Tourisme et langage guerrier

Inadapté

C’est un phénomène qui ne passe pas inaperçu auprès des observateurs. Au cours des derniers mois, les termes ‘’tourisme’’, ‘’lutte (contre)’’ et ‘’guerre’’ ont été très souvent utilisés dans une même phrase ou dans le titre d’un article. Il s’agit principalement des excès du surtourisme et on ne fait pas souvent de distinction entre les causes et les effets ou entre l’instigateur et l’auteur des faits pour faire référence ici au milieu criminel…  

La perception du tourisme a été fortement affectée ces temps-ci. Les nuisances dues aux émissions trop importantes de CO2 par les avions ont été critiquées, les émissions de soufre des navires de croisière ont été clairement pointées du doigt et l’influence du surtourisme sur la vie quotidienne des populations locales a été stigmatisée dans des articles d’opinion. L’écrivain, poète et polémiste néerlandais Ilja Leonard Pfeiffer, par exemple, vit à Gènes mais se présente comme expert du tourisme à Venise et, par extension, à Amsterdam. Il juge que le tourisme (de masse) est une mauvaise chose et qu’il doit être limité.

Celui ou celle qui pense que le consommateur moyen n’est pas influencé par ce type de message nie l’évidence. La perception est un élément particulièrement sensible. Un titre d’article accrocheur a plus d’impact que 100 influenceurs sur Instagram.

Et il y en a des titres de ce genre. J’ai effectué une sélection de quelques-uns apparus dans la presse ces dernières semaines en Belgique et aux Pays-Bas.

“L’Europe est une cour de récréation pour le reste du monde” (De Tijd – Belgique).

L’article prétend aussi que les touristes sont une plus grande menace que les flux migratoires. Ou comment faire deux déclarations erronéesen même temps... Sans oublier une allusion à la ‘’vieille Europe’’ face à un ‘’nouveau monde dynamique’’.

 ‘’Amsterdam poursuit sa lutte contre le tourisme des fêtards’’ (Express – Pays-Bas).

On parle ici des projets pour s’attaquer encore plus efficacement aux désagréments causés par le tourisme dans la ville. Cela ressemble à une ancienne méthode d’éducation : si tu n’écoutes pas ce que je te dis, tu vas t’en mordre les doigts.

‘’Le combat à Barcelone entre des habitants excédés et des touristes nus et alcoolisés.’’ (Vice – Pays-Bas)

On y décrit à quel point les habitants souffrent des débordements d’une certaine forme de tourisme et on incrimine évidemment les ‘’touristes Airbnb’’. Les exemples sont très explicites, mais si vous lisez bien l’article, vous remarquez que ce sont en fait des exceptions.

“La guerre contre Airbnb à Madrid” (Express – Pays-Bas).

Encore un titre qui ne fait pas dans la dentelle. Il s’agit en fait d’une application pure et simple de la loi qui a entraîné la fermeture d’une centaine d’hébergements Airbnb illégaux. Mais pour le savoir, vous devez lire l’article, ce qu’une grande partie de lecteurs ne font pas.

 ‘’Ces villes luttent contre le tourisme de masse tout comme Bruges’’. (VRT – Belgique)

D’après ce titre, le tourisme de masse serait donc un phénomène qui doit être combattu. Remplacez le mot ‘’tourisme de masse’’ par ‘’rats d’égouts’’ et on parle alors de désinfection, de traque et d’éradication. Finalement, l’article renvoie aux ‘’4 grands classiques’’ : Amsterdam, Venise, Barcelone et Dubrovnik. Du journalisme copié-collé et une allusion au trop-plein de boutiques de souvenirs, de magasins de bières et de chocolat.

Soyons clairs : le surtourisme est un problème réel qui se pose à certains moments à certains endroits. Mais il doit être géré de manière professionnelle. En définissant ses causes précises et en prenant ensuite les bonnes décisions avec toutes les parties concernées (et pas nécessairement des mesures unilatérales !). Le surtourisme est souvent dû à un problème de surréservation généralisé qui dégénère et qui échappe à tout contrôle au niveau des villes visitées. La question qui se pose : jusqu’où peut-on ouvrir le robinet et qui gère ce fameux robinet ? 

Langage guerrier

Retour aux articles et surtout aux titres ‘’pièges à clics’’. Un tel langage guerrier est un exemple de comportement journalistique irresponsable. Les faits sont rapportés dans chaque article, d’accord, mais le titre ne poursuit qu’un objectif : inciter les gens à cliquer par souci de sensationnalisme.

Contrer les slogans par de l’information

Le secteur du tourisme en subit les dommages. Nous devons être conscients que ces titres influencent profondément l’opinion publique. Du temps et de l’énergie doivent être consacrés pour informer tous les acteurs du secteur sur les causes, les conséquences effectives et les corrections à apporter concrètement au surtourisme.

Les slogans doivent être contrés par des faits. Et il faut éviter d’effrayer les voyageurs. Le mot ‘’contre-offensive’’ est à proscrire absolument. Mais en tant que secteur du tourisme, nous ne devons pas faire preuve de naïveté. Nous ne devons pas laisser passer avec négligence de telles informations dans la presse. Nous ne sommes pas innocents, mais nous ne sommes pas non plus coupables de tout !

 

 

11-06-19 - par Jan Peeters