigieux dans l’industrie mondiale du voyage est vacant depuis cette semaine. Ils sont deux en fait : le CEO d’Expedia et son CFO ont reçu leur lettre de licenciement avec effet immédiat – ou l’on même demandé selon nos sources. Quoi qu’il en soit, Expedia est en crise et Barry Diller, le Président du conseil d’administration a repris en personne les affaires en main. Et il a annoncé qu’il allait acheter des actions Expedia. Tous les signes le montrent : c’est Nuits Blanches à Seattle où se trouve le bureau de direction mondial d’Expedia.

“Mark, what happened?”

Nous avons appris de source sûre qu’à 9h30 heure locale le smartphone de l’ex-CEO d’Expedia Mark Okerström a sonné avec une question directe : ‘’Mark, what happened?’’. L’appel venait de son prédécesseur chez Expedia, Dara Khosrowshahi. Ce dernier a quitté le géant travel tech il y a moins de 2 ans pour devenir le CEO d’Uber. Egalement un job où les nuits blanches ne sont pas rares, ceci dit en passant.

Trouble in Paradise

Il existe une règle d’or dans le monde des CEO : plus le communiqué de presse concernant votre licenciement est long, plus la probabilité est grande que vous soyez jeté dehors sans ménagement. Dans le cas d’Okerström et de son CFO Alen Pickerill, le communiqué de presse était très long. Cela signifie big troubles in paradise. Il n’est pas dans nos habitudes de citer quasi littéralement un communiqué de presse, mais nous faisons ici une exception. Il contenait en effet de nombreux messages et il est clair que tout le monde est sur le pont chez Expedia. Le navire ne prend pas l’eau, mais une baisse de 22% des bénéfices est inquiétante, d’autant plus quand le chiffre d’affaires est lui en augmentation de 9%.

 ’Finalement, le senior management et le conseil d’administration étaient en désaccord sur la stratégie,’’ a déclaré le Chairman Matt Diller. ‘’Au début de cette année, Expedia a lancé un plan de réorganisation ambitieux avec pour objectif d’unir nos marques et la technologie de façon plus efficace.

‘’Cette réorganisation, bien que le concept soit solide, a eu pour effet de créer  une perte tangible de focus sur nos activités actuelles, ce qui a conduit à des résultats décevants au troisième trimestre et de sombres prévisions à court terme. Le Conseil n’était pas d’accord avec ces prévisions ni avec la vision des dirigeants en partance sur la croissance, convaincu que la croissance pourrait s’accélérer en 2020. Cette divergence a exigé un changement de management. Mark Okerström est un dirigeant talentueux et ses 13 années passées chez Expedia ont été très profitables pour l’entreprise. Le Conseil d’administration et moi-même lui souhaitons le meilleur pour l‘avenir tout comme à Alen Pickerill.

‘’Je vais acheter des actions supplémentaires de l’entreprise pour que ce soit un signe clair de ma confiance en elle et de mon engagement dans l’avenir d’Expedia à long terme’’, a conclu Matt Diller.

Le grand coupable : Google naturellement. Qui d’autre ?

Le grand coupable des résultats actuels est selon un important analyste de Wall Street… Google. Expedia est un adversaire notoire du monopole de Google en SEO (Search Engine Optimization). La stratégie agressive de Google pour faire apparaître ses propres produits, Hotel Finder entre autres, en tête de liste des résultats de recherche fait qu’Expedia  doit dépenser beaucoup plus de dollars dans ses marques comme Trivago en SEO. Soit une dépense très lourde et qui ne s’arrêtera jamais. SEO n’est pas un investissement, mais un coût en expansion permanente pour des entreprises comme Expedia.

Réservations blues ?

Bon, vous ne pouvez pas dire qu’Expedia tourne mal. L’entreprise a réussi année après année, également sous Okerström, à atteindre les objectifs fixés. Cela s’est passé moins bien lors des deux trimestres précédents. Personne n’est semble-t-il immunisé contre l’incertitude qui règne sur le marché, un phénomène que nous avions déjà décrit auparavant sous le terme de Reservations blues.

Sévère critique des actionnaires

Mais ce qui est avant tout reproché à l’ex-CEO est qu’il n’ait pas réussi à traduire la croissance du chiffre d’affaires dans la croissance des marges bénéficiaires. Sa vision de l’avenir du développement des activités qu’il a présenté au début de cette semaine lors de la réunion des actionnaires n’a pas non plus été accueillie sous les applaudissements, loin de là. ‘’Trop pessimiste’’, ‘’trop peu ambitieux’’ et ‘’trop résigné’’ sont des mots qui ont été très souvent entendus dans l’assistance.

Le grand patron actuel Barry Dillinger est lui-même un des principaux investisseurs privés d’Expedia. C’est donc son propre argent qu’il protège en partie.

De nombreuses questions

Il sera particulièrement intéressant de suivre à court terme l’évolution au sein d’Expedia. Quel nouveau CEO montera à bord ? Au cours des dernières heures, c’est devenu un ‘’hot job’’, un réel défi même pour la crème de la crème. Que va faire Dillinger ? Il va tenir la barre dans un premier temps et continuer à acheter des actions de l’entreprise tant que le cours est bas ? Et surtout, est-ce qu’une correction sera effectuée prochainement à propos des résultats attendus en 2020 ?

Seulement Expedia ou il y a plus ? Il y a plus.

Expedia est une entreprise qui occupe une place déterminante dans le secteur du voyage. Si Expedia tremble sur ses bases, cela signifie qu’il existe des problèmes structurels ailleurs. Les méthodes agressives d’Expedia pour imposer le canal Expedia à d’autres acteurs sont également très claires : l’entreprise est au top niveau même si elle a perdu la tête, ou plutôt deux de ses têtes…

Suspense

Une prédiction : il y aura inévitablement une onde de choc dans l’univers des banques de lits. Nous examinons actuellement les relations entre différents acteurs et nous arrivons à un constat stupéfiant. De la matière pour de nouvelles histoires, hell yes!

04-12-19 - par Jan Peeters